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Adieu “La Grosse”

14 août 2008
Ci-dessus, le quarteron de généraux félons qui prétendait m'évincer de la présidence de la République de la “Grosse Bertha”.

Ci-dessus, le quarteron de généraux félons qui prétendait m'évincer de la présidence de la République de “La Grosse Bertha”.

Ce document exclusif provient de l’Institut historique national de l’humour involontaire (IHNHI) de Joinville-le-Pont. Il s’agit de mon premier édito dans Charlie ressuscité. À l’heure de prendre le maquis éditorial, j’y dénonçais les compromissions des pétainistes de La Grosse Bertha, lesquels ne s’en relèveraient pas…

Le directeur de La Grosse Bertha, Jean-Cyrille Godefroy, a été très ferme: “Dorénavant, le rédacteur en chef, c’est moi!” Ça faisait quelques mois que ça couvait. Quand on vire le rédacteur en chef, ça veut dire qu’on veut faire un journal différent. Du coup, le gros de l’équipe a décidé de partir aussi. On s’est tous retrouvés dans la rue, les mains dans les poches. On a juste eu le temps de récupérer nos crayons et nos chaussons. Et on a laissé La Grosse Bertha. Ce beau nom était une trouvaille de Gébé, puis l’équipe l’avait imposé. Mais ce titre, ayant été déposé par la directeur de publication, lui appartient de fait. Dans notre monde libéral, les idées finissent toujours par appartenir à ceux qui ne les trouvent pas.

Nous voilà donc dans la nature avec un journal tout nu dans la tête. On s’était habitués à faire un hebdomadaire. Maintenant, c’est devenu un vice.
 Mais voilà, J.-C. Godefroy, entouré d’un quarteron de généraux félons, a décidé de mettre un terme à notre collaboration. Accusés de vouloir faire un “torchon écolo rosâtre”, un “journal favorable à l’establishment”, une “feuille tiers-mondiste”, un “brûlot lycéen”, nous voilà donc à la rue. Entre mous politiques, tels que Siné, Willem, Cabu, pour ne citer que les plus mous, nous nous sommes retrouvés dans un café. Au moment où les plus courageux d’entre nous entrevoyaient sournoisement la perspective de quelques jours de répit, Cabu s’écria: “Il faut sortir un nouveau journal mercredi prochain.” La mer s’est retirée d’un seul coup, les parasols ont fait clac en se repliant, et les polars ont été abandonnés ouverts à la page de garde.

Aussitôt, on s’est mis à chercher un titre.
 Le lendemain midi, on cassait la croûte avec quelques grands anciens, Wolinski s’est écrié: “Et pourquoi vous ne reprendriez pas Charlie Hebdo?” “C’est libre, allez-y!”, dit Cavanna. “Ah oui!”, fit Gébé avec une calme conviction. “Formidable”, cria Cabu. Là-dessus, nous entrechoquâmes nos verres de Badoit. il nous restait moins de quarante-huit heures pour trouver des locaux, un imprimeur, un distributeur, un marchand de papier, des ordinateurs, une photocopieuse, un avocat, une secrétaire et, accessoirement, un peu de pognon. À part le pognon, on a tout trouvé. Pour faire quel journal? Eh bien, nous avons fait un sondage auprès d’un panel représentatif de mille cons, pour solliciter leur avis, et on a fait le contraire.

Charlie Hebdo ? Ce sera tous les mercredis, 10 F. À la semaine prochaine.

Philippe Val
Article paru le 1er juillet 1992
© Charlie Hebdo 1992
 (via presselibre.net)

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Ma reine Christine

13 août 2008
elle a été l’attachée de presse d’Anne-Aymone Giscard d’Estaing et la directrice adjointe du cabinet de Jacques Chirac à la Mairie de Paris.

Résistante de la première heure, Christine Albanel a toujours eu un faible pour la satire, comme son parcours en témoigne: elle a été l’attachée de presse d’Anne-Aymone Giscard d’Estaing et la directrice adjointe du cabinet de Jacques Chirac à la Mairie de Paris.

Vite fait, avant de prendre mon TGV pour Valence pour un repos bien mérité, un petit billet pour vous tenir au courant de la grande nouvelle.

La liste de mes soutiens de gauche, qui grossit à vue d’œil, s’est étoffée d’un nom prestigieux: Christine Albanel, la très progressiste ministre de la Culture, s’est rangée à mes côtés. Lisez un peu ça:

La ministre de la Culture et de la Communication Christine Albanel a déclaré lundi souhaiter «apporter son soutien» à Philippe Val, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, dans le cadre du licenciement du dessinateur Siné, indique un communiqué de la ministre.

Christine Albanel «souhaite apporter son soutien» à Philippe Val «dont personne ne peut douter de l’indépendance d’esprit et de son attachement à la liberté d’expression».

«Le dessin et les propos de Siné renvoient à des clichés et caricatures d’un autre temps que l’on aimerait voir disparaître à jamais», conclut la ministre.

Voilà qui devrait faire taire les Dupont-Lajoie qui se répandent sur Gogol pour cracher leur venin d’extrême gauche-droite. Je suis bien d’accord avec Ivan quand il dit que le sarkozysme est un humanisme.

Demain, à la première heure, ruez-vous sur votre kiosque à journaux pour applaudir ma victoire par KO. Comme l’écrit Médiapart, “une pétition en soutien à Philipppe Val devrait être publié dans le numéro de Charlie Hebdo en kiosque mercredi 30 juillet. La majeure partie de la rédaction devrait signer cette pétition pour signifier le fait qu’elle ne souhaite plus lire Siné dans les pages de son journal. Michel Polac et Willem ne signeront pas cette pétition, restant fidèles à Siné.”

Quels nuls, ces deux vioques ! Faudra que je pense à m’en séparer.

Enfin, que voulez-vous : on a les soutiens qu’on mérite…