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Dividendes 2.0

13 août 2008
Le directeur du “Monde”, Éric Fottorino, lance ses hordes de journalistes avinés à l'assaut de “Charlie Hebdo”.

Le directeur du “Monde”, Éric Fottorino, lance ses hordes de journalistes avinés à l'assaut de “Charlie Hebdo”.

Oh, vous, je vous vois venir. Vous avez lu Le Monde, c’est ça ? J’ignore pourquoi ce journal me hait à ce point. Ce n’est pas la première fois qu’il met en doute la gauchitude de mes méthodes managériales et mon total désintéressement.

Si vous voulez mon avis, un vent mauvais d’antisémitisme souffle actuellement sur la France, depuis le bistrot du coin jusqu’à la rédaction en chef du quotidien dit de référence, en passant par les tuyaux anonymes de la Kommandantur libérale (aka le Ouèbe). Parmi mes nouveaux amis de gauche du Figaro, personne n’est dupe de la brune filiation du procédé utilisé: Val est un patron, Val est un actionnaire, Val est riche à millions, Val soutient la droite israélienne, donc Val est juif.

Voilà pourquoi me critiquer relève du plus pur antisémitisme. Et voilà pourquoi la Licra, le Crif, l’UEJF et SOS Racisme me soutiennent, tandis que les ahmadinejo-benladistes du Mrap ont signé la bête-immonde pétition en faveur de Siné Drieu La Rochelle.

Mais revenons sur ce papier dégueulasse, qui appelle au lynchage des riches.

Oui, je suis actionnaire et j’en suis fier. Tordons le cou aux clichés marxistes-léninistes ! Un actionnaire, c’est un peu comme un petit écureuil travailleur qui choisirait d’irriguer l’économie de la forêt plutôt que de dilapider ses glands et ses noisettes en faisant la bamboula jusqu’au petit matin. Relisez La Cigale et la fourmi. Qui c’est qu’a l’air con quand la bise fut venue ? C’est l’actionnaire, peut-être !

Oui, je suis patron de presse et je l’assume, d’où le titre de mon premier blog (“Philippe V., patron de presse”). Oui, malgré quelques pudeurs initiales je prends désormais plaisir à me retrouver, avec mes collègues patrons de tous horizons, à l’université d’été du Medef.

Oui, avec Cabu et Oncle Bernard on s’en met chaque année plein les fouilles et on en redemande! Manquerait plus qu’on investisse nos dividendes pour salarier nos pigistes ou qu’on les distribue à des feignasses communistes comme Tignous. Vous voudriez pas non plus qu’on soutienne des associations militantes, genre RESF, tant qu’on y est! J’ai des chats à nourrir et des traites à payer, moi, sans compter que ça coûte affreusement cher le personnel de maison, avec toutes ces cotisations que les socialo-communistes nous ont imposées quand ils étaient au pouvoir

Oui enfin, avec nos caricatures islamophobiques on a gagné le jackpot. Cinq cent mille exemplaires, qu’on en a vendus, de ces mauvais dessins! Pour une fois que les Arabes ramènent de l’argent et rendent service, on va pas pleurer.

Alors quoi ? Il est où le problème ? Je vais vous le dire, moi. Le problème, c’est que la France est un pays où les riches sont mal vus. Un pays où un taux d’imposition stalinien empêche les entrepreneurs de s’enrichir pour le bien de tous et les contraint à l’exil en Suisse ou en Irlande, les dissuadant d’investir afin de résorber le chômage. Un pays où une extrême gauche archaïque continue de revendiquer des avantages indus pour tous ceux qui vivent en parasites (les cheminots, les sans-papiers, les retraités par répartition, les chômeurs, les Rmistes…) pendant que la gauche qui se dit responsable (la bonne blague !) continue, d’un air dégoûté, de chipoter les bienfaits du libéralisme – sans lequel nous nous éclairerions toujours à la bougie.

Je suis las des sous-entendus selon lesquels je serais devenu un sale réac’. D’abord, comme l’aurait rétorqué Montaigne, c’est icelui qui dit qui y est. Ensuite, je pense que Nicolas Sarkozy est bien plus fidèle à l’idéal de la gauche qu’Olivier Besancenot ou José Bové. Comme le dit avec talent mon pote Renaud, ancien de Libé passé au Parisien puis à Marianne, lui que j’avais autoritairement recruté à Charlie il y a quelques années pour y pondre des chroniques duhaméliennes, la gauche française utilise un logiciel ancien et dépassé. Je m’y connais pas trop en informatique, mais sa métaphore sonne bien – d’ailleurs il la ressort à tout bout de champ.

En conclusion (provisoire), je dirais qu’aujourd’hui c’est l’extrême gauche, arc-boutée sur des privilèges d’un autre âge, qui est devenue de droite. Moi, j’ai “heupgrædé” mon logiciel – comme dit ma femme, qui s’y connaît méchamment en nouvelles technologies. Y a trente ans, je chantais avec mon comparse (dont le nom tarde à me revenir):

On a beau fouiller les quatre horizons,
Rien n’est plus poétique que l’autogestion.

Mais aujourd’hui, quand je reprends cet air à la guitare pour égayer les fins de soirée chez Cabu, j’en modernise habilement les paroles:

On a beau fouiller les quatre horizons,
Rien n’est plus bénéfique que les stock-options.

Le monde change, et les vrais intellectuels se doivent de conserver une souplesse de gymnastes pour évoluer avec lui. Je reconnais que ce n’est pas donné à tout le monde. Le problème avec les pauvres, comme dit souvent Oncle Bernard, c’est qu’ils ne comprennent rien à l’économie et qu’ils cherchent à dissimuler la ténuité de leur intelligence et de leur culture derrière de vieilles lunes crypto-trotskistes.

Alors pour que les choses soient bien claires désormais, je vous annonce une grande décision qui entérine de manière définitive le changement de logiciel de Charlie: j’ai décidé – n’en déplaise au diffamateur patenté Denis Robert et à ses sbires anticapitalistes – d’ouvrir le capital du journal à la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream.

En effet, comme je le déclarais il y a peu à un ami banquier qui se lève tôt le matin, “la presse a besoin de diversifier ses modes de financement. Et puis quand même, Clearstream, ce n’est pas un actionnaire comme les autres. Ça a un côté un peu provoc’ que n’aurait pas renié Choron.”

La nausée

6 août 2008
En 2006 déjà, au Salon du livre, Bernard était la malheureuse victime d'un attentat antisémite commis par la branche pâtissière d'Al Qaida. L'ombre de Siné plane sur cette infamie…

En 2006 déjà, au Salon du livre, Bernard était la malheureuse victime d'un attentat antisémite commis par la branche pâtissière d'Al Qaida. L'ombre de Siné plane sur cette infamie…

Cet Internet, c’est vraiment le retour du nazisme et du goulag réunis. Là, devant mes yeux, à perte de vue, sur Gogueul, des centaines d’articles mettaient mon talent en doute. Sans parler de ceux qui osaient considérer mes écrits comme un sujet de rigolade.

Ainsi donc, dans les catacombes de l’humanité grouillaient des hordes barbares, analphabètes et cannibales, insensibles à mes éditos; des untermenschen inaccessibles à la civilisation de Saint-Germain-des Prés; des primates qui ne sont pas abonnés à Libé, croient que Jean-Luc Hees est un coureur cycliste et n’ont pas lu Ce grand cadavre à la renverse.

On sait depuis Françoise Giroud, l’égérie de la gauche giscardienne, que la liberté d’expression est un bien trop précieux pour être confié au peuple et à son populisme viscéral. “Internet est un danger public puisque ouvert à n’importe qui pour dire n’importe quoi”, écrivait avec raison la regrettée diva dans Le Nouvel Observateur (25/11/1999). Si elle était encore en vie, je lui confierais bien une page dans Charlie pour chroniquer cet égout à ciel ouvert. Avant qu’il ne soit trop tard.

Ma collègue Caroline, qui traque les pédo-islamistes jusque dans les moindres recoins de cette toile d’araignée visqueuse, avait raison de me mettre en garde: “Internet, tu verras, ça pue la sueur et la mauvaise haleine.” Elle était en-deçà de la vérité. J’ai découvert un mélange du Salon de l’auto et de celui de l’agriculture, où des centaines de milliers de beaufs anonymes crachent leur dépit de ne pas être riches et célèbres en s’en prenant aux juifs, aux journalistes et aux intellectuels. Ces péquenots incultes devraient pourtant savoir que l’intelligence est réservée à une élite, qu’elle procède d’une hygiène de vie quotidienne qui n’a rien à envier à l’entraînement des forces spéciales. Moi, par exemple, à l’école, pendant que mes copains jouaient au foot, ce sport abêtissant pour nazis alcooliques, j’apprenais par cœur des sourates de l’Éthique, de Spinoza. C’est comme ça que je suis devenu un phare de la pensée, un repère dans la nuit de l’obscurantisme pour toutes les péniches qui voguent sur la Marne.

Écœuré par ce que je venais de découvrir, j’ai téléphoné à Laurent (un ami barbichu) pour prendre conseil. Je lui ai annoncé que j’envisageais de saisir le CSA et de porter plainte contre Internet car je m’estimais victime d’injures antisémites et de négationnisme philosophique. Je lui ai demandé le numéro d’Amnesty International et de Reporters sans frontières mais il m’a répondu qu’il n’avait pas de numéros d’ONG dans son carnet d’adresses, seulement des ministres. Pour le CSA, par contre, il pouvait me pistonner.

Ce soir-là je dinais chez Alexandre, un mec très sympa et surtout très cultivé. C’est un pote de Caroline, ma collègue philosophe qui dit souvent que pour espérer survivre, les démocraties occidentales devront pourchasser les islamistes jusque dans les chiottes. Ça m’a fait un bien fou cette soirée. Alexei (Alexandre se fait appeler Alexei; il dit que c’est en souvenir de sa jeunesse, quand il arrivait à boutonner son pantalon sans l’aide de personne) m’a appris que lui et ses amis épris de liberté préparaient une insurrection contre Internet, ce IIIe Reich virtuel, et qu’ils étaient solidaires de mon combat contre l’humour pas drôle.

Alexei m’a fait prendre concience des enjeux géopolitiques d’Internet, et j’avoue que je sous-estimais la dangerosité de cette invention maléfique. D’après lui, ce truc a été inventé par les Chinois pour permettre aux Iraniens de décapiter notre culture millénaire et nos droits de l’homme blanc. Il a ajouté que les blogs étaient en fait une arme de destruction massive bien plus redoutable que les centrales hydrauliques de Saddam Hussein, et qu’il était temps que les Américains bombardent Téhéran pour arrêter tout ça. Je lui ai dit que j’étais prêt à pondre autant d’éditos bellicistes que nécessaire pour galvaniser les lecteurs de Charlie Hebdo et les auditeurs de France Inter, fût-ce au péril de la vie des mes chats. Il m’a répondu que ça ne l’étonnait pas et que ses amis à Washington lui avaient déjà dit tout le bien qu’ils pensaient de moi.

À l’heure du digestif, on a eu la visite de Bernard. Il avait l’air grave, et on s’est tous demandé si la guerre ne venait pas de commencer pendant nos agapes. Il nous a répondu que non, malheureusement, que les Munichois qui nous gouvernent sont des lâches, mais qu’il venait de faxer au Monde une tribune pour me soutenir, qu’à son humble avis il laissait Camus et Sartre loin derrière et qu’on n’avait pas fini d’entendre parler de sa dernière contribution à la lutte contre la Bête immonde.

— Tu es réhabilité Philippe Val! Demain, quand sonnera midi, nul n’ignorera plus que tu es le digne héritier de Jean Moulin, qu’il m’a lancé, en saisissant le verre de cognac que lui tendait Alexei.

Sa voix commençait à trémoler, et j’ai bien j’ai cru qu’il allait me refaire le coup de Malraux au Panthéon: “Entre ici, Philippe Val, avec ton terrible cortège…” J’étais un peu gêné, car autour de la table nous étions quand même une demi-douzaine de Jean Moulin en puissance. Tirer la couverture à moi, c’est pas trop mon genre.

Ah, quand je pense à toutes ces années perdues à chercher en vain la reconnaissance des gauchistes. Ces ignares ne lisaient même pas mes éditos. Dans les diners, tout le monde me demandait de dédicacer les vieux albums de Font et Val en se resservant de la piquette! Aujourd’hui je fréquente des mecs connus en dégustant des grands crus, et les princes me consultent avant de prendre des décisions importantes.

Mais revenons à Internet et aux rats d’égouts qui y pullulent. Bernard, qui a l’habitude de taper son nom sur Gogool, m’a annoncé triomphalement que l’heure de la revanche avait sonné. D’après lui, la crème anglaise de l’élite intellectuelle du pays volait à mon secours, bien décidée à me tirer des griffes acérées des blogueurs antisémites et de leurs troupeaux de commentateurs iraniens anonymes. La Licra me soutenait dans le licenciement sans préavis de Siné. Pareil chez SOS Racisme. Alain-Gérard m’avait manifesté son soutien dès la première minute sur les ondes de RTL. Quant à Alexei, il était justement en train de peaufiner un texte magnifique qui paraîtrait incessamment dans Le Figaro. De son côté, Ivan, qui ne voulait pas être en reste, m’a fait relire le brouillon de sa chronique et j’ai trouvé ça vachement fort – franchement, la réputation de canard de droite du Figaro est très injuste, y a plein de voltairiens progressistes qui écrivent dans ce journal. C’est alors que Laurent m’a appelé sur mon portable, pour me dire qu’il venait de faire un truc incroyable: il a squatté la rubrique “Rebonds” de son journal pour dire tout le bien qu’il pense de moi et enfoncer la tête de Siné dans son caca SS. Et en prime, il a décidé de publier en vis-à-vis une tribune en ma faveur de SOS Racisme, sans accorder la moindre ligne à mes détracteurs. À mon tour de faire ma Carla Bruni dans Libé!

Tour à tour comparé à Jean Moulin et à Zola, je suis ressorti de ce diner bien revigoré.  Ça plus le Château Margaux d’Alexei, ça m’a redonné une sacrée patate. Dans les rues de Neuilly, un peu éméché je l’avoue, j’ai commencé à entonner The Star-Spangled Banner. Ce sont mes deux amis policiers – “mes doudous”, comme je les appelle –, eux qui veillent sur ma personne 24h/24 depuis qu’un adolescent jihadiste du 9-3 a lancé une fatwa contre moi sur son Skyblog, qui m’ont conseillé de baisser d’un ton tandis que nous passions devant la maison de Martin Bouygues.

En enfourchant mon scooter, je me suis juré de faire rendre gorge à Gouggle, l’hydre sino-persane, et aux blogueurs alcoolisés. Désormais ce serait œil pour œil, dent pour dent, couille pour couille. Puisque le choc des civilisations menaçait la place du village du Ouèbe, nous nous devions, mes amis et moi, de porter dans ce cloaque les valeurs universelles des Lumières et de la Maison-Blanche…

Photo: © Olivier Paris, 2006, via Flick’R.