Posts Tagged ‘siné’

Satiricon

25 février 2009

Ô rage ! ô désespoir ! ô maudit TGI !
N’ai-je donc tant déçu que pour cette infamie ?
Et me suis-je compromis en éditos guerriers
Pour voir un jour Thémis me mettre une branlée ?
Puddings qu’avec respect tout Saint-Germain admire,
Chroniques qui tant de fois ont sauvé cet empire,
Éditos dévoués au fils de leur roi,
Loués par la Licra, vous-ont ils lu, ma foi ?
Ô cruels magistrats, juges fanatisés!
Qui, de votre charia, en un jour extirpez
Les mots de BHL du profond de nos cœurs !
Précipice lyonnais d’où tombe votre honneur !
Voulez-vous que j’attise le courroux de Cabu ?
Que j’envoie Wolinski me venger à mains nues ?
Si ça ne suffit pas, j’ai mon arme secrète ;
Sœur Caroline est là, avec son arbalète.
Fléchette dans Le Monde, fléchette sur France Cul’
Et ces enjuponnés iront se faire dessus.
Et vous, de mes exploits glorieux instruments,
D’une plume acérée précieux ornements,
Éditos qu’on croirait de la main de Voltaire
Vous pulvériserez ces attendus pervers.
Et des antisémites dans la magistrature
La liste nous irons porter en préfecture.

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L’incompris

4 novembre 2008

Ground Zero à Turbigo

11 septembre 2008
légende

Après le succès rencontré par le premier numéro de “Siné Hebdo”, Guy Bedos et Michel Onfray adressent une prière de gratitude au Tout-Puissant…

Ce matin, y avait réunion de la rédac’. Vous auriez vu l’ambiance! Au 44, rue de Turbigo, on se serait cru à Ground Zero il y a sept ans, après l’attaque des barbus volants sur les tours siamoises. Deuil et désolation. Un journal qui, hier, faisait la fierté du pays tout entier se trouvait soudain rasé, rayé de la carte, enseveli sous les décombres de la haine obscurantiste.

Moi : Bon, les mecs [les nanas sont rares à Charlie, alors pour gagner du temps je dis “Bon, les mecs”], j’ai les chiffres de vente d’hier: c’est NUL! Va falloir vous retirer les doigts du cul parce qu’à ce rythme-là, dans six mois je délocalise la rédaction dans le Sichuan.

(Tout le monde baisse les yeux.)

(more…)

Mon bug de l’an 2000

9 septembre 2008
C'est au cours de l'année 2000

C'est au cours de l'année 2000 que ma réputation, ravagée par un incendie, devait s'effondrer auprès des lecteurs de “Charlie” situés, sur l'échiquier politique, à la gauche de Manuel Valls. Cette campagne de haine préfigurait la guerre des Civilisations qui nous serait déclarée le 11-Septembre.

2000, annus horribilis !

J’en ai tellement bavé, cette année-là, que je commençais à ressembler à un escargot.

Un lynchage, une lapidation, que dis-je! un pogrom valophobe. De tout côté pleuvaient les coups: du Medef au Monde diplo, de Pierre Carles à Patrick Sébastien, de PLPL à France-Soir

Une sanglante corrida qui me prenait pour cobaye. Une féroce chasse à courre dont j’étais le canard sauvage.

La curée ! L’apocalypse !

Moi qui n’avais pas pris au sérieux leur histoire de bug de l’an 2000, je l’ai bien regretté par la suite. Mon logiciel personnel a tellement planté à cette époque que j’ai préféré réinitialiser mon disque dur politique.

J’en ai d’ailleurs profité pour installer un nouveau système d’exploitation à la place de mes logiciels libres pour gauchistes archaïques: j’ai choisi Stock-Options 2000™, une interface sympa, très intuitive, adoptée par 99% des éditorialistes français.

Ensuite, je n’ai plus connu de problèmes. Finis les plantages, bloqués les virus, ce truc a réponse à tout. Et puis c’est livré avec un carnet d’adresses très fourni qui m’a permis de me faire plein de nouveaux copains.

Aujourd’hui que je suis tiré d’affaire – Bertrand Delanoë envisagerait, me dit-on, de rebaptiser à mon nom l’avenue Émile-Zola –, je veux bien revenir avec vous sur l’ouragan de calomnies qui a, cette année-là, dévasté Joinville-le-Pont, la Nouvelle Orléans du Val-de-Marne…

Exceptionnellement, sachant que ça ne sortira pas d’ici, j’ai décidé de vous ouvrir mes “archives interdites”, jusque-là conservées au Musée historique national de l’humour involontaire. Vous aurez le droit de tout lire, mais à condition de n’en rien croire…

Je balancerai la bolognaise à partir de demain, histoire de faire concurrence au premier numéro de la Pravda anarcho-sunnite – que vous n’achèterez pas, hein? pas de blague? je peux compter sur vous? – emmenée par ce monsieur Sinet-Siné (SS) qui ne grandit pas la France qui l’a vu naître.

Au sommaire :

  1. Une lettre (injurieuse) de Pierre Carles
  2. Un article (malhonnête) du Monde diplo
  3. Un article (mensonger) du Monde
  4. Mon édito (bouleversant) à la sauce Caliméro
  5. Une lettre (fielleuse) de Serge Halimi
  6. Ma réponse (convaincante) au Monde
  7. Un article (lamentable) de La Vache folle
  8. Un dossier (antisémite) de PLPL

Siné, vieux con ! Tous avec Torreton !

8 septembre 2008
À sa table de travail, un Philippe Torreton concentré relit l'interview dans laquelle

Dans son bureau de la mairie de Paris, où il aime à se travestir, comme à l'époque où il était la coqueluche du Théâtre des 2 Ânes, Philippe Torreton, concentré comme jamais, à sa table de travail, pèse chaque mot de sa pétition de soutien à Philippe Val…

Sous le coup d’une légitime colère (voir mon billet précédent), j’allais omettre de vous faire part d’un message de soutien découvert ce week-end et qui m’a fait chaud à la mâchoire.

Philippe Torreton, ci-devant sociétaire de la Comédie française et cadre brillant du PS modernisé (version 5.0), oui, Philippe Torreton a courageusement déclaré, en substance, dans un quotidien belge, qu’il préférait se tromper avec Philippe Val plutôt qu’avoir raison avec Siné.

Venant d’un grand Résistant ségoléno-delanoïste, délégué à la citoyenneté, à la lutte contre les discriminations et aux événements artistiques auprès du maire du 9e arrondissement de Paris, ce vibrant hommage vaut toutes les Légions d’honneur du monde:

‘Je suis tout à fait d’accord avec Philippe Val, le directeur de Charlie Hebdo, qui est loin, comme on a pu le lire, d’être un réac’, martèle le comédien, choqué [par] la phrase de Siné qui, pour rappel, insinuait lourdement que le fils Sarkozy n’allait plus avoir de soucis d’argent puisqu’il va épouser une Juive. ‘Dans L’Express, Plantu a dessiné Philippe Val en habits fascistes en train d’expulser Siné; et comme par hasard, le bras était un salut hitlérien. C’est sidérant de voir qu’il y a des gens qui n’arrivent pas à comprendre. Si Siné est un vieux con, c’est un vieux con. C’est tellement confortable de dire, comme il le revendique et je dis ça entre guillemets, qu’il “chie sur tout le monde”. Ça permet de ne penser à rien. Quand on est pour quelque chose, on prend un risque, on s’expose. Heureusement qu’il y a des gens qui prennent des risques, même s’ils se plantent. » […]

‘Je trouve que l’indignation ne doit pas être sélective. Il faut soutenir Israël, c’est une démocratie. Alors qu’aucun pays musulman n’est une démocratie, il faut le savoir.’ […]”

Philippe, mon homonyme, mon presque frère, il y aura toujours une Tourtel au frais pour toi dans le frigo de Charlie!

Internet a le sida

5 septembre 2008
Légende

Mon mentor, le regretté Louis Pauwels, avait vu juste. Les internautes (ci-dessus, un blogueur de Médiapart) sont atteints d'un sida mental. Ils ont perdu leurs immunités naturelles; tous les virus décomposants les atteignent. Nous nous demandons ce qui se passe dans leurs têtes. Rien, mais ce rien les dévore.

Z’avez entendu ma chronique, ce matin sur France Inter?

Hin ! hin !

J’attendais ça depuis un mois et demi. On a bien raison de dire que la vengeance est un plat qui se mange froid. Ce matin, je me suis tapé un sacré gueuleton – heureusement que je ne fais pas le Ramadan.

Au menu : régler leur compte à Médiapart et à l’Internet, ces deux sombres mamelles de la Valophobie.

Hin! hin!

On fait moins les malins, maintenant que j’ai retrouvé les codes secrets de ma force de frappe radiophonique.

À Médiapart, depuis ce matin, il paraît que c’est la panique: ma secrétaire me révèle que sa tante lui a dit que, selon son charcutier, ils ne savent plus où se mettre.

Faut dire que mon billet était, comme toujours, d’une rigueur scientifique que n’eût pas reniée Pasteur. Je me suis appuyé sur une longue enquête de terrain menée en recopiant dans Charlie une chronique de l’urgentiste Patrick Pelloux, qui avait lui-même mené une investigation au long cours auprès de sa belle-sœur, qui lui a confié – si j’ai bien compris – que la marraine de sa voisine lui avait dit que d’après le neveu du frère de sa boulangère, qui est féru d’Internet, Médiapart avait publié un scoop à la une de Gougueule Actualité pour affirmer que le sida n’existe pas et que les avions qui se sont écrasés sur les tours jumelles seraient en fait des libellules géantes ayant muté à cause du maïs transgénique.

Encore une belle illustration qu’Internet est une gigantesque benne à ordures où des blogueurs paranoïaques passent leur temps à remettre en question les généreux communiqués de l’Élysée au lieu de dire merci – comme à Charlie,j’ai imposé le devoir de politesse.

Si après ça je ne reçois pas le prix Christophe Barbier de la finesse éditoriale, c’est qu’il y a un complot qui se trame contre moi.

Je crois en tout cas qu’après un Scud pareil, c’est pas demain la veille qu’un blogueur osera dire du mal de Philippe Val sur la Toile d’araignée!

In memoriam (re)

2 septembre 2008
J'encaisse, j'encaisse,

J'encaisse, j'encaisse, mais faites gaffe: les salariés de “Charlie” peuvent témoigner que quand je m'énerve, ça moufte plus. Chomsky, si tu me lis, tiens-le toi pour dit!

Je suis effondré.

À peine remis de l’annonce de la création de Siné-National Hebdo, encore éploré suite au décès d’Alain, voici qu’une énième tragédie achève de dévaster ma vie.

Jean-Marc Sylvestre, un ami intime de mon Oncle Bernard qui, du coup, est aussi un peu mon oncle, enfin mon ami, enfin j’me comprends, quitte le noble vaisseau radiophonique – France Inter – où je subjugue, chaque vendredi matin, des millions de paires d’oreilles par mes chroniques visionnaires.

Dans le même temps, Rudolf Mermet reste, lui, le venimeux obersturmführer de la Kommandantur talibano-stalinienne de “Là-bas si j’y suis”. J’en patauge dans la déconfiture, d’autant que ce castro-chaviste aux amitiés négationnistes, sans aucun respect pour mes récentes blessures de guerre, non encore cicatrisées, balance sur cette poudrière de douleur un plein tonneau d’alcool de banane vénézuélienne.

Comme dirait Silvio: Mamma mia!

Qu’est-ce que j’ai fait au Ciel pour devenir le principal bouc émissaire du pays, comme hier la tête de Turc de mes camarades de classe à chaque nouvelle rentrée?

Je tiendrai bon quoi qu’il arrive. L’adversité a le même effet sur moi que le stress ou la colère sur le paisible Dr Bruce Banner: lui se métamorphose alors en Incroyable Hulk, et moi en Super-Résistant de la 25e heure.

Non, Laurence, reprends-toi… sèche tes larmes, je t’en supplie. Si Jean-Marc n’est plus sur le service public, saches que son âme lui survit, dont la doulce effluve thatcherienne imprègne désormais chaque humble chevalier-chroniqueur de la Maison Ronde.

Oui, Laurence, tu peux compter sur moi pour reprendre le flambeau. Fredonne avec moi, dans la nuit noire et glacée du trotskisme, qui est descendue sur le pays pour un long hiver totalitaire, ces paroles d’espoir tirées de l’hymne du Medef… NOTRE hymne, Laurence:

Ami si tu tombes
Un ami sort de l’ombre
À ta place…

Nature et management

15 août 2008
C'est les vacances! Les dessinateurs de première classe quittent Charlie-Hebdo pendant que les stagiaires restent sur le pont.

C'est les vacances! Les dessinateurs de première classe quittent “Charlie Hebdo” pendant que les stagiaires restent sur le pont.

À peine de retour parmi vous, il me faut déjà vous quitter.

Non, ne pleurez pas, gardez vos mouchoirs pour le départ de W. de la Maison-Blanche cet hiver: ce n’est qu’un au revoir, promis.

Pendant la seconde quinzaine d’août, j’aurai en effet un programme trop chargé pour philosopher avec vous. Il faudra donc vous armer de patience pour connaître la suite des terribles épreuves qui ont jalonné ma vie.

À partir de ce week-end, je mets le cap sur l’Ardèche pour un stage de “team building” avec toute l’équipe de Charlie. L’affaire Siné à lourdement éprouvé la cohésion de la rédaction ainsi que mon charisme patronal, alors j’ai décidé de ressourcer mes toutous autour de mon nouveau projet éditorial du troisième millénaire. Au programme: rafting, varape, cyclo-cross, saut à l’élastique et en parachute, etc. On verra si Polac et Willem font toujours les malins après ça!

Près de la nature, soudés comme des siamois, rédacteurs et dessinateurs seront sensibilisés aux joies du management moderne. En lisant le prospectus, j’ai immédiatement eu le coup de foudre quant aux bénéfices attendus: “réussir un lancement commercial complexe (nouvelle équipe, filiale, produit complexe); réussir un nouveau projet majeur pour l’entreprise; réussir une réorganisation (fusion, restructuration) dans un contexte de climat social délicat; gérer une crise sociale; accélérer le retour sur investissements humain (cadres, équipe commerciale…).”

J’ai vraiment tout tenté pour que Charb se joigne à nous, mais la médecine du travail est demeurée intraitable: “Votre collègue est au 36e dessous, m’a répété leur représentante. Il ne veut s’alimenter qu’avec des Carambar et il chante en boucle, du matin au soir, Capri, c’est fini d’Hervé Vilard en regardant de vieux épisodes de Casimir…” J’espère que malgré cette petite crise régressive passagère il reviendra sur sa décision d’entrer au monastère en septembre.

Ensuite, je passerai en coup de vent chez Bernard à Marrakech pour faire semblant de relire les épreuves de notre livre collectif qui devrait sortir à la rentrée aux États-Unis chez Random House (sauf menace islamiste): une compilation de toutes les pétitions et tribunes que lui et moi avons initiées cette année pour dénoncer le fascisme vert, les Munichois qui tergiversent face à l’Iran et la tentation nazie qui titille les altermondialistes.

Puis retour en France pour participer à l’université d’été du Parti socialiste à La Rochelle. Ce n’est pas que j’aie beaucoup de sympathie pour ce parti qui a insuffisamment modernisé son logiciel, mais François Hollande a beaucoup insisté pour que j’intervienne devant ses troupes sur deux thèmes qui me tiennent particulièrement à cœur: “Le pompidolisme, un humanisme” et “On a le droit de rire de tout, mais ce n’est pas une raison pour le faire”.

Après ça, j’aurai bien mérité de laisser mon cerveau reposer quelques jours pour éviter la surchauffe. L’année s’annonce chargée pour moi et j’ai intérêt à l’aborder au top de mes capacités. Parce que je ne sais pas pourquoi, mais mon petit doigt me dit que je ne suis pas encore au bout de mes contrariétés…

Reposez-vous bien, relisez Spinoza et n’oubliez pas d’acheter Charlie Hebdo pour allumer votre barbecue, y a comme un petit coup de mou dans les ventes en kiosques ces jours-ci.

PS : retour – triomphal – prévu le 1er septembre.

PPS : tout comme la ligne éditoriale de Charlie Hebdo, les commentaires sur ce blog sont modérés a priori. Vous êtes libres d’en laisser en mon absence, mais ils n’apparaîtront – sauf miracle technologique – qu’à mon retour à Joinville-le-Pont.

Adieu “La Grosse”

14 août 2008
Ci-dessus, le quarteron de généraux félons qui prétendait m'évincer de la présidence de la République de la “Grosse Bertha”.

Ci-dessus, le quarteron de généraux félons qui prétendait m'évincer de la présidence de la République de “La Grosse Bertha”.

Ce document exclusif provient de l’Institut historique national de l’humour involontaire (IHNHI) de Joinville-le-Pont. Il s’agit de mon premier édito dans Charlie ressuscité. À l’heure de prendre le maquis éditorial, j’y dénonçais les compromissions des pétainistes de La Grosse Bertha, lesquels ne s’en relèveraient pas…

Le directeur de La Grosse Bertha, Jean-Cyrille Godefroy, a été très ferme: “Dorénavant, le rédacteur en chef, c’est moi!” Ça faisait quelques mois que ça couvait. Quand on vire le rédacteur en chef, ça veut dire qu’on veut faire un journal différent. Du coup, le gros de l’équipe a décidé de partir aussi. On s’est tous retrouvés dans la rue, les mains dans les poches. On a juste eu le temps de récupérer nos crayons et nos chaussons. Et on a laissé La Grosse Bertha. Ce beau nom était une trouvaille de Gébé, puis l’équipe l’avait imposé. Mais ce titre, ayant été déposé par la directeur de publication, lui appartient de fait. Dans notre monde libéral, les idées finissent toujours par appartenir à ceux qui ne les trouvent pas.

Nous voilà donc dans la nature avec un journal tout nu dans la tête. On s’était habitués à faire un hebdomadaire. Maintenant, c’est devenu un vice.
 Mais voilà, J.-C. Godefroy, entouré d’un quarteron de généraux félons, a décidé de mettre un terme à notre collaboration. Accusés de vouloir faire un “torchon écolo rosâtre”, un “journal favorable à l’establishment”, une “feuille tiers-mondiste”, un “brûlot lycéen”, nous voilà donc à la rue. Entre mous politiques, tels que Siné, Willem, Cabu, pour ne citer que les plus mous, nous nous sommes retrouvés dans un café. Au moment où les plus courageux d’entre nous entrevoyaient sournoisement la perspective de quelques jours de répit, Cabu s’écria: “Il faut sortir un nouveau journal mercredi prochain.” La mer s’est retirée d’un seul coup, les parasols ont fait clac en se repliant, et les polars ont été abandonnés ouverts à la page de garde.

Aussitôt, on s’est mis à chercher un titre.
 Le lendemain midi, on cassait la croûte avec quelques grands anciens, Wolinski s’est écrié: “Et pourquoi vous ne reprendriez pas Charlie Hebdo?” “C’est libre, allez-y!”, dit Cavanna. “Ah oui!”, fit Gébé avec une calme conviction. “Formidable”, cria Cabu. Là-dessus, nous entrechoquâmes nos verres de Badoit. il nous restait moins de quarante-huit heures pour trouver des locaux, un imprimeur, un distributeur, un marchand de papier, des ordinateurs, une photocopieuse, un avocat, une secrétaire et, accessoirement, un peu de pognon. À part le pognon, on a tout trouvé. Pour faire quel journal? Eh bien, nous avons fait un sondage auprès d’un panel représentatif de mille cons, pour solliciter leur avis, et on a fait le contraire.

Charlie Hebdo ? Ce sera tous les mercredis, 10 F. À la semaine prochaine.

Philippe Val
Article paru le 1er juillet 1992
© Charlie Hebdo 1992
 (via presselibre.net)

Le Phénix de Turbigo

13 août 2008
Comme le Phénix, Philippe Val est un oiseau fabuleux, doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé sous l'effet de sa propre chaleur.

Comme le Phénix, Philippe Val est un oiseau fabuleux, doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé sous l'effet de sa propre chaleur.

À peine était-il venu au monde dans une étable de Bethléem que ce blog s’autodétruisait, provoquant la stupeur attristée des centaines de milliers d’internautes qui venaient quotidiennement y faire le plein de philosophie. À l’idée que je me sois fait hara kiri, les pires supputations se sont mises à fleurir sur la toile d’araignée: avais-je été kidnappé par les Farc, menacé par le Hamas, piraté par les Chinois, assassiné par Al Qaida, embauché à la Maison-Blanche?…

Rien de tout ça, je vous rassure. Je me suis simplement emmêlé dans les onglets de mon butineur – vous savez qu’Internet et moi, c’est un mariage de raison plus que de passion. Alors que je m’étouffais de rage devant la page d’accueil du blog de Siné, je suis repassé malencontreusement sur l’interface de mon blog, où j’ai vu un sympathique bouton sur lequel était inscrit “Supprimez le blog”. Croyant bien faire, espérant épurer l’Internet du remugle bachir-el-assadiste dégagé par l’ex-collabo de Charlie, j’ai appuyé sur le bouton, et pshhhit: c’est en fait mon propre blog qui a disparu!

Je n’avais pas besoin de cette nouvelle épreuve pour entamer une cure d’antidépresseurs. Meurtri comme un bébé phoque, j’ai préféré quitter la France pour me réfugier à Baden-Baden auprès du général Alexei.

Depuis mon exil, j’ai provisoirement trouvé refuge chez un sympathique éditeur sensible à la profondeur de mes pensées et au délice de mes concepts. Là, j’ai pu rassurer les millions d’internautes orphelins qui pleuraient ma disparition.

Tel le Phénix, je renais aujourd’hui de mes cendres. Et j’aime autant vous prévenir que ce que vous avez lu sur feu mon premier blog n’était qu’un hors d’œuvre. Comme je le dis souvent à mes troupes pendant les réunions de rédaction de Charlie: on n’est pas là pour rigoler!

On a quand même une guerre à préparer et une civilisation à sauver.