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Ground Zero à Turbigo

11 septembre 2008
légende

Après le succès rencontré par le premier numéro de “Siné Hebdo”, Guy Bedos et Michel Onfray adressent une prière de gratitude au Tout-Puissant…

Ce matin, y avait réunion de la rédac’. Vous auriez vu l’ambiance! Au 44, rue de Turbigo, on se serait cru à Ground Zero il y a sept ans, après l’attaque des barbus volants sur les tours siamoises. Deuil et désolation. Un journal qui, hier, faisait la fierté du pays tout entier se trouvait soudain rasé, rayé de la carte, enseveli sous les décombres de la haine obscurantiste.

Moi : Bon, les mecs [les nanas sont rares à Charlie, alors pour gagner du temps je dis “Bon, les mecs”], j’ai les chiffres de vente d’hier: c’est NUL! Va falloir vous retirer les doigts du cul parce qu’à ce rythme-là, dans six mois je délocalise la rédaction dans le Sichuan.

(Tout le monde baisse les yeux.)

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In memoriam (re)

2 septembre 2008
J'encaisse, j'encaisse,

J'encaisse, j'encaisse, mais faites gaffe: les salariés de “Charlie” peuvent témoigner que quand je m'énerve, ça moufte plus. Chomsky, si tu me lis, tiens-le toi pour dit!

Je suis effondré.

À peine remis de l’annonce de la création de Siné-National Hebdo, encore éploré suite au décès d’Alain, voici qu’une énième tragédie achève de dévaster ma vie.

Jean-Marc Sylvestre, un ami intime de mon Oncle Bernard qui, du coup, est aussi un peu mon oncle, enfin mon ami, enfin j’me comprends, quitte le noble vaisseau radiophonique – France Inter – où je subjugue, chaque vendredi matin, des millions de paires d’oreilles par mes chroniques visionnaires.

Dans le même temps, Rudolf Mermet reste, lui, le venimeux obersturmführer de la Kommandantur talibano-stalinienne de “Là-bas si j’y suis”. J’en patauge dans la déconfiture, d’autant que ce castro-chaviste aux amitiés négationnistes, sans aucun respect pour mes récentes blessures de guerre, non encore cicatrisées, balance sur cette poudrière de douleur un plein tonneau d’alcool de banane vénézuélienne.

Comme dirait Silvio: Mamma mia!

Qu’est-ce que j’ai fait au Ciel pour devenir le principal bouc émissaire du pays, comme hier la tête de Turc de mes camarades de classe à chaque nouvelle rentrée?

Je tiendrai bon quoi qu’il arrive. L’adversité a le même effet sur moi que le stress ou la colère sur le paisible Dr Bruce Banner: lui se métamorphose alors en Incroyable Hulk, et moi en Super-Résistant de la 25e heure.

Non, Laurence, reprends-toi… sèche tes larmes, je t’en supplie. Si Jean-Marc n’est plus sur le service public, saches que son âme lui survit, dont la doulce effluve thatcherienne imprègne désormais chaque humble chevalier-chroniqueur de la Maison Ronde.

Oui, Laurence, tu peux compter sur moi pour reprendre le flambeau. Fredonne avec moi, dans la nuit noire et glacée du trotskisme, qui est descendue sur le pays pour un long hiver totalitaire, ces paroles d’espoir tirées de l’hymne du Medef… NOTRE hymne, Laurence:

Ami si tu tombes
Un ami sort de l’ombre
À ta place…

Dividendes 2.0

13 août 2008
Le directeur du “Monde”, Éric Fottorino, lance ses hordes de journalistes avinés à l'assaut de “Charlie Hebdo”.

Le directeur du “Monde”, Éric Fottorino, lance ses hordes de journalistes avinés à l'assaut de “Charlie Hebdo”.

Oh, vous, je vous vois venir. Vous avez lu Le Monde, c’est ça ? J’ignore pourquoi ce journal me hait à ce point. Ce n’est pas la première fois qu’il met en doute la gauchitude de mes méthodes managériales et mon total désintéressement.

Si vous voulez mon avis, un vent mauvais d’antisémitisme souffle actuellement sur la France, depuis le bistrot du coin jusqu’à la rédaction en chef du quotidien dit de référence, en passant par les tuyaux anonymes de la Kommandantur libérale (aka le Ouèbe). Parmi mes nouveaux amis de gauche du Figaro, personne n’est dupe de la brune filiation du procédé utilisé: Val est un patron, Val est un actionnaire, Val est riche à millions, Val soutient la droite israélienne, donc Val est juif.

Voilà pourquoi me critiquer relève du plus pur antisémitisme. Et voilà pourquoi la Licra, le Crif, l’UEJF et SOS Racisme me soutiennent, tandis que les ahmadinejo-benladistes du Mrap ont signé la bête-immonde pétition en faveur de Siné Drieu La Rochelle.

Mais revenons sur ce papier dégueulasse, qui appelle au lynchage des riches.

Oui, je suis actionnaire et j’en suis fier. Tordons le cou aux clichés marxistes-léninistes ! Un actionnaire, c’est un peu comme un petit écureuil travailleur qui choisirait d’irriguer l’économie de la forêt plutôt que de dilapider ses glands et ses noisettes en faisant la bamboula jusqu’au petit matin. Relisez La Cigale et la fourmi. Qui c’est qu’a l’air con quand la bise fut venue ? C’est l’actionnaire, peut-être !

Oui, je suis patron de presse et je l’assume, d’où le titre de mon premier blog (“Philippe V., patron de presse”). Oui, malgré quelques pudeurs initiales je prends désormais plaisir à me retrouver, avec mes collègues patrons de tous horizons, à l’université d’été du Medef.

Oui, avec Cabu et Oncle Bernard on s’en met chaque année plein les fouilles et on en redemande! Manquerait plus qu’on investisse nos dividendes pour salarier nos pigistes ou qu’on les distribue à des feignasses communistes comme Tignous. Vous voudriez pas non plus qu’on soutienne des associations militantes, genre RESF, tant qu’on y est! J’ai des chats à nourrir et des traites à payer, moi, sans compter que ça coûte affreusement cher le personnel de maison, avec toutes ces cotisations que les socialo-communistes nous ont imposées quand ils étaient au pouvoir

Oui enfin, avec nos caricatures islamophobiques on a gagné le jackpot. Cinq cent mille exemplaires, qu’on en a vendus, de ces mauvais dessins! Pour une fois que les Arabes ramènent de l’argent et rendent service, on va pas pleurer.

Alors quoi ? Il est où le problème ? Je vais vous le dire, moi. Le problème, c’est que la France est un pays où les riches sont mal vus. Un pays où un taux d’imposition stalinien empêche les entrepreneurs de s’enrichir pour le bien de tous et les contraint à l’exil en Suisse ou en Irlande, les dissuadant d’investir afin de résorber le chômage. Un pays où une extrême gauche archaïque continue de revendiquer des avantages indus pour tous ceux qui vivent en parasites (les cheminots, les sans-papiers, les retraités par répartition, les chômeurs, les Rmistes…) pendant que la gauche qui se dit responsable (la bonne blague !) continue, d’un air dégoûté, de chipoter les bienfaits du libéralisme – sans lequel nous nous éclairerions toujours à la bougie.

Je suis las des sous-entendus selon lesquels je serais devenu un sale réac’. D’abord, comme l’aurait rétorqué Montaigne, c’est icelui qui dit qui y est. Ensuite, je pense que Nicolas Sarkozy est bien plus fidèle à l’idéal de la gauche qu’Olivier Besancenot ou José Bové. Comme le dit avec talent mon pote Renaud, ancien de Libé passé au Parisien puis à Marianne, lui que j’avais autoritairement recruté à Charlie il y a quelques années pour y pondre des chroniques duhaméliennes, la gauche française utilise un logiciel ancien et dépassé. Je m’y connais pas trop en informatique, mais sa métaphore sonne bien – d’ailleurs il la ressort à tout bout de champ.

En conclusion (provisoire), je dirais qu’aujourd’hui c’est l’extrême gauche, arc-boutée sur des privilèges d’un autre âge, qui est devenue de droite. Moi, j’ai “heupgrædé” mon logiciel – comme dit ma femme, qui s’y connaît méchamment en nouvelles technologies. Y a trente ans, je chantais avec mon comparse (dont le nom tarde à me revenir):

On a beau fouiller les quatre horizons,
Rien n’est plus poétique que l’autogestion.

Mais aujourd’hui, quand je reprends cet air à la guitare pour égayer les fins de soirée chez Cabu, j’en modernise habilement les paroles:

On a beau fouiller les quatre horizons,
Rien n’est plus bénéfique que les stock-options.

Le monde change, et les vrais intellectuels se doivent de conserver une souplesse de gymnastes pour évoluer avec lui. Je reconnais que ce n’est pas donné à tout le monde. Le problème avec les pauvres, comme dit souvent Oncle Bernard, c’est qu’ils ne comprennent rien à l’économie et qu’ils cherchent à dissimuler la ténuité de leur intelligence et de leur culture derrière de vieilles lunes crypto-trotskistes.

Alors pour que les choses soient bien claires désormais, je vous annonce une grande décision qui entérine de manière définitive le changement de logiciel de Charlie: j’ai décidé – n’en déplaise au diffamateur patenté Denis Robert et à ses sbires anticapitalistes – d’ouvrir le capital du journal à la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream.

En effet, comme je le déclarais il y a peu à un ami banquier qui se lève tôt le matin, “la presse a besoin de diversifier ses modes de financement. Et puis quand même, Clearstream, ce n’est pas un actionnaire comme les autres. Ça a un côté un peu provoc’ que n’aurait pas renié Choron.”