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Quand j’étais gauchiste

9 septembre 2008
légende

De nos années gauchistes, Cabu (ci-dessus) et moi n'avons rien conservé, si ce n'est quelques photos…

Mon conservatisme
En devient gênant.
Ma pauv’ Caroline
J’ai cinquante-six ans.
Je passe sur i>Télé
Avec Askolovitch.
Mais j’étais moins conspué
Quand j’étais gauchiste.

J’buvais du Pastis
À la Fête de L’Huma.
J’étais la coqueluche
D’tous les syndicats.
J’critiquais les médias
Avec Serge Halimi.
J’soutenais Pour voir Pas vu
Quand j’étais gauchiste.

Le soir à la télé
J’embrochais l’Medef.
Cabu m’attendait
Planqué, dans sa vieille DS.
On s’est pris des procès
En veux-tu, en voici.
J’avais une vie d’cinglé
Quand j’étais gauchiste.

Les gens d’la police
Me crachaient dessus.
Les nouveaux philosophes
Je leur bottais le cul
Dans mes éditoriaux
L’ultralibéralisme
S’en prenait plein la gueule
Quand j’étais gauchiste.

Ma pauv’ Caroline,
J’ai cinquante-six ans.
J’ai appris qu’Alain Krivine
Est mort dernièrement.
J’ai fêté les adieux
D’Daniel Bilalian.
Pour moi y a longtemps qu’c’est fini
Les choses sont complexes aujourd’hui.
Mais je kiffe quand même grave le Modem
Et ça distrait ma vie.

Pour moi y a longtemps qu’c’est fini
J’fais du Duhamel aujourd’hui.
Mais je mange quand même les plats que j’aime
Chez Lipp, ma brasserie.

(Avec la contribution involontaire de Michel Delpech.)

—————–

Un entretien avec Philippe Val

Où va “Charlie Hebdo” ?

Que se passe-t-il à “Charlie” ? Au-delà des colonnes de l’hebdo satirique, politique et salutaire, les récents éditos du rédacteur en chef Philippe Val suscitent la controverse. Nous avions d’autant plus envie d’en discuter avec lui qu’il ne nous [la LCR, ndp] épargne pas vraiment. Débat sans détours, âpre mais ouvert. À suivre…

“Rouge” : Ton spectacle (1) s’ouvre sur la résistance, l’indignation… Quand tu fustiges dans Charlie le Medef ou Vivendi, on suit; quand tu défends le bilan du gouvernement, on comprend moins.

Philippe Val : Ma position est difficile à tenir. Je ne soutiens pas le gouvernement; mais si Jospin fait quelque chose qui me semble juste, je dois laisser entendre que je trouve ça bien, si je veux le critiquer radicalement sur ce qui m’indigne. Certains modes d’application des 35 heures ont été une monnaie d’échange avec le Medef, il faut le dénoncer; mais en gros, les 35 heures, c’est une vraie réforme sociale. Je connais des gens qui ont des boulots très difficiles: ça change leur vie…

Si on tape sur tout le monde de la même façon, les choses qu’on écrit n’ont plus de sens. Si je tape sur Vivendi, sur Kessler, je veux que ça leur fasse mal. Pour ça, il faut que je sois crédible. Je le suis un peu: ils me font un procès (2). Qui a un procès avec eux? Qui va au charbon? On n’est pas très nombreux… Je suis un mauvais ennemi pour vous. Si je suis attaqué, vous n’avez pas intérêt à espérer que je sois vaincu. Je fais ce que je peux avec ce que je suis. Ma formation n’est pas la même, mais ce n’est pas une ennemie de la vôtre. On ferait mieux de considérer ce qu’on a en commun. Ce qui nous oppose n’est pas très radical.

– Pourtant tu écris que pour une partie de la gauche radicale, la victoire du fascisme pousserait la révolte, voire la révolution (3).

Ce ne sont pas les gens autour de Krivine qui pensent ça. Mais vous ne pouvez pas nier que ça existe.

– Ce sont des courants très marginaux ! En réalité, tu t’en prends à Arlette Laguiller et Alain Krivine.

Plutôt à Arlette qu’à Alain…

– Il ne semble pas y avoir de possibilité de débat avec toi. Les rares fois où nous sommes mentionnés c’est l’exécution en bonne et due forme. On a du mal à le comprendre autrement que par une évolution politique, d’abord avec la guerre du Kosovo…

Ce n’est pas une évolution politique. J’aurais réagi de la même façon il y a quelques années. Par ailleurs, j’ai laissé libres de s’exprimer dans Charlie Hebdo ceux qui s’opposaient à mon point de vue. Ce sont des gens que j’aime beaucoup, avec qui j’ai plaisir à travailler. Ils sont toujours là, contrairement à ce qu’a dit Le Monde. Ceux qui sont partis ne sont pas ceux-là.

– Dans ton spectacle, le texte sur le Kosovo a l’allure d’une violente lettre de rupture: s’opposer aux bombardements, c’est “un peu criminel”. On entend surtout “criminel”!

Ce n’est pas une lettre de rupture. La porte est ouverte. Non pas que je me sente un leader rassembleur, je ne le serai jamais. Mais je suis quelqu’un qui écrit, qui réfléchit… En 1992, nous avons publié un reportage, terrifiant, de Jean-Luc Porquet sur le Kosovo; cet apartheid n’a pas intéressé grand-monde, c’était recouvert par la guerre en Bosnie. J’ai aussi ramené un reportage de Bosnie avant les accords de Dayton. Les choses étaient horriblement claires, il y avait des bourreaux et des victimes. Il faut faire des choix.

– Pour toi, s’opposer à l’OTAN, c’était faire le choix du bourreau?

Bien sûr. Il fallait que ça s’arrête ! J’ai fait le choix qui me hérissait le moins, celui qui mettait fin à l’apartheid serbe au Kosovo. J’aurais voulu que ça se fasse plus gentiment… Ça s’est fait avec des bombes.

– Ensuite il y a eu le clash de l’appel au vote pour les européennes.

Ce n’est pas le débat qui m’a posé problème. Mes adversaires avaient en partie raison. Sur Cohn-Bendit, j’étais très réticent. Je connais des gens aux Verts, comme Marie-Christine Blandin, qui me semblent plus intéressants. Quand j’ai fait ce choix, j’étais aux États-Unis, j’ai fait une “carte postale”.

– En tant que rédacteur en chef, ça prend un poids particulier.

Bien sûr… C’est comme ça, c’est moi qui suis là. Libre à tout le monde de faire ce qu’il veut. Si je n’avais pas été pressé par ce qui se passait ici (4), je m’y serais pris autrement. Mais j’étais énervé et je ne pouvais pas l’exprimer. Et puis j’étais sur une monstruosité écologique, une mine à ciel ouvert où on sacrifie des vies humaines… J’étais en plein là-dedans, j’ai dit “je vais voter Verts”.

– Ça ne correspond pas au soutien de Charlie à une composante de la majorité plurielle ?

Non, je peux dire publiquement pourquoi je ne suis pas d’accord avec les Verts; sur certains points, comme le transfert de pouvoirs aux régions, je ne suis pas d’accord.

– En juin 1998, tu écrivais : “La vraie droite d’aujourd’hui, c’est le PS. […] C’est sur sa gauche que doit se construire une opposition parlementaire.” Ce n’est pas ce qui transparaît.

Pourtant je suis persuadé de ça. Mais je suis talonné par des gauchistes! Si je ne l’étais pas, je ne serais pas condamné à répondre aux conneries qu’ils écrivent.

– Tu sembles être devenu le pourfendeur de l’extrême gauche.

Pas du tout. Quand je rencontre Attac, Ras l’Front, des gens engagés chez vous, c’est ma famille… Mais il faut montrer que les choses sont compliquées. J’essaie de rendre crédible une critique à gauche de la gauche qui ne soit pas le nez rouge gauchiste… Je vous énerve, vous m’avez énervé aussi, mais je ne me sens pas proche de l’UDF. Quand je rencontre des gens de chez vous, j’ai l’impression que ce sont plutôt des amis. Je l’ai dit à Krivine: qu’est-ce que tu vas faire avec Laguiller aux européennes?…

– Sur l’affaire du vote de la taxe Tobin, « les Guignols » ont décrit Arlette Laguiller comme le suppôt du Grand Capital. C’est choquant de retrouver ce type d’arguments dans Charlie sous la plume de quelqu’un qui dit “on est un peu de la même famille”!

Elle prête le flanc à ça…

– Elle n’est pas responsable de la non-taxation des capitaux spéculatifs! Et puis ce n’est pas une question de désaccord. Bien au-delà de nos rangs, il y a une interrogation: où va Charlie Hebdo du point de vue politique?

Je ne suis pas sourd à ça… J’ai manqué de nuances peut-être, là-dedans. Peut-être qu’on ne travaille pas suffisamment à un inventaire: ce qui reste de cette gauche de la gauche, sur quoi elle ne veut pas transiger. Ce qu’on a en commun, peut-être même avec les Verts. Pourquoi on n’aurait pas des débats importants, par exemple ce qui peut faire partie du marché et ce qui ne doit pas y rentrer… Sur l’école, la culture, les transports, l’eau, ce que doit être un service public audiovisuel, on peut tomber d’accord. Qu’on postule l’attachement aux libertés individuelles, à la démocratie et aux droits de l’Homme. Et qu’on dise: maintenant, voilà ce qu’on veut. Et que ce soit très radical, qu’on monte au charbon!

On devrait choisir quelques thèmes dont on sait qu’ils préoccupent vraiment les gens, parce que c’est un problème d’évolution de la démocratie. Qu’est-ce que c’est, les lieux de débat où s’élaborent les décisions? Est-ce que le Parlement ne devient pas la reine Juliana face à TF1? Peut-être aussi qu’on pourrait mettre en évidence ce pour quoi on se bagarre ensemble, bien souvent, mais que ce ne soit pas un vague sentiment d’être à gauche de la gauche, dire pourquoi…
Propos recueillis par Marine Gérard et Robert March

1. Val est en tournée avec un spectacle de chansons, “Hôtel de l’Univers”.

2. L’agence Capa (cf. Rouge du 2 mars) et Kessler ont intenté un procès à Val.

3. Charlie du 16 février.

4. Un sondage sur les intentions de vote dans la rédaction a été publié dans ce même numéro de Charlie (liste LO-LCR majoritaire).

Article paru le 23 mars 2000.
© Rouge, 2000
, via presselibre.net

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In memoriam (re)

2 septembre 2008
J'encaisse, j'encaisse,

J'encaisse, j'encaisse, mais faites gaffe: les salariés de “Charlie” peuvent témoigner que quand je m'énerve, ça moufte plus. Chomsky, si tu me lis, tiens-le toi pour dit!

Je suis effondré.

À peine remis de l’annonce de la création de Siné-National Hebdo, encore éploré suite au décès d’Alain, voici qu’une énième tragédie achève de dévaster ma vie.

Jean-Marc Sylvestre, un ami intime de mon Oncle Bernard qui, du coup, est aussi un peu mon oncle, enfin mon ami, enfin j’me comprends, quitte le noble vaisseau radiophonique – France Inter – où je subjugue, chaque vendredi matin, des millions de paires d’oreilles par mes chroniques visionnaires.

Dans le même temps, Rudolf Mermet reste, lui, le venimeux obersturmführer de la Kommandantur talibano-stalinienne de “Là-bas si j’y suis”. J’en patauge dans la déconfiture, d’autant que ce castro-chaviste aux amitiés négationnistes, sans aucun respect pour mes récentes blessures de guerre, non encore cicatrisées, balance sur cette poudrière de douleur un plein tonneau d’alcool de banane vénézuélienne.

Comme dirait Silvio: Mamma mia!

Qu’est-ce que j’ai fait au Ciel pour devenir le principal bouc émissaire du pays, comme hier la tête de Turc de mes camarades de classe à chaque nouvelle rentrée?

Je tiendrai bon quoi qu’il arrive. L’adversité a le même effet sur moi que le stress ou la colère sur le paisible Dr Bruce Banner: lui se métamorphose alors en Incroyable Hulk, et moi en Super-Résistant de la 25e heure.

Non, Laurence, reprends-toi… sèche tes larmes, je t’en supplie. Si Jean-Marc n’est plus sur le service public, saches que son âme lui survit, dont la doulce effluve thatcherienne imprègne désormais chaque humble chevalier-chroniqueur de la Maison Ronde.

Oui, Laurence, tu peux compter sur moi pour reprendre le flambeau. Fredonne avec moi, dans la nuit noire et glacée du trotskisme, qui est descendue sur le pays pour un long hiver totalitaire, ces paroles d’espoir tirées de l’hymne du Medef… NOTRE hymne, Laurence:

Ami si tu tombes
Un ami sort de l’ombre
À ta place…