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(7) La Val qui rit (“La Vache folle”)

10 septembre 2008

Déchiré par les conflits internes, en nette perte d’humour depuis qu’il se prend pour “La Lettre de la Nation” de l’écologie politique, “Charlie Hebdo” se découvre avec étonnement, Philippe Val ulcéré en tête, de l’autre côté de la critique. Après huit ans d’exercice, “Charlie” ne fait plus rire grand monde et les manœuvres de son rédacteur en chef commencent à filtrer au-delà des locaux de la rue de Turbigo…

Philippe Val a mal à son ego. Le journal des gens-comme-il-faut a osé insinuer que tout n’était pas rose au temple de la satire. Le 4 mars 2000, Le Monde a écorné le mythe de Charlie: celui d’une rédaction unie, fièrement dressée derrière son chef, reprenant en chœur son dernier tube et déclamant du Spinoza sur les bords de Marne. Le même mois, un malheur n’arrivant jamais seul, Val apprend que le président de Radio-France, Jean-Marie Cavada, souhaiterait se passer de ses précieux services; France Soir ricane; Serge Halimi et Dominique Vidal, dans un article du Monde diplomatique consacré aux dérives du traitement médiatique de la guerre au Kosovo (mars 2000), se fendent d’une spéciale dédicace à son propos; le réalisateur Pierre Carles l’agresse; l’agence Capa d’un côté et Denis Kessler (n°2 du Medef) de l’autre l’assignent en justice…

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(6) Droit de réponse de “Charlie” au “Monde”

10 septembre 2008

Correspondance

Une lettre de “Charlie Hebdo”

À la suite de notre article intitulé “Controverses sur la nouvelle orientation éditoriale de ‘Charlie Hebdo’” (“Le Monde” du 4 mars), nous avons reçu de Philippe Val, gérant des éditions Rotative et rédacteur en chef de l’hebdomadaire, la mise au point que nous publions ci-dessous. La plupart des collaborateurs de “Charlie Hebdo” se sont associés à ce texte: Bernar, G. Biard, Cabu, F. Cavanna, Charb, A. Fischetti, Gébé, Honoré, L. Lapin, Luz, Oncle Bernard, X. Pasquini, M. Polac, Riss, Siné, Tignous, Willem et Wolinski.

En chiffres, Charlie Hebdo a connu, en 1999, une perte moyenne de 4.500 numéros en kiosque, compensée en partie par une augmentation constante des abonnements et le succès des hors-séries. La nouvelle formule, lancée le 5 janvier, a produit des effets positifs sur les ventes. Votre article annonce que ce journal est riche et fait entre 14% et 18% de bénéfices. Nous en serions heureux, mais la réalité est moins souriante: le chiffre honorable, mais modeste d’environ 5% est plus proche d’une information sérieuse.

Autre erreur, Philippe Val aurait placé à ses côtés, comme au capital de la société, “plusieurs de ses proches”. Primitivement, les actionnaires des éditions Rotative étaient au nombre de cinq, tous rédacteurs ou dessinateurs. L’un d’eux, notre ami Renaud, possédant deux actions mais ne collaborant plus au journal, a vendu ses titres à notre demande. C’est à l’unanimité que les actionnaires ont voté pour faire entrer dans le capital deux salariés de l’administration.

Il n’y a pas de controverse sur la ligne éditoriale. Celle-ci n’est d’ailleurs pas une ligne, mais une charte générale édictée par François Cavanna, le fondateur du journal. Il y est fait obligation d’être fidèle à la laïcité, à la défense de l’écologie, aux principes démocratiques, aux idéaux des Lumières, aux droits de l’homme, à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme et à la dénonciation de la cruauté contre les animaux. Jamais nous n’avons dérogé à ces principes, qui, loin de nous contraindre, nous rassemblent.
Les débats qui ont eu lieu lors de la guerre au Kosovo, et qui, notamment, ont opposé Charb et Philippe Val, se sont exprimés librement dans les colonnes du journal. De même, les différents points de vue lors des élections européennes ont été portés à la connaissance des lecteurs, sans que Philippe Val y exerce aucune censure. Nous nous réjouirions si une telle liberté éditoriale était le fait de toute la presse française.

Enfin, vos accusations contre Philippe Val sont étonnantes pour un journal qui s’honore de sa rigueur et de sa précision: “Sous couvert d’anonymats, d’aucuns lui reprochent la captation d’un héritage collectif. En s’affirmant comme le patron, il s’est approprié le capital symbolique, idéologiques et économiques de Charlie.” Comment aurait-il pu capter l’héritage symbolique et idéologique du journal puisqu’il collabore étroitement depuis le début avec Cavanna, fondateur du journal et propriétaire du titre, ainsi qu’avec tous les dessinateurs de l’ancienne équipe, qui font partie intégrante de la nouvelle équipe? Quant à la captation de l’héritage économique, si elle était avérée, elle serait un délit relevant des tribunaux. En fait d’héritage, lors de son relancement, tous les premiers frais de fonctionnement du journal ont été assumés par Cabu et Philippe Val, et grâce à un emprunt de 200.000 francs qu’ils ont remboursé dans les semaines suivantes.

Article paru le 26 mars 2000.
© Le Monde, 2000, via Presselibre.net

(4) Les ennemis inattendus (“Charlie Hebdo”)

10 septembre 2008

Six colonnes dans “Le Monde”… Sept ou huit mille signes comme un essaim de frelons qui tourne autour de ma tête. Vite, un seau d’eau! Six colonnes diffamant “Charlie Hebdo” et me décrivant comme un gros con avare, sournois, et vendu au grand capital. La même semaine, Ardisson m’insulte, Serge Halimi dans “Le Monde diplomatique”, me dénonce comme suppôt de l’OTAN – sacré Serge, je ne savais pas que tu volais en essaim –, Cavada ne me supporte plus, “France-Soir” m’attaque, “Marianne” s’aligne, Kessler, le vice-président du Medef, me fait un procès, Capa-Vivendi aussi, Pierre Carles m’écrit pour me comparer à Jean-Marie Messier… 
L’extrême-gauche me traite de sioniste, j’ai même reçu du courrier anonyme me traitant de sale Juif, ce que d’ailleurs je ne prends pas comme une insulte, mais comme un honneur. Mais enfin, il y a là un déchaînement qui m’oblige à faire un stage devant mon miroir afin d’étudier si, vraiment, je suis ce misérable dont je vois ses dessiner le portrait en lisant la presse de la semaine dernière.

“Je vivais à l’écart de la place publique…”, chantait Brassens. Je pourrais chanter à l’unisson. Quand je sors de chez moi, c’est pour aller à “Charlie”, ou bien pour aller chanter à travers la France, dans toutes ces villes que j’ai appris à aimer, ou encore pour me rendre à France-Inter, le lundi, pour faire ma chronique et retrouver mes copains de la radio. Le reste du temps, je vis caché, entouré de mes chats et d’amitiés qui, avec quelques livres, ont tissé la trame de ma vie. Une vie qui me convient, où mon bonheur n’est pas impossible.

J’étais un enfant angoissé. Devenu adulte, des gens que j’admirais, en m’honorant de leur affection, m’ont guéri de ces souffrances enfantines. Comme ils étaient avant tout des hommes ou des femmes qui usaient avec talent et courage d’une liberté que les médiocres négligent, j’ai fait l’apprentissage avec eux du doute, de la libre critique et des choix personnels, en ne rendant compte qu’à ma propre conscience. C’est armé de ce précieux bagage, auquel s’ajoute une lecture minutieuse de Montaigne et de Spinoza, que je me suis retrouvé, au seuil de la quarantaine, en train de faire des journaux et de la radio.

Tout cela suffit-il à faire un journaliste? Un éditorialiste? Je n’en sais rien, et, au fond, cela ne me tracasse pas beaucoup. Dès mes premiers articles publiés, j’ai entretenu avec toi, mon lecteur, un rapport de compagnon. Je t’ai choisi pour dialoguer pendant nos promenades à travers les idées, l’actualité, le monde comme il va… Je considère que j’écris pour mon meilleur ami, qui est très intelligent, et que je peux prendre le risque de me tromper, de le faire réagir, de l’irriter, de l’amuser, voire de l’ennuyer… Avec mon meilleur ami, je peux prendre toutes les libertés. Je lui fais confiance. Je sais bien qu’au bout de la promenade, si âpre qu’ait été la discussion, elle n’aura pas assombri notre affection réciproque. Je ne sais pas écrire autrement. Écrire est un bonheur difficile. Parfois douloureux. Et je suis né enclin à la flemme. Si je finis par me mettre au travail, c’est pour aller au plus intime, comme ça me vient, sans peur, sans souci de plaire ou de déplaire, persuadé de parler à une personne adulte, à mon semblable, à mon intimement égal.

Le théâtre, “Charlie Hebdo”, la radio – telle que j’ai pu en faire grâce à Jean-Luc Hees –, sont des “lieux” idéaux pour pratiquer pareil exercice atypique. L’indépendance qu’on y a, la liberté qui y est permise, la compagnie de qualité qu’ils procurent, les formes diverses qu’ils impliquent, disciplinent agréablement mon goût naturel pour le désordre et la paresse.

Je n’ai fait ni Sciences po ni école de journalisme. J’ai d’ailleurs appris récemment qu’un professeur du Centre de formation des journalistes, depuis des années, s’efforçait de convaincre ses élèves de me mépriser. Je suis presque flatté de faire l’objet d’autant de passions. Heureusement, le mépris, comme l’amour, ne se décrète pas. Le journalisme n’échappe pas à une petite tendance corporatiste, et n’aime pas les “objets écrivants non identifié”. Mais ce n’est pas bien grave. On me prend parfois pour un barbier devenu chirurgien. Mais il m’arrive parfois de venger les lecteurs fatigués d’être rasés par les chirurgiens professionnels. C’est un peu ma place, mon rôle… Je comprends d’ailleurs que cela agace le brave bourrin de l’info qui tire la charrue avec pour seul horizon la dépêche de l’AFP qu’il paraphrasera laborieusement.

Mais lentement, au fil des ans, je me suis fait une autre idée d’un journalisme dont j’accepte les règles mais dont j’ignore volontairement les conventions. Les règles, tout le monde les connaît: respecter les faits, etc. Les conventions: une prétendue objectivité qui confine à un conformisme stérile. Je suis arrivé dans ce métier, non en disant “Je vais tout casser”, mais en me construisant un espace à ma manière, où cohabitent un scepticisme qui m’oblige à tout remettre en discussion et une volonté d’exprimer clairement, au bout du compte, mes choix. Si un jour toutes mes chroniques étaient éditées en volume, on pourrait choisir comme titre général: “Éloge de l’impureté en politique”.

Je ne suis pas dupe. C’est cette impureté qui m’est si brutalement reprochée. Et si, aujourd’hui – tout en sachant que mon sort est beaucoup moins tragique que celui d’un taureau dans l’arène –, je tourne sur la piste avec sur mon dos les banderilles d’Halimi, d’Ardisson, du “Monde”, de “Marianne”, du Medef, de “France-Soir”, du “Figaro”, de Vivendi, d’AXA, de Cavada, si, dans ma mâchoire, quelques fausses dents remplacent celles que des brutes d’extrême droite ont fait voler, une nuit d’automne, dans un parking en me rouant de coups, si dans la même semaine, “Les Inrockuptibles” et Michel Drucker ont eu la gentillesse de dire du bien de moi et si le journaliste de “Marianne”, franc comme un sou percé, me demande mielleusement “Pourquoi cristallisez-vous tant de haine ?”, je sais bien que c’est à mon impureté – impureté de mon parcours, impureté de mes opinions – que je dois ces excès d’honneur et ces indignités. Je ne suis ni un pur journaliste ni un pur gauchiste. Je ne suis pas pur du tout.

Prenons la guerre du Kosovo. Certains ont cru que je faisais partie d’un camp, le leur, radicalement anti-américain. Si j’avais considéré “Charlie” comme une boutique gauchiste où il fallait livrer toutes les semaines au lecteur gauchiste sa cuillerée de gauchisme, j’aurais sans doute récité le catéchisme qu’il fallait. J’aurais été pur. Mais je ne sais pas faire ça. Je ne le saurai jamais. J’ai exprimé mes doutes. J’ai trouvé que toutes les solutions étaient mauvaises. Y compris l’intervention de l’OTAN. Mais au bout du compte, j’ai pensé que la pire des choses était de continuer à laisser Milosevic anéantir le peuple kosovar. Entre la guerre ethnique de Milosevic au Kosovo et la guerre de nos imparfaites démocraties contre Milosevic, j’ai choisi de ne rien cacher à mon lecteur de mon sentiment intime: et j’ai écrit que j’étais pour l’intervention au Kosovo.
Le pur, lui, soit ne choisit pas, soit choisit en fonction d’un idéal lointain de la révolution, qui consiste à souhaiter que le monde devienne invivable. Je suis impur. Je doute qu’une révolte provoquée par l’horreur accouche d’une révolution qui mettra un ordre définitif dans le chaos du monde. Je pense qu’il faut aménager le monde au mieux, avec le moins de souffrance possible, et suivre avec fermeté, et sans déroger aux grands principes des droits de l’Homme, la ligne du moindre désastre.

J’avoue également croire qu’il ne faut même pas souhaiter qu’un ordre définitif établisse le meilleur des mondes. Pour moi, la pureté en politique, c’est une ligne qui va de Hitler à Pol Pot. J’avoue préférer ce que représente Jospin à ce que représente Balladur, Barak à Netanyahou, et même Giscard d’Estaing à Pinochet. En quoi dire cela mutilerait-il l’intransigeance critique? Le mensonge pour la bonne cause, l’aveuglement militant, les catéchismes gauchistes seraient-ils de merveilleux outils de connaissance? Ça se saurait.

Allons, rien de tout cela n’est tabou. Si l’on veut élaborer une critique de gauche efficace – ce qui est mon souhait le plus cher –, il faut bien exprimer les nuances, quitte à bousculer quelques habitudes. Mais à quoi d’autre sert la pensée, sinon à nuancer? Où agrippe-t-on parfois des lambeaux de vérité sinon dans l’infiniment subtil jeu des nuances? Ce jeu est à la fois un devoir de sincérité et un plaisir intellectuel non négligeable.

Avant de prendre congé de toi pour cette semaine, lecteur, je t’offre ces mots de Vladimir Jankélévitch, qui résume bien mieux que moi ce que je voulais te dire: “La condition de l’homme, dans sa modernité, c’est la dissonance. On ne peut réunir tout ce qu’on aime et tout ce qu’on respecte sur une même idée, dans le même camp et sous le même drapeau. (…) Le ciel des valeurs est un ciel déchiré et notre vie écartelée est à l’image de ce ciel déchiré”.
Philippe Val

Article paru le 15 mars 2000.
© Charlie Hebdo, 2000, via presselibre.net

(3) Controverses sur la nouvelle orientation éditoriale de “Charlie-Hebdo” (“Le Monde”)

10 septembre 2008

Après ses prises de position sur la guerre du Kosovo et les élections européennes, l’hebdomadaire satirique a perdu près de 10.000 acheteurs en un an. La crise interne a été résolue avec le départ d’une partie de l’équipe.

Charlie Hebdo serait-il victime de “dommages collatéraux” à retardement de la guerre du Kosovo? Comme de l’engagement très appuyé de son rédacteur en chef, Philippe Val, en faveur de la liste des Verts aux élections européennes de juin 1999. En l’espace d’un an, le journal a perdu, en moyenne, 11.000 exemplaires de vente en kiosque, passant de 70.000 numéros en janvier 1999 à un peu moins de 60.000. Un processus qui s’est dégradé d’abord au mois de mai, date de l’intervention de l’OTAN en ex-Yougoslavie, puis à l’automne, avant le lancement d’une nouvelle formule qui n’a pas encore produit ses effets.

A tous égards, Charlie Hebdo n’est pas un journal comme les autres. Relancé en 1992 par les fondateurs historiques du titre – Cavanna, Gébé, Cabu, Wolinski, Willem, etc., auxquels s’est joint l’humoriste Philippe Val –, ce journal satirique a vite retrouvé une part de son lectorat longtemps orphelin. Ceux-là ont redécouvert le trait acide des dessins où la dérision côtoie la provocation jusqu’au mauvais goût. Ils ont aussi renoué avec le ton si particulier de chroniques féroces peuplées d’évidents parti-pris et de coups de gueule.

À la faveur des mouvements sociaux de 1995, des manifestations contre les lois Pasqua-Debré sur l’immigration, des mobilisations d’étudiants et de lycéens comme des protestations radicales contre le Front National, Charlie Hebdo a amplifié son audience. Aux côtés des “historiques”, une nouvelle génération de dessinateurs (Charb, Luz, Riss…) est apparue, en phase avec un public plus jeune et plus proche de la mouvance “alternative” de l’écologie politique et de l’extrême gauche.

En renforçant le secteur de l’information, avec l’apport de journalistes dont François Camé, un ancien de Libération, le journal s’est taillé quelques succès d’audience. Plusieurs de ses “scoops”, repris par “l’autre” presse, ont contribué à le sortir de la marginalité, avec une diffusion qui a atteint, avec les abonnements, jusqu’à 90.000 exemplaires.

Crise interne

La guerre du Kosovo puis les élections européennes vont marquer la rupture et provoquer une crise interne. Entre partisans et opposants de l’intervention de l’OTAN, la division s’étale, parfois violemment, dans les colonnes. Dans un courrier signé en sa qualité de ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement, Dominique Voynet s’en est mêlée, distribuant, dans l’édition du 9 juin, les bons et les mauvais points entre les protagonistes. Des États-Unis où il est en reportage, Philippe Val lance, dans la même édition, un appel insistant à voter pour la liste de Daniel Cohn-Bendit. Un peu plus loin dans un entretien, Alain Lipietz, porte-parole de cette formation, explique longuement “qu’entre le marché et l’utopie, les Verts défendent le tiers-secteur”.
Coïncidence ou intention inavouée?

Ce soutien appuyé suscite des réactions. Publié dans un bas de page, un sondage révèle que 36% de la rédaction votera pour la liste d’Arlette Laguiller et d’Alain Krivine et 24% pour les Verts. Pour Philippe Val, Cabu, Cavanna et quelques autres, cette “provocation” est plus qu’“une faute lourde”, une véritable “déclaration de guerre”. Au cours d’une réunion tendue de mise au point, le 16 juin, le rédacteur en chef annonce une nouvelle formule “pour sortir de la crise”. Et en profite pour remettre en cause le secteur de l’information: “Nous étions arrivés au bout de ce que ce type de travail peut amener comme plus-value pour le journal”, explique-t-il aujourd’hui.

“Les Verts incarnent le mieux l’humanisme critique que nous souhaitons défendre”, justifie Philippe Val, en réfutant son appartenance militante et encore moins tout lien organique. La rumeur de son éventuelle candidature aux prochaines élections municipales à Joinville-le-Pont a accentué le doute: “Matériellement, je n’en ai pas le temps. Mais j’ai envie d’aider et si les gens ont besoin de moi, je m’engagerai”, précise-t-il.
Avec le départ de François Camé et de plusieurs collaborateurs opposés à une ligne politique trop conciliante à l’égard du gouvernement et la gauche “plurielle”, Philippe Val a repris en main le contenu et le fonctionnement du journal. Dans la nouvelle maquette, le dessin a retrouvé une place privilégiée aux côtés “d’enquêtes approfondies qui suscitent une réflexion et une mobilisation intellectuelle sur l’actualité”, explique-t-il. Des rubriques, à dominante culturelle et artistique, ont été ajoutées pour rendre compte “des nouvelles formes d’humanisme contemporain”.

Dans la réorganisation, le “patron” évoque également les rigueurs de gestion d’un journal sans publicité. L’entreprise, pourtant, est prospère et les salariés plutôt bien payés. Son bénéfice approcherait les 15 à 18% du chiffre d’affaires, même s’il lui faut constituer des réserves financières en prévision de 23 procès en cours.

Lors des débats internes, la personnalité de Philippe Val a pesé. Sous couvert d’anonymat, d’aucuns lui reprochent “la captation d’un héritage collectif. En s’affirmant comme le patron, il s’est approprié le capital symbolique, idéologique et économique de Charlie. D’autres s’étonnent qu’il ait placé, à ses côtés comme au capital de la société, plusieurs de ses proches et fidèles. Tout en poursuivant une carrière d’artiste et de chroniqueur à France-Inter, le rédacteur en chef reconnaît avoir “bousculé des habitudes”. 
La nouvelle formule n’a pas encore redressé les ventes, mais son initiateur revendique un peu de temps. “Je n’ai pas envie d’écrire marketing”, avoue-t-il à l’attention des lecteurs perdus. Pour un certain nombre d’entre eux, le vide s’est déjà installé.
Michel Delberghe

Article paru le 4 mars 2000.
© Le Monde, 2000, via presselibre.net