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Maniaco-remaniement à France Inter

23 juin 2009
val

Quand j'étais petit, je rêvais d'être Léo Ferré. Aujourd'hui, je suis fier d'avoir mis ma vie au diapason de ses chansons: “La révolution tralalère/La révolution tralalère/ La révolution tralalère/Quand ça tralalère trop ça s'casse/Ça s'met dans un coin à glander/Ça s'met dans un coin à glander/Pour longtemps de préférence…”

– Monsieur V. est arrivé, Monsieur le président.

– Bien, faites-le entrer… Salut Philippe, comment tu vas?

– Bonjour Jean-Luc. Ben, ça peut aller… Enfin, disons que ça pourrait aller mieux. Je ne sais pas ce que j’ai fait au bon Dieu des laïques: dès que j’apparais quelque part, les masses laborieuses se révoltent dans le quart d’heure qui suit. À part en Iran, où là – juré, craché –, je n’y suis pour rien.

– C’est justement à ce sujet que je voulais te voir, Philippe. Depuis hier matin mon téléphone n’arrête pas de sonner. Tout le monde me parle de toi, et surtout de ta première décision en tant que directeur de France Inter. Même mon ami Obama est inquiet. Il m’annonce que le Département d’État et le Département de la Défense suivent de près ta future grille des programmes, de peur que tu ne déclenches la Troisième Guerre mondiale. Mais qu’est-ce qui t’a pris Philippe? À peine arrivé, tu vires un gars qui nous a ramené 400.000 auditeurs en quelques mois! (more…)

(7) La Val qui rit (“La Vache folle”)

10 septembre 2008

Déchiré par les conflits internes, en nette perte d’humour depuis qu’il se prend pour “La Lettre de la Nation” de l’écologie politique, “Charlie Hebdo” se découvre avec étonnement, Philippe Val ulcéré en tête, de l’autre côté de la critique. Après huit ans d’exercice, “Charlie” ne fait plus rire grand monde et les manœuvres de son rédacteur en chef commencent à filtrer au-delà des locaux de la rue de Turbigo…

Philippe Val a mal à son ego. Le journal des gens-comme-il-faut a osé insinuer que tout n’était pas rose au temple de la satire. Le 4 mars 2000, Le Monde a écorné le mythe de Charlie: celui d’une rédaction unie, fièrement dressée derrière son chef, reprenant en chœur son dernier tube et déclamant du Spinoza sur les bords de Marne. Le même mois, un malheur n’arrivant jamais seul, Val apprend que le président de Radio-France, Jean-Marie Cavada, souhaiterait se passer de ses précieux services; France Soir ricane; Serge Halimi et Dominique Vidal, dans un article du Monde diplomatique consacré aux dérives du traitement médiatique de la guerre au Kosovo (mars 2000), se fendent d’une spéciale dédicace à son propos; le réalisateur Pierre Carles l’agresse; l’agence Capa d’un côté et Denis Kessler (n°2 du Medef) de l’autre l’assignent en justice…

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(4) Les ennemis inattendus (“Charlie Hebdo”)

10 septembre 2008

Six colonnes dans “Le Monde”… Sept ou huit mille signes comme un essaim de frelons qui tourne autour de ma tête. Vite, un seau d’eau! Six colonnes diffamant “Charlie Hebdo” et me décrivant comme un gros con avare, sournois, et vendu au grand capital. La même semaine, Ardisson m’insulte, Serge Halimi dans “Le Monde diplomatique”, me dénonce comme suppôt de l’OTAN – sacré Serge, je ne savais pas que tu volais en essaim –, Cavada ne me supporte plus, “France-Soir” m’attaque, “Marianne” s’aligne, Kessler, le vice-président du Medef, me fait un procès, Capa-Vivendi aussi, Pierre Carles m’écrit pour me comparer à Jean-Marie Messier… 
L’extrême-gauche me traite de sioniste, j’ai même reçu du courrier anonyme me traitant de sale Juif, ce que d’ailleurs je ne prends pas comme une insulte, mais comme un honneur. Mais enfin, il y a là un déchaînement qui m’oblige à faire un stage devant mon miroir afin d’étudier si, vraiment, je suis ce misérable dont je vois ses dessiner le portrait en lisant la presse de la semaine dernière.

“Je vivais à l’écart de la place publique…”, chantait Brassens. Je pourrais chanter à l’unisson. Quand je sors de chez moi, c’est pour aller à “Charlie”, ou bien pour aller chanter à travers la France, dans toutes ces villes que j’ai appris à aimer, ou encore pour me rendre à France-Inter, le lundi, pour faire ma chronique et retrouver mes copains de la radio. Le reste du temps, je vis caché, entouré de mes chats et d’amitiés qui, avec quelques livres, ont tissé la trame de ma vie. Une vie qui me convient, où mon bonheur n’est pas impossible.

J’étais un enfant angoissé. Devenu adulte, des gens que j’admirais, en m’honorant de leur affection, m’ont guéri de ces souffrances enfantines. Comme ils étaient avant tout des hommes ou des femmes qui usaient avec talent et courage d’une liberté que les médiocres négligent, j’ai fait l’apprentissage avec eux du doute, de la libre critique et des choix personnels, en ne rendant compte qu’à ma propre conscience. C’est armé de ce précieux bagage, auquel s’ajoute une lecture minutieuse de Montaigne et de Spinoza, que je me suis retrouvé, au seuil de la quarantaine, en train de faire des journaux et de la radio.

Tout cela suffit-il à faire un journaliste? Un éditorialiste? Je n’en sais rien, et, au fond, cela ne me tracasse pas beaucoup. Dès mes premiers articles publiés, j’ai entretenu avec toi, mon lecteur, un rapport de compagnon. Je t’ai choisi pour dialoguer pendant nos promenades à travers les idées, l’actualité, le monde comme il va… Je considère que j’écris pour mon meilleur ami, qui est très intelligent, et que je peux prendre le risque de me tromper, de le faire réagir, de l’irriter, de l’amuser, voire de l’ennuyer… Avec mon meilleur ami, je peux prendre toutes les libertés. Je lui fais confiance. Je sais bien qu’au bout de la promenade, si âpre qu’ait été la discussion, elle n’aura pas assombri notre affection réciproque. Je ne sais pas écrire autrement. Écrire est un bonheur difficile. Parfois douloureux. Et je suis né enclin à la flemme. Si je finis par me mettre au travail, c’est pour aller au plus intime, comme ça me vient, sans peur, sans souci de plaire ou de déplaire, persuadé de parler à une personne adulte, à mon semblable, à mon intimement égal.

Le théâtre, “Charlie Hebdo”, la radio – telle que j’ai pu en faire grâce à Jean-Luc Hees –, sont des “lieux” idéaux pour pratiquer pareil exercice atypique. L’indépendance qu’on y a, la liberté qui y est permise, la compagnie de qualité qu’ils procurent, les formes diverses qu’ils impliquent, disciplinent agréablement mon goût naturel pour le désordre et la paresse.

Je n’ai fait ni Sciences po ni école de journalisme. J’ai d’ailleurs appris récemment qu’un professeur du Centre de formation des journalistes, depuis des années, s’efforçait de convaincre ses élèves de me mépriser. Je suis presque flatté de faire l’objet d’autant de passions. Heureusement, le mépris, comme l’amour, ne se décrète pas. Le journalisme n’échappe pas à une petite tendance corporatiste, et n’aime pas les “objets écrivants non identifié”. Mais ce n’est pas bien grave. On me prend parfois pour un barbier devenu chirurgien. Mais il m’arrive parfois de venger les lecteurs fatigués d’être rasés par les chirurgiens professionnels. C’est un peu ma place, mon rôle… Je comprends d’ailleurs que cela agace le brave bourrin de l’info qui tire la charrue avec pour seul horizon la dépêche de l’AFP qu’il paraphrasera laborieusement.

Mais lentement, au fil des ans, je me suis fait une autre idée d’un journalisme dont j’accepte les règles mais dont j’ignore volontairement les conventions. Les règles, tout le monde les connaît: respecter les faits, etc. Les conventions: une prétendue objectivité qui confine à un conformisme stérile. Je suis arrivé dans ce métier, non en disant “Je vais tout casser”, mais en me construisant un espace à ma manière, où cohabitent un scepticisme qui m’oblige à tout remettre en discussion et une volonté d’exprimer clairement, au bout du compte, mes choix. Si un jour toutes mes chroniques étaient éditées en volume, on pourrait choisir comme titre général: “Éloge de l’impureté en politique”.

Je ne suis pas dupe. C’est cette impureté qui m’est si brutalement reprochée. Et si, aujourd’hui – tout en sachant que mon sort est beaucoup moins tragique que celui d’un taureau dans l’arène –, je tourne sur la piste avec sur mon dos les banderilles d’Halimi, d’Ardisson, du “Monde”, de “Marianne”, du Medef, de “France-Soir”, du “Figaro”, de Vivendi, d’AXA, de Cavada, si, dans ma mâchoire, quelques fausses dents remplacent celles que des brutes d’extrême droite ont fait voler, une nuit d’automne, dans un parking en me rouant de coups, si dans la même semaine, “Les Inrockuptibles” et Michel Drucker ont eu la gentillesse de dire du bien de moi et si le journaliste de “Marianne”, franc comme un sou percé, me demande mielleusement “Pourquoi cristallisez-vous tant de haine ?”, je sais bien que c’est à mon impureté – impureté de mon parcours, impureté de mes opinions – que je dois ces excès d’honneur et ces indignités. Je ne suis ni un pur journaliste ni un pur gauchiste. Je ne suis pas pur du tout.

Prenons la guerre du Kosovo. Certains ont cru que je faisais partie d’un camp, le leur, radicalement anti-américain. Si j’avais considéré “Charlie” comme une boutique gauchiste où il fallait livrer toutes les semaines au lecteur gauchiste sa cuillerée de gauchisme, j’aurais sans doute récité le catéchisme qu’il fallait. J’aurais été pur. Mais je ne sais pas faire ça. Je ne le saurai jamais. J’ai exprimé mes doutes. J’ai trouvé que toutes les solutions étaient mauvaises. Y compris l’intervention de l’OTAN. Mais au bout du compte, j’ai pensé que la pire des choses était de continuer à laisser Milosevic anéantir le peuple kosovar. Entre la guerre ethnique de Milosevic au Kosovo et la guerre de nos imparfaites démocraties contre Milosevic, j’ai choisi de ne rien cacher à mon lecteur de mon sentiment intime: et j’ai écrit que j’étais pour l’intervention au Kosovo.
Le pur, lui, soit ne choisit pas, soit choisit en fonction d’un idéal lointain de la révolution, qui consiste à souhaiter que le monde devienne invivable. Je suis impur. Je doute qu’une révolte provoquée par l’horreur accouche d’une révolution qui mettra un ordre définitif dans le chaos du monde. Je pense qu’il faut aménager le monde au mieux, avec le moins de souffrance possible, et suivre avec fermeté, et sans déroger aux grands principes des droits de l’Homme, la ligne du moindre désastre.

J’avoue également croire qu’il ne faut même pas souhaiter qu’un ordre définitif établisse le meilleur des mondes. Pour moi, la pureté en politique, c’est une ligne qui va de Hitler à Pol Pot. J’avoue préférer ce que représente Jospin à ce que représente Balladur, Barak à Netanyahou, et même Giscard d’Estaing à Pinochet. En quoi dire cela mutilerait-il l’intransigeance critique? Le mensonge pour la bonne cause, l’aveuglement militant, les catéchismes gauchistes seraient-ils de merveilleux outils de connaissance? Ça se saurait.

Allons, rien de tout cela n’est tabou. Si l’on veut élaborer une critique de gauche efficace – ce qui est mon souhait le plus cher –, il faut bien exprimer les nuances, quitte à bousculer quelques habitudes. Mais à quoi d’autre sert la pensée, sinon à nuancer? Où agrippe-t-on parfois des lambeaux de vérité sinon dans l’infiniment subtil jeu des nuances? Ce jeu est à la fois un devoir de sincérité et un plaisir intellectuel non négligeable.

Avant de prendre congé de toi pour cette semaine, lecteur, je t’offre ces mots de Vladimir Jankélévitch, qui résume bien mieux que moi ce que je voulais te dire: “La condition de l’homme, dans sa modernité, c’est la dissonance. On ne peut réunir tout ce qu’on aime et tout ce qu’on respecte sur une même idée, dans le même camp et sous le même drapeau. (…) Le ciel des valeurs est un ciel déchiré et notre vie écartelée est à l’image de ce ciel déchiré”.
Philippe Val

Article paru le 15 mars 2000.
© Charlie Hebdo, 2000, via presselibre.net

(2) Médias et désinformation (“Le Monde diplo”)

10 septembre 2008

LEÇONS D’UNE GUERRE

Médias et désinformation

Le Kosovo a été victime, pendant plus de dix ans, d’une politique d’apartheid menée par Belgrade. La répression contre l’Armée de libération (UCK) y avait pris, en 1998, un tour massif et sanglant. S’agissait-il pour autant, comme le flot des réfugiés semblait l’accréditer, d’un génocide que seule l’intervention occidentale pouvait stopper? Un an après, cette justification de la guerre menée par l’OTAN a perdu beaucoup de sa crédibilité – et avec elle la couverture médiatique soi-disant “exemplaire” de l’opération. Les enquêtes menées sur place par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) et les organismes européens comme internationaux, mais aussi par quelques journalistes, modifient radicalement la lecture des événements. Sans même parler de cette “contre-épuration ethnique” qui vise à présent Serbes et Tziganes du Kosovo.

Par Serge Halimi et Dominique Vidal

(lire la suite sur le site du Monde diplomatique).

Mon bug de l’an 2000

9 septembre 2008
C'est au cours de l'année 2000

C'est au cours de l'année 2000 que ma réputation, ravagée par un incendie, devait s'effondrer auprès des lecteurs de “Charlie” situés, sur l'échiquier politique, à la gauche de Manuel Valls. Cette campagne de haine préfigurait la guerre des Civilisations qui nous serait déclarée le 11-Septembre.

2000, annus horribilis !

J’en ai tellement bavé, cette année-là, que je commençais à ressembler à un escargot.

Un lynchage, une lapidation, que dis-je! un pogrom valophobe. De tout côté pleuvaient les coups: du Medef au Monde diplo, de Pierre Carles à Patrick Sébastien, de PLPL à France-Soir

Une sanglante corrida qui me prenait pour cobaye. Une féroce chasse à courre dont j’étais le canard sauvage.

La curée ! L’apocalypse !

Moi qui n’avais pas pris au sérieux leur histoire de bug de l’an 2000, je l’ai bien regretté par la suite. Mon logiciel personnel a tellement planté à cette époque que j’ai préféré réinitialiser mon disque dur politique.

J’en ai d’ailleurs profité pour installer un nouveau système d’exploitation à la place de mes logiciels libres pour gauchistes archaïques: j’ai choisi Stock-Options 2000™, une interface sympa, très intuitive, adoptée par 99% des éditorialistes français.

Ensuite, je n’ai plus connu de problèmes. Finis les plantages, bloqués les virus, ce truc a réponse à tout. Et puis c’est livré avec un carnet d’adresses très fourni qui m’a permis de me faire plein de nouveaux copains.

Aujourd’hui que je suis tiré d’affaire – Bertrand Delanoë envisagerait, me dit-on, de rebaptiser à mon nom l’avenue Émile-Zola –, je veux bien revenir avec vous sur l’ouragan de calomnies qui a, cette année-là, dévasté Joinville-le-Pont, la Nouvelle Orléans du Val-de-Marne…

Exceptionnellement, sachant que ça ne sortira pas d’ici, j’ai décidé de vous ouvrir mes “archives interdites”, jusque-là conservées au Musée historique national de l’humour involontaire. Vous aurez le droit de tout lire, mais à condition de n’en rien croire…

Je balancerai la bolognaise à partir de demain, histoire de faire concurrence au premier numéro de la Pravda anarcho-sunnite – que vous n’achèterez pas, hein? pas de blague? je peux compter sur vous? – emmenée par ce monsieur Sinet-Siné (SS) qui ne grandit pas la France qui l’a vu naître.

Au sommaire :

  1. Une lettre (injurieuse) de Pierre Carles
  2. Un article (malhonnête) du Monde diplo
  3. Un article (mensonger) du Monde
  4. Mon édito (bouleversant) à la sauce Caliméro
  5. Une lettre (fielleuse) de Serge Halimi
  6. Ma réponse (convaincante) au Monde
  7. Un article (lamentable) de La Vache folle
  8. Un dossier (antisémite) de PLPL

Rentrée des classes

6 septembre 2008
Légende

La porte-parole de l'Otan, Jamie Shea, était une blonde envoutante et sensuelle, aux courbes généreuses, et il est illusoire d'imaginer que mes confrères éditorialistes et moi-même aurions pu résister à son charme vénéneux lors des points presse consacrés aux frappes chirurgicales – qu'elle ponctuait systématiquement, ce qui nous faisait tous défaillir, par un refrain mutin: “Paah-deeedle-eedeedle-eedeedle-eedum, Poo pooo peee dooo!”

Sortez vos trousses et vos cahiers, les vacances sont finies. Il est temps de reprendre là où nous l’avions laissé notre cours d’histoire de la Valophobie.

L’année dernière, nous avions étudié ma révolution des Œillets à La Grosse Bertha, laquelle a coïncidé avec le Premier Schisme de l’Internationale satirique. Puis nous avons abordé mon célèbre Appel du 18 juin 1992, sommant les Républicains authentiques de rallier l’étendard de Charlie Hebdo. Je vous ai également relaté le terrible été 1996, qui m’a vu vaciller un moment sur mon trône lorsqu’on a cherché à m’impliquer dans l’affaire Dutroux.

Tel un boxeur groggy mais opiniâtre, j’ai trouvé la force de me relever, avant de gagner par KO mon combat acharné contre la rumeur. Impressionnés par ma musculature éditoriale, mes détracteurs se sont ensuite faits discrets pendant quelques années. À la veille du nouveau millénaire, je pouvais me dire, chaque soir, devant l’âtre crépitant, en caressant Baruch, mon chat Angora, que j’avais atteint mon but: qualifié de “meilleur éditorialiste de France”, catégorie poids coq, par les Inrocks, régulièrement consulté pour avis par Dominique Voynet, la Condoleezza Rice de l’écologie politique à la française, nourri au sein du crooner radiophonique Jean-Luc Hees, sur France Inter, je n’étais plus très loin de l’Olympe.

En ce temps-là – qui me semble à présent si lointain –, des articles élogieux carillonnaient mon génie dans toutes les chapelles de la gauche. Lisez, par exemple, ce qu’écrivait à mon propos, il y a neuf ans, un ex-dirigeant d’Attac dans Le Monde diplomatique:

Fin de siècle en solde
PHILIPPE VAL
Écrites d’abord pour être dites, les quelque soixante-dix chroniques de Philippe Val sur France-Inter, rassemblées dans cette Fin de siècle en solde, se prêtent aussi à merveille à la lecture. C’est que le directeur de Charlie Hebdo parle à ses auditeurs comme il écrit pour ses lecteurs. Avec cette capacité d’indignation, mais aussi d’argumentation implacable et de foi dans la vie, dans tous les êtres vivants  et pas seulement les humains  qui compose son inimitable « petite musique ». On connaît ses cibles privilégiées: le FN, les chasseurs, les journalistes de marché, le show-biz abêtissant, les intégristes, les nucléocrates, le football, etc., auxquelles il oppose la raison, la bonté, la liberté, l’égalité, la solidarité avec les faibles. Un livre en forme de liberté jubilatoire.
Bernard Cassen

* Le Cherche Midi Éditeur, Paris, 1999, 210 pages, 89 F.

Article paru en août 1999
© Le Monde diplomatique, 1999, via presselibre.net.

Vous en voulez plus, insatiables petites fouines que vous êtes! Les vacances ont aiguisé votre soif d’apprendre… Alors étudions un autre texte: Beausir, au lieu d’agiter votre engin sous le nez d’Angot, distribuez plutôt les polycopiés.

Alors, ça vous fait tout drôle, hein? L’Humanité, s’il vous plaît! Oui, L’Huma baba devant Bibi – et ses talents d’éditorialiste à guitare :

Chanson
Les moulins à vent de Philippe Val

Dans “Hôtel de l’Univers”, son nouveau spectacle à l’Européen, le rédacteur en chef de “Charlie Hebdo“ se prend pour Don Quichotte.

C’est dans la critique que Philippe Val trouve « la plénitude de l’être ». Cet art, il est mille et une manières de le pratiquer. Opter pour la tendance méga-râleur/coup-de-gueule; ou concevoir la chose au sens plus philosophique du terme, la critique comme un acte subversif. Philippe Val joue sur les deux tableaux, exercice pour le moins périlleux. Il s’en tire plutôt bien, à cause d’un je ne sais quoi d’élégant et de nonchalant qui provient peut-être de son enfance… bourgeoise, qu’il rejette en bloc mais qui, évidemment, lui colle à la peau. Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes!

Critiquer c’est aussi résister. En ces temps de morne flagornerie, où le “politiquement correct” est carrément devenu un exercice de style et de pensée, résister c’est aussi aller et/ou ramer à contre-courant de tout ce qui – d’office – vous est présenté comme vérité d’évidence. Résister pour douter, ne pas se fier aux idées toutes faites, même présentées sous un emballage affriolant, avec couleurs fluo et tout le toutim. Attention! Que la langue d’ébène ne remplace la langue de bois.

Philippe Val, donc. Rédac’ chef de Charlie-Hebdo, chroniqueur à France-Inter, chanteur… C’est du trois-en-un sur un plateau, avec ce personnage picaresque au code d’honneur impeccable, artiste doué qui n’a de cesse de se lancer dans des croisades qui revêtent quelquefois des allures quichotesques.

Val a l’obsession tenace. Les chasseurs, les paysans, les aficionados, les ménagères de moins de cinquante ans qui se shootent au TF1 et à l’inspecteur Derrick, les sportifs, le Paris-Dakar forment un tout bien ficelé de ce qu’il abhorre. Et qu’il jette en pâture à son public, tout acquis à sa cause. C’est certain: on trouve toujours plus con que soi et quand bien même, le dénigrement systématique des pauvres gens – des anonymes selon l’expression consacrée de novembre-décembre 1995 – confine au mépris facile, plus qu’à la critique de la société française.

Pourtant, Philippe Val n’est jamais aussi bon que lorsqu’il traque la connerie et le mensonge en politique. Son spectacle oscille entre le couplet de chansonnier et la ballade du “protest-singer”. “Résister rend joyeux”, suggère-t-il dans un sourire contagieux tandis que ses doigts glissent sur le clavier de son piano. Pour un homme qui bouffe du curé, ses coups de sang n’en revêtent pas moins, par moment, de faux airs de prêche. On lui pardonne bien volontiers. Tiens, on l’absout même, à cause de quelques perles de son répertoire, telle sa chanson Paris-Vincennes, clin d’œil appuyé au “camping sauvage” des sans-papiers qui avaient eu l’outrecuidance de s’installer sur le parvis du château de Vincennes. On ne mégote pas non plus sur sa parodie, excellente, de Mon HLM de Renaud devenue, sous sa plume affûtée, Mon HLM de Paris.

Et quand il se lance dans la chanson bucolique, il oublie un tant soit peu sa colère latente pour divaguer le long des bords de Marne. La mélodie soudain s’adoucit, s’habille de velours. Un zeste de tendresse? Parfois, on oublierait que pour passer son temps à traquer la bête qui sommeille en chacun de nous, il faut avoir une sacrée dose d’amour pour le genre humain. Même si Philippe Val s’en défend, c’est bien son cas.
ZOÉ LIN

Jusqu’au 28 mars à l’Européen, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 17h30. 3, rue Biot, Paris 17e. Rés: 01 43 87 97 13.

Article paru le 19 mars 1999
© L’Humanité, 1999, via presselibre.net

Pourtant, dans le lointain les nuages s’amoncèlent. La guerre couve dans les Balkans, et dans la grande famille des éditorialistes, c’est l’ordre de mobilisation générale. Je suis impressionné, bien sûr: c’est la première fois que je dois partir à la guerre. J’ai tout juste le temps d’aller embrasser mes parents au village. Quand je les quitte, ma mère a du mal à dissimuler ses larmes: la pauvre ignore si elle reverra un jour son petit Philou vivant.

À Saint-Germains-des-Prés et dans les quartiers alentour, c’est l’effervescence. Rue des Saint-Pères, un cortège ininterrompu de Jeep militaires donne à voir, devant l’hôtel particulier de Bernard, une martiale chorégraphie. Je suis affecté au quartier général du haut commandement allié, qui a réquisitionné la brasserie Lipp. Là, j’aurai en charge les opérations de guerre psychologique à l’intention des lecteurs et auditeurs de gauche.

C’est à cette période que les choses ont commencé à déraper pour de bon. Qu’est-ce qui s’est passé au juste? Je crois qu’au fond nous n’étions pas fait pour une relation durable, la gauche et moi. En politique je suis plutôt du genre fidèle, mais elle avait tellement changé en quelques années. Ce n’était plus la gauche que j’avais connue, que j’avais aimée, celle que j’avais fécondée tant de fois par le passé avec mes éditos et chroniques.

Quant à moi, je n’avais fait qu’accomplir mon devoir de citoyen et d’éditorialiste. Philippe Val n’est pas et ne sera jamais un déserteur. Quand les droits de l’homme qui siège à la Maison-Blanche sont en danger, quand il s’agit de chasser l’ennemi de ses positions à coups d’obus éditoriaux, de l’Afghanistan au Darfour, je réponds présent.

Lâchement, profitant de mon départ pour le front, les pacifistes et exemptés de tout poil, tapis bien au chaud à l’arrière, ont alors commencé à entailler ma légende avec l’Opinel de la calomnie…

Mais j’entends que la cloche vient de sonner. Nous aborderons donc ma guerre du Kosovo au prochain cours.

Beausir!…
…votre braguette, s’il vous plaît!