Posts Tagged ‘internet’

Le Procès (de Philippe V.)

29 octobre 2008

légende

Tout bien réfléchi, je me demande si Alexei et Bernard ont eu raison de demander le rétablissement de la peine capitale pour les délits de presse…

– Accusé, veuillez vous lever et décliner vos nom, prénom, âge et profession…

– Joseph K., euh, pardon: Philippe V., 56 ans, éditorialiste martyr et philosophe de comptoir.

– Monsieur V., il vous a été donné lecture de l’arrêt de renvoi devant cette cour d’assises spéciale. Je vous rappelle qu’en vertu des nouvelles lois que vos amis et vous-même avez contribué à faire voter par le Parlement, les délits de presse et autres délits d’opinion sont désormais criminalisés et passibles de la peine de mort. Qu’avez-vous à dire pour votre défense?

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Bombardons Kaboul-sur-Ouèbe

2 octobre 2008
le seul avantage

Le seul avantage avec la burqa, c'est que ça permet aux Afghanes opprimée de dévorer “Charlie Hebdo” à l'insu des talibans. (Ci-dessus, deux journalistes de la presse féminine rient aux éclats devant le numéro spécial consacré aux caricatures du prophète.)

Enough is enough !

Je viens d’écrire à Michel Boyon, le président du CSAA (Conseil supérieur de l’audiovisuel atlantique) une lettre incendiaire – magnanime, j’en ai toutefois profité pour lui conseiller de ne jamais tourner le dos à Rachid Arhab, cet adepte du sourire kabyle dont le patronyme est une quasi-fatwa.

Cela fait maintenant une semaine que le scandale se perpétue, sans même faire la une de Libé ou du Nouvel Obs – Laurent! Denis! n’attendez pas que Joinville-le-Pont devienne l’Oradour-sur-Glane de la Guerre des civilisations! Pendant cet interminable carême de l’information, long comme un jour sans pain au chocolat, mon sang a bouilli, mes supporters ont fait les cent pas d’ici à là-bas, en se rongeant les ongles des pieds, mais je me suis abstenu de réagir. Je n’en ai appelé ni au peuple ni à l’Otan, malgré d’obsédantes démangeaisons.

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Bonnets d’âne

25 septembre 2008
ddddddd

Vous êtes contents de vous ? Vos parents se crèvent le cul à percevoir des dividendes, histoire de vous payer des études dans mon école privée de philosophie du management, et personne ne révise!

Je préfère vous le dire tout de suite: vos copies sont nulles. D’ailleurs je n’ai pas eu à me fatiguer pour les corriger, il n’y a quasiment que des feuilles blanches. Non, mais regardez les commentaires! Ah, ça, quand il s’agit de faire les pitres et de parodier Ben Laden prononçant ses fatwas, y a du monde au balcon, hein, Redecker! Mais pour ce qui est de réviser la géopolitique éditoriale, les droits de l’homme laïque ou l’histoire de la Guerre des civilisations, là, c’est une autre histoire.

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Nous sommes tous des Sherry Jones !

13 août 2008
La censure iranienne à l'assaut des Éditions Random House.

La censure iranienne s'apprêtant à égorger les Éditions Random House.

Ce matin, Caroline a pénétré en trombe dans mon bureau, sans même frapper, rouge comme un piment, alors que je rédigeais l’hommage à Alex (Soljenitsyne) que m’a commandé la World Anti-Communist League.

— Philippe, c’est terrifiant! Mahmoud Amhadinejad a infiltré l’une des plus prestigieuses maisons d’édition américaines! La nouvelle Taslima Nasreen s’appelle Sherry Jones, elle est américaine, et son livre a été autocensuré par l’éditeur Random House sur l’injonction de Téhéran !

Parcouru de frissons à l’énoncé de cette nouvelle reculade de la civilisation occidentale face à la barbarie persane, j’ai nettoyé mes lunettes, embuées par la colère, et demandé à ma secrétaire de me resservir un Nesquik. Pendant que je reprenais mes esprits en sirotant mon breuvage, Caroline a poursuivi :

— Vois ! Tous les détails de cette nouvelle affaire Dreyfus figurent sur le bloggue de Pierre Assouline.

J’étais un peu méfiant, vous l’imaginez. Un héritier des Lumières tel que moi n’a pas pour habitude de se fier aux étrons flottant dans les tuyaux de l’Internet, cette Kommandantur libérale livrée aux pauvres et aux skinheads. Mais Caroline, qui est une spécialiste reconnue de l’antiterrorisme cybernétique, m’a rassuré.

— Y a bloggue et bloggue, Philippe. Les bloggues des gens connus qui vendent plein de livres, enseignent à Sciences Po et passent à la télé – comme Assouline et moi – sont des sources d’information tout à fait crédibles, contrairement aux bloggues insanes des anonymes venimeux qui rendent la mondialisation et les États-Unis responsables de leurs fins de mois difficiles.

C’est vrai que Caroline a un bloggue super intéressant, avec des extraits de toutes les émissions de télé où elle est passée cette année – y en a tellement qu’on se croirait aux archives de l’INA! Et puis dans les bloggues de qualité, y a aussi celui de Christophe Barbier ou de Jean-Michel Aphatie, ce qui prouve que si l’Internet était réservé aux éditorialistes responsables, on n’en serait pas là.

Mais revenons à nos moutons égorgés. Donc, un écrivain courageux, Sherry Jones, rédige un ouvrage lucide sur la troisième épouse du prophète : Aïcha. On savait déjà, grâce aux caricatures danoises publiées par Charlie, que Mahomet était l’inventeur des attentats-suicides, eh bien, ce n’était que du pipi de chameau de La Mecque à côté du pot aux roses que Sherry Jones vient cette fois nous révéler : figurez-vous que la figure sainte de l’islam a aussi inventé la pédophilie. Qu’on en juge: lorsque Mahomet a consommé son mariage avec Aïcha, celle-ci n’avait que 9 ans!

Même Caroline, qui est pourtant une spécialiste incontestée de l’islam radical depuis le 12 septembre 2001, l’ignorait, c’est vous dire si les Arabes ont pris soin de dissimuler cet ignoble secret de famille qui en dit long sur leurs mœurs dépravées. Ce n’est pas chez nous qu’on verrait ça! À titre de comparaison, quand on fiança Louis XV, à l’âge de 9 ans, à Marie-Anne-Victoire d’Espagne, on prit grand soin de respecter une différence d’âge raisonnable entre les futurs époux: la jeune femme, en effet, avait 3 ans bien sonnés.

Mais revenons à nos turbans. Le livre de Sherry devait sortir cet automne chez Random House (“la maison des lâches”, en anglais). Mais voici qu’à l’heure de préparer sa promotion, au lieu de demander une recension dithyrambique à des spécialistes de la barbarie islamique tels que mes camarades Bernard, Alexei ou Caroline, l’auteur se met en tête de solliciter une universitaire hystérique et hallalo-ramadaniste: la dénommée Denise Spellberg, “professeur d’histoire de l’Islam à l’université du Texas à Austin”, comme nous l’apprend Pierre Assouline.

Soucieuse de ménager la susceptibilité de ses amis d’Al Qaida, la Spellberg se met alors à dénigrer ce livre, que j’imagine érudit et superbement écrit, avec une violence verbale que n’eût pas reniée Pol Pot, le qualifiant de “pornographie soft”. Pire encore, répercutant le diktat du Führer de Téhéran, cette Castafiore en burqa annonce à qui veut l’entendre que si ce livre devait sortir en librairies aux États-Unis, les obscènes légions mahométanes se mettraient en route vers nos contrées civilisées pour y autodafer nos bibliothèques et y contraindre nos enfants à la virginité en vue de les épouser de force.

C’est alors que, sur la seule foi des prédictions de cette Nostradamus jihadophile, Random House décide d’annuler la parution du livre de Sherry Jones, prétextant craindre des mesures de rétorsion à l’encontre de ses employés et de toute personne contribuant à la diffusion de l’ouvrage. Un acte de censure ignoble, et la preuve ultime que la charia, après s’être imposée en France comme nouveau code civil, a enterré la sublime Constitution des États-Unis d’Amérique.

Pendant ce temps, confirmant leur perversité congénitale, les musulmans – qui ont pourtant, selon toute vraisemblance, dicté à la Spellberg son anathème par le biais du téléphone arabe – se taisent et n’émettent aucune critique contre le livre. Une attitude hypocrite qui ne trompe personne sur leurs véritables intentions, si ce n’est les islamo-gauchistes de la LCR, toujours prompts à s’aveugler sur le fascisme vert.

La morale de cette histoire, c’est qu’un éditeur qui bâillonne l’un de ses auteurs par crainte de mesures de rétorsion purement virtuelles, alors que le texte censuré ne casse pas trois pattes à un canard, n’est plus digne d’exercer sa profession. Ce n’est pas à Charlie que l’on s’abaisserait de la sorte, vous pouvez m’en croire! Comme le dit Caroline, sans se départir de son humour dévastateur malgré les plaques d’urticaire qui lui dévorent le visage dès que l’islam gagne un pouce de terrain, le Munichois qui préside aux destinées de Random House ferait mieux d’aller vendre des kebabs à Damas !

Toujours réactive lorsqu’il s’agit de défendre les valeurs universelles de l’Occident chrétien, Caro vient d’ailleurs d’entamer l’écriture de son prochain best-seller, qui sera consacré à cette affaire – et qui dévoilera en passant, à partir d’archives inédites du Pentagone, le rôle de premier plan des Iraniens dans la Sainte Inquisition.

Elle a déjà trouvé son titre : Frère Random.

Avec le Crif, interdisons Internet

6 août 2008
Non seulement les internautes sont antisémites, mais en plus ils ne se brossent pas les dents, dénonce le Crif.

Non seulement les internautes sont antisémites, mais en plus ils ne se brossent pas les dents, dénonce le Crif.

Tout à l’heure, en plein bouclage, j’ai reçu un SMS d’Alexei: “Le Crif vient de publier un communiqué pour te soutenir. Mazel Tov!”

J’étais tellement bouleversé de lire ça que j’en ai renversé ma chope de Badoit sur un dessin super drôle de Cabu, pressenti pour la une de mercredi, où on voit Tariq Ramadan et Jean-Marc Rouillan tailler une pipe à Olivier Besancenot.

Sans même prendre le temps de m’excuser, j’ai couru comme un fou vers mon ordinateur pour voir si je trouvais la trace de cette grande nouvelle sur Glougheul Actualités – à la grande surprise des copains de la rédaction, qui ne m’avaient jamais vu, en quinze ans, me connecter au Ouèbe.

Au moment d’appuyer sur la touche “Rechercher”, j’avoue que mon cœur battait la chamade.

Hosanna ! Alexei avait dit vrai. Même les benlado-trotskistes de Nouvelobs.com, dont ma collègue Caroline m’a affirmé ce week-end qu’ils ne faisaient rien qu’à jeter de l’huile antisémite sur mon feu de camp républicain depuis le début de l’affaire, n’avaient pas d’autre choix que de répercuter la nouvelle: “Affaire Siné: le Crif apporte son soutien à Val”.

Rendu audacieux par cette nouvelle enthousiasmante, je suis parti – seul – à la recherche du site Internet du Conseil représentatif des institutions juives de France. Je l’ai localisé à force de patients efforts, et là, j’ai cliqué sur la rubrique “Communiqués”. En tête de liste figurait ce vibrant hommage à moi-même. J’étais un peu déçu que ça ne soit pas plus long, mais qu’est-ce que vous voulez, en plein milieu des grandes vacances j’imagine qu’ils n’ont que des stagiaires sous-payés pour faire le boulot, comme à Charlie.

Du coup, je ne résiste pas à vous faire – comme disent les jeunes – un copier-coller (c’est Riss, qui s’y connaît en ordinateurs, qui m’a montré):

Le CRIF soutient Philippe Val

Le CRIF apporte son soutien à Philippe Val, qui a sanctionné Siné à la suite de son dérapage à propos de la fausse nouvelle de la conversion de Jean Sarkozy au judaïsme.
Le CRIF tient à affirmer sa solidarité avec le directeur de Charlie Hebdo dont la décision fait l’objet d’une véritable campagne de haine.
Le CRIF rappelle que ce n’est pas la première fois que Siné commet de tels dérapages.

Comme dirait Ivan, ite missa est!
J’étais si heureux de voir une nouvelle organisation progressiste s’ajouter à la liste déjà longue de mes soutiens de gauche que je suis resté un moment, songeur, à naviguer sur leur site. J’ai été bien inspiré car je me suis découvert avec le Crif bien d’autres points en commun que la chasse aux sorcières et la lutte contre le communautarisme. Si j’avais su ce que j’allais découvrir, d’ailleurs, je crois que j’aurais un peu attendu avant de poster mon billet de ce matin. Figurez-vous que le Crif vient de publier une étude qui montre qu’Internet est un repaire de nazis du Ku Klux Klan. Comme vous le savez, j’avais alerté les lecteurs de Charlie sur cette ignominie qu’est le Ouèbe dès 2001, ce qui était d’autant plus remarquable qu’à cette date je ne m’en étais servi qu’une seule fois, pour réserver un billet de TGV en l’absence de ma secrétaire. Voici ce que j’écrivais à l’époque:

Qui est prêt à dépenser de l’argent à fonds perdus pour avoir son petit site personnel ? Des tarés, des maniaques, des fanatiques, des mégalomanes, des paranoïaques, des nazis, des délateurs qui trouvent là un moyen de diffuser mondialement leurs délires, ou leur haine, ou leurs obsessions.

Malheureusement, je n’avais pas été entendu lorsqu’il était encore temps. La cyber-Kommandantur a désormais pignon sur rue! Lisez vous-mêmes le résumé de cette enquête inquiétante:

Le texte de Laurent Duguet publié pour ce treizième numéro des Études du CRIF est important parce qu’il énumère consciencieusement ce qu’en l’état nous pourrions appeler un tout-à-l’égout, où tout peut s’écouler. Il faut en effet surfer sur le Net pour comprendre ce qu’il en est. On y trouve les brûlots du Ku Klux Klan, des manuels de la S.S., les Protocoles des Sages de Sion, des opuscules néonazies (sic), toute la propagande falsificatrice des négationnistes, des milliers de livres racistes et antisémites, de longues diatribes et des appels au meurtre contre les Juifs et d’autres minorités, des éléments justifiant le recours au Djihad et à la violence contre les « mécréants », toutes les images, tous les textes qui bafouent la dignité humaine et tous les commerces qui crachent sur nos tombes et foulent au pied les droits de l’homme.

Ça m’a fait froid dans le dos. Mais que fait la police? me suis-je demandé, en mon for intérieur. Eh bien, la police préfère verbaliser les automobilistes qui roulent trop vite, au mépris de la liberté individuelle. Et le Crif est bien obligé de nous préparer à la seule solution digne de ce nom, face à un tel danger: interdire Internet.

Il est donc temps d’affirmer haut et fort qu’il vient un moment où le nécessaire respect de la liberté d’expression se heurte à la non moins nécessaire protection des personnes visées par les menaces et les violences racistes proférées. Et, tout comme dans le monde réel, le monde virtuel ne doit pas être le refuge de toutes les provocations qui bafouent constamment la nature humaine.

Il faut donc rappeler que, si dans les pays occidentaux, la liberté d’expression est un droit constitutionnel, les instances judiciaires les plus élevées de nombreux pays européens estiment que les dispositions interdisant l’incitation à la haine raciale et à la diffusion de propos racistes et antisémites constituent des restrictions raisonnables et nécessaires.

Comme on ne peut pas passer son temps à poursuivre en justice tous les négationnistes et jihadistes qui veulent remettre Hitler sur le trône, je crois que l’interdiction pure et simple de cet outil forgé par Belzébuth serait une mesure de salubrité publique que n’eût pas reniée Voltaire. Je viens d’ailleurs d’appeler Caroline pour lui suggérer de rédiger le texte d’une pétition à son retour de vacances.

J’ai téléchargé le rapport, je vous tiendrai au courant quand je l’aurai fini, mais en le feuilletant j’ai aperçu la sinistre bobine du vil Ahmadinejad, ce qui me fait dire qu’Alexei a mis dans le mille et  que l’interdiction du Ouèbe ne suffira pas: les vrais démocrates que nous sommes devront aussi prendre leurs responsabilités en rasant l’Iran de la carte.

Pour qu’enfin règnent la paix et la concorde entre les hommes…

Voltaire et Internet

6 août 2008
Internet est un immense terrain vague livré aux chiens.

Internet est un immense terrain vague livré aux chiens.

Cette foutue affaire m’a flingué mes vacances. Les valises étaient quasiment prêtes, il ne me restait plus qu’à acheter un maillot de bain et une paire de tongs. Et puis patatras, l’affaire – comme l’eût qualifiée Zola – a éclaté, déversant ses torrents de haine dans les principaux affluents de la Marne. Plus question de quitter mon poste, et encore moins la France. Même la Drôme, où je suis propriétaire terrien, était trop éloignée du front. Il me fallait regagner la capitale pour m’y battre à mains nues.

Au téléphone, Bernard avait du mal à dissimuler sa déception. Bientôt deux ans qu’il me proposait de séjourner dans son riad marrakchi. Je lui avais patiemment expliqué qu’en raison de la fatwa lancée contre moi sur son Skyblog par un lieutenant d’Oussama Ben Laden, il m’était déconseillé par le ministère de l’Intérieur de voyager en terre d’islam. Comme Salman Rushdie et Robert Redecker je vis sous protection policière permanente, et chez moi je ne dors jamais deux fois de suite dans la même pièce (cette nuit, dans la salle de bains, j’ai d’ailleurs très mal roupillé).

Mais Bernard insistait:

— Philippe, je sais que ta tête est mise à prix au-delà du périphérique, mais si tu persistes dans ta décision, alors les intégristes auront gagné. Tu sais que j’ai bravé la mort du salon VIP de l’aéroport de Sarajevo jusqu’au Sheraton de Karachi, alors fie-toi à mon instinct de survie. Mon riad est placé sous la protection des policiers marocains, qui ne sont pas des rigolos. Le moindre barbu, la moindre femme voilée qui s’approche de chez moi à moins d’un kilomètre est emmené au commissariat pour interrogatoire. J’ai même fait installer autour du riad des miradors où se relaient d’anciens marines de Guantanamo armés jusqu’aux dents. Je te jure, Philippe Val, sur la tête d’Arnaud Lagardère, que tu ne risques rien.

Je lui ai répondu que bon, d’accord, j’étais prêt à prendre le risque, mais que ce serait quand même une grande perte pour la gauche moderne s’il m’arrivait quelque chose. Et puis je lui ai fait remarquer que le plus dangereux, ce serait de prendre l’avion.

— Imagine que des jeunes de banlieue armés de cutters dissimulés dans leur Coran détournent l’avion et l’emmènent s’écraser sur la résidence secondaire de Brice Hortefeux!

— Voyons, Philippe Val! Tu es le meilleur éditorialiste de France, tu ne pensais tout de même pas voyager dans un avion de ligne. Je t’affrète un jet depuis Le Bourget, pas question que tu prennes le risque de te retrouver assis, en business, à côté de Tariq Ramadan ou Jamel Debbouze.

Un peu rassuré, je lui ai donné un OK de principe. Puis j’en ai parlé ma femme, qui, elle, n’était pas très chaude. Elle a raté son Deug en juin et prévoyait de bosser tout l’été pour rattraper ses UV en septembre. Mais je lui ai expliqué que quand on a l’opportunité de réviser ses cours à côté du transat d’un philosophe de la trempe de Bernard, c’est mal venu de faire la fine bouche. Comme d’habitude, elle m’a dit que j’avais sans doute raison.

Bernard, donc, s’est  montré très déçu par notre annulation de dernière minute. “Ce n’est que partie remise, m’a-t-il dit, comme pour se consoler. Je t’inviterai au prochain réveillon du Nouvel An, il y aura Claude Imbert et les Strauss-Kahn.” J’ai répondu que oui, bien volontiers, mais que pour l’heure, une nouvelle fois, le devoir de mémoire m’appelait.

— Internet m’a déclaré la guerre, une guerre sainte, une guerre sale. Si je laisse les féroces soldats des blogs venir jusque dans nos bras, ils égorgeront nos fils et nos compagnes comme on le fait des moutons pour l’Aïd. Je suis une sentinelle postée sur la grande muraille de la démocratie. Si je m’endors, dans dix ans nos enfants naîtront circoncis et excisées et parleront le patois des rapeurs.

J’allais me reprendre, pour préciser qu’il y a circoncision et circoncision, mais Bernard m’a coupé la parole.

— Je t’en conjure, Philippe Val, sois prudent! Internet est un monstre sans tête, doté de mille bras griffus. Garde toujours sur toi, comme un précieux talisman, La Barbarie à visage humain, afin de conjurer le mauvais sort.

Dans le 4×4 qui m’emmenait vers la gare de Valence, j’ai demandé au chauffeur d’éteindre la clim. Pas le moment de choper un rhume, les rats du Web seraient trop heureux de me savoir diminué. Dans le TGV, j’ai pu constater que mon aura était demeurée intacte parmi les passagers de première classe. Une bonne quinzaine de mes compagnons de voyage sont ainsi venus solliciter un autographe, qui sur son exemplaire du Point ou de Valeurs actuelles, qui sur la page de garde du dernier Finkielkraut, qui sur l’emballage de son Toblerone. J’ai constaté à cette occasion que mon lectorat s’était élargi, puisque des seniors vêtus avec goût semblaient tout connaître de mon œuvre récente.

— Vous avez réconcilié la France d’en haut avec la presse satirique, m’a lancé, la voix tremblante d’émotion, une petite mamy très sympathique qui portait dans ses bras son Yorkshire.

Passé ce moment de communion, le wagon retrouva son calme et j’en profitai pour relire Voltaire. Alors que je n’étais pas loin de somnoler, une phrase retint mon attention:

“Soutenons la liberté de la presse, c’est la base de toutes les autres libertés, c’est par là qu’on s’éclaire mutuellement. Chaque citoyen peut parler par écrit à la nation, et chaque lecteur examine à loisir, et sans passion, ce que ce compatriote lui dit par la voie de la presse. […] C’est par là que la nation anglaise est devenue une nation véritablement libre. Elle ne le serait pas si elle n’était pas éclairée; et elle ne serait point éclairée, si chaque citoyen n’avait pas chez elle le droit d’imprimer ce qu’il veut.”

Ai-je besoin de vous faire un dessin? Dans ce texte de référence sur la liberté d’expression, le philosophe que le monde entier nous envie ne dit pas un mot d’Internet, même par incidence. La liberté d’une nation s’acquiert grâce à la presse et à rien d’autre, affirme-t-il. Internet, Voltaire n’en parle nulle part dans son œuvre admirable (j’ai vérifié dès mon arrivée à Paris, en faisant un détour par la bibliothèque François Mitterrand). Il laisse ça aux marxistes et aux antidreyfusards dont, confusément, il sent poindre l’avènement. Existe-t-il meilleure preuve qu’Internet était désavoué par les plus brillants représentants des Lumières?

Pour qu’une nation accède à l’éclairage, nous dit le bon Voltaire, il faut des éditos de Christophe Barbier, des philippiques de Laurent Joffrin, des chroniques de Jean-Marc Sylvestre, des jités de Claire Chazal, des souvenirs de Jean Daniel… Et sûrement pas cette cacophonie populacière où le moindre tourneur-fraiseur se croit autorisé à nous dispenser son analyse de la Constitution européenne.

Si les non-journalistes estiment avoir quelque chose d’intéressant à dire, qu’ils s’adressent au courrier des lecteurs de leur quotidien préféré. Là, des gens compétents décideront en conscience si leurs divagations méritent une recension. Consciente de son rôle, la presse a en effet délégué des médiateurs pour traduire en langage évolué les petites haines recuites des dépités de la mondialisation. Je ne sais plus si c’est Montesquieu ou Jacques Julliard qui disait que “la démocratie, c’est le tri”. Il avait bien raison. Il est des informations sans intérêt et des points de vue qui ne grandissent pas ceux qui les énoncent. Le rôle de la presse, c’est justement de définir, dans l’intérêt des masses incultes, ce dont on a le droit de parler et ce qu’il convient d’en dire.

Il n’est qu’à Téhéran, Damas ou Pékin que ces évidences sont contestées.

Dessin: © The New Yorker, Peter Steiner, 1993.