Posts Tagged ‘denis olivennes’

France Inter tripotée, mais France Inter libérée

2 septembre 2009
iiiii

– Y a-t-il des questions ?…

– Bon, les enfants, installez-vous vite… Je ne vais pas pouvoir rester longtemps parmi vous, j’ai un TGV qui m’emmène en RTT dans un peu moins de deux heures… Il manque des sièges? Le Gouguec, Pommier, mettez-vous à quatre pattes pour que vos collègues puissent s’asseoir.

Alors les amis, vous le savez, si je vous ai convoqués aujourd’hui c’est pour vous dire deux mots à propos de la Révolution nationale radiophonique que j’ai tricotée depuis que Carla m’a filé les clés de cette turne, je veux dire depuis que Jean-Luc Hees m’a fait la surprise de me nommer dictateur de Fr… enfin plutôt directeur de France Inter, enfin j’me comprends.

Déjà, une bonne nouvelle: il y en a plein parmi vous qui vont enfin avoir le temps de ranger leur bureau et de répondre à leur e-mails en retard. Parce que je ne vous cacherai pas qu’entre les plans sociaux qui s’annoncent et l’effondrement prévisible des cours de l’audience consécutif à ma nomination, les temps qui viennent risquent d’être difficiles. Surtout pour vous… (more…)

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Le Procès (de Philippe V.)

29 octobre 2008

légende

Tout bien réfléchi, je me demande si Alexei et Bernard ont eu raison de demander le rétablissement de la peine capitale pour les délits de presse…

– Accusé, veuillez vous lever et décliner vos nom, prénom, âge et profession…

– Joseph K., euh, pardon: Philippe V., 56 ans, éditorialiste martyr et philosophe de comptoir.

– Monsieur V., il vous a été donné lecture de l’arrêt de renvoi devant cette cour d’assises spéciale. Je vous rappelle qu’en vertu des nouvelles lois que vos amis et vous-même avez contribué à faire voter par le Parlement, les délits de presse et autres délits d’opinion sont désormais criminalisés et passibles de la peine de mort. Qu’avez-vous à dire pour votre défense?

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Lefred est un emmerdeur

15 août 2008
Du “Club Dorothée” a “Charlie Hebdo”, Cabu est toujours resté fidèle à l'esprit des Lumières.

Du “Club Dorothée” a “Charlie Hebdo”, Cabu est toujours resté fidèle à l'esprit des Lumières.

C’est pas moi qui le dis, c’est Cabu. Aaaah, Cabu ! Lui c’est un pote, un vrai. Un mec fidèle, un aide de camp hors pair, un actionnaire épanoui, un joyeux drille comme on n’en fait plus. Le nombre de muflées à la Badoit qu’on s’est tapées ensemble en conférence de rédaction, en reprenant en chœur le Jardin extraordinaire de Charles Trénet!

J’ai tout de suite été séduit par son look de moine franciscain habillé par Emmaüs. Je l’avais découvert en regardant “Récré A2”, mon émission préférée avec “La Chance aux chansons”, et j’avais été impressionné par l’impertinence de ses dessins: corrosifs comme du Jacques Faizant, mais en plus frais, en plus branché. C’est tout naturellement que Patrick et moi lui avions demandé d’illustrer les couvertures de nos disques à l’époque – le Ier siècle avant Denis Olivennes – où le pire tout pire n’existait pas encore et où les artistes pouvaient espérer vivre de leurs droits d’auteur.

Depuis La Grosse Bertha, Cabu et moi on est aussi complémentaires que la poire et le fromage. À Charlie, chaque lundi de bouclage, dès que je sors ma blague hebdomadaire, il est toujours le premier à rigoler. Cabu, c’est un peu mon Brice Hortefeux à moi. Dès qu’il y a un sale boulot qui traîne, il se porte candidat sans même que j’aie besoin de demander. Avec Cavanna, il est ma caution historique et morale. Quand les comploteurs vénézuélo-harakiristes du Plan B ou d’Acrimed commencent à chipoter la gauchitude de mes éditos ou mon management de droit divin, par exemple, ou quand la sédition gagne la rédaction et que les traîtres que j’ai nourris en mon sein font entendre leurs misérables désaccords avec ma ligne éditoriale que j’ai, il faut le voir monter au front, baillonette au canon, la bave aux lèvres, le crayon de couleur entre les dents!

Parfois, lorsque nous restons seuls tous les deux dans les locaux de Charlie désertés, à l’heure où Paris s’est endormie, il fredonne a capella, en me regardant, l’œil humide, ces paroles de Trénet:

Ô mon maître,
Daigne me permettre
De t’offrir ces fleurs, cet amour.
Trop courte me paraît la vie
Pour céder à plus d’une envie.
Ô mon maître,
Je voudrais connaître,
Près de toi, pour l’éternité,
Le plus merveilleux des étés.

Sans Cabu, mon fidèle lieutenant, je crois bien que je n’aurais pas résisté aux nombreuses tentatives de coup d’État, inspirées par le Parti de l’étranger, dont j’ai été la cible depuis 1992. À chaque menace, il était là pour appuyer mes Grandes Purges et rappeler que si Reiser et Desproges étaient toujours vivants, ils me vénèreraient tout comme les Aztèques adoraient Quetzalcoatl.

Lefred-Thouron, le provocateur maoïste dont je vous parlais dans mon précédent billet, l’a appris à ses dépens. Depuis que Cabu lui a jeté un sort dans L’Est républicain (lire ci-dessous), ce réprouvé a sombré dans l’alcoolisme et survit péniblement en faisant la manche dans les couloirs de la station Strasbourg-Saint-Denis.

D’ailleurs, si des responsables de la RATP lisent ce blog, j’en profite pour leur glisser que ce fraudeur-né ne paie pas son ticket…

Cabu : « Lefred est un emmerdeur »

À Nancy pour Revoir Paris, le père du Grand Duduche envoie tout sourire quelques civilités à Lefred-Thouron, démissionnaire de Charlie Hebdo, après l’affaire Font.

Dans une vignette de cinq centimètres de large sur sept de haut, une accroche: “Occupons nos vacances – Stage Au théâtre ce soir chez Patrick Font”, un Patrick Font qui tripote une petite fille sur ses genoux, laquelle s’écrie: “Ciel, mes parents!” C’est le dessin de la polémique. Le Nancéien Lefred-Thouron, dessinateur à Charlie Hebdo, a claqué la porte, pas content du sort réservé à son illustration de l’affaire Font, accusé de pédophilie et incarcéré depuis fin juillet. Ce qui ne l’a pas empêché de venir en coup de vent serrer la main de son confrère Cabu, hier après-midi au Hall du Livre, pour une dédicace de son dernier ouvrage Revoir Paris, édité chez Arléa.

“Apparemment, il semble qu’il y ait un gros malentendu entre Cabu et moi. Il est persuadé que je suis prêt à renvoyer des dessins à Charlie dès la semaine prochaine. Certainement pas”, dit le Nancéien que ça “embête de perdre une tribune” mais qui tient ferme face à la “censure”. 
Pull bleu layette, yeux ronds derrière les fines lunettes, Cabu part d’un grand rire: “Ah, l’emmerdeur! Comment peut-il parler de censure puisque son dessin a été publié ? Il a seulement été retardé de huit jours. On l’a fait sur les conseils de l’avocat de celui qui est aujourd’hui en taule. L’instruction n’est pas terminée. On ne sait pas sur quoi portent exactement les accusations.”

“Un dessinateur pouët-pouët”

L’Est républicain : S’il ne s’était pas agi de Patrick Font, collaborateur de Charlie Hebdo, vous seriez-vous soucié du secret de l’instruction ?

Cabu (hésitant) : C’est vrai qu’on a fait des tas de dessins contre les curés peloteurs… Mais c’est une plaisanterie de la part de Lefred-Thouron de faire croire qu’on l’a censuré. De toute façon, je crois qu’il voulait depuis un moment se tirer. Il a trop de travail. S’il se tire pour cette histoire, c’est dérisoire. Je regrette parce qu’il a du talent et ses dessins sont drôles. Ça ne prouve pas son intelligence.

– Lefred-Thouron attend les excuses de Charlie Hebdo.

(Rire) On peut lui présenter des explications, pas des excuses. Sa démarche prouve qu’il est imbu de lui-même au point de ne pas se préoccuper d’un accusé. Il se définit lui-même comme “un dessinateur pouët-pouët apolitique”, qui peut tout tourner en dérision. Charlie Hebdo n’est pas Hara-Kiri. C’est un journal politique, de gauche et responsable. On ne balance pas des affaires comme ça. Par exemple, dans l’affaire Yann Piat, on connaît des choses. Si on les sortait maintenant, on vendrait énormément. Mais on attend. On ne vend pas du papier. On vend des idées en faisant rire. Lefred-Thouron n’a jamais été d’accord avec la ligne du journal. Lui, c’est un choronien. Un jour où l’autre, il devait nous quitter.

Rachel Valentin
Article paru le 15 septembre 1996.
© L’Est républicain 1996

Photo : © LiveGeneration.fr 2008, Lorène & Gersende