Posts Tagged ‘charb’

Réseau Turbigo

7 octobre 2008
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Les mercenaires fanatisés – ne vous fiez pas à leur visage poupin – des sections d'assaut du Nouveau parti anticapitaliste ont pour la plupart été recrutés par Olivier Besancenot en personne lors de ses voyages répétés au Proche-Orient. Leur devise, à elle seule, glace le sang: “Éditorialiste, tu es sur ma liste!”

Avec mes amis néo-cons’, on a décidé d’entrer en clandestinité, histoire d’échapper aux rafles le jour où Benito Besancenot exécutera son coup d’État social-fasciste.

M’inspirant des nombreux documentaires que je visionne en boucle depuis quarante ans et qui ont forgé mon expertise sur la Résistance comme sur la Solution finale (je pense bien sûr à La Grande Vadrouille, à La Vache et le prisonnier ou encore au Jour le plus long), j’ai eu une idée étincelante – que n’eût certainement pas reniée Jean Moulin – pour protéger nos véritables identités, et ainsi éviter que notre réseau nouveau-né soit démantelé en cas de pépin.

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Bonnets d’âne

25 septembre 2008
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Vous êtes contents de vous ? Vos parents se crèvent le cul à percevoir des dividendes, histoire de vous payer des études dans mon école privée de philosophie du management, et personne ne révise!

Je préfère vous le dire tout de suite: vos copies sont nulles. D’ailleurs je n’ai pas eu à me fatiguer pour les corriger, il n’y a quasiment que des feuilles blanches. Non, mais regardez les commentaires! Ah, ça, quand il s’agit de faire les pitres et de parodier Ben Laden prononçant ses fatwas, y a du monde au balcon, hein, Redecker! Mais pour ce qui est de réviser la géopolitique éditoriale, les droits de l’homme laïque ou l’histoire de la Guerre des civilisations, là, c’est une autre histoire.

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(7) La Val qui rit (“La Vache folle”)

10 septembre 2008

Déchiré par les conflits internes, en nette perte d’humour depuis qu’il se prend pour “La Lettre de la Nation” de l’écologie politique, “Charlie Hebdo” se découvre avec étonnement, Philippe Val ulcéré en tête, de l’autre côté de la critique. Après huit ans d’exercice, “Charlie” ne fait plus rire grand monde et les manœuvres de son rédacteur en chef commencent à filtrer au-delà des locaux de la rue de Turbigo…

Philippe Val a mal à son ego. Le journal des gens-comme-il-faut a osé insinuer que tout n’était pas rose au temple de la satire. Le 4 mars 2000, Le Monde a écorné le mythe de Charlie: celui d’une rédaction unie, fièrement dressée derrière son chef, reprenant en chœur son dernier tube et déclamant du Spinoza sur les bords de Marne. Le même mois, un malheur n’arrivant jamais seul, Val apprend que le président de Radio-France, Jean-Marie Cavada, souhaiterait se passer de ses précieux services; France Soir ricane; Serge Halimi et Dominique Vidal, dans un article du Monde diplomatique consacré aux dérives du traitement médiatique de la guerre au Kosovo (mars 2000), se fendent d’une spéciale dédicace à son propos; le réalisateur Pierre Carles l’agresse; l’agence Capa d’un côté et Denis Kessler (n°2 du Medef) de l’autre l’assignent en justice…

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Les trente deniers de Charb

8 septembre 2008
légende

En juillet, en pleine affaire Siné, Charb avait désavoué son vieil ami antisémite pour se rallier à ma pétition collective personnelle exigeant son départ de “Charlie”. Je l'entends encore me jurer éternelle fidélité. Ci-dessus, à la fin d'une conférence de rédaction, il se précipite pour me donner le baiser de la soumission. Que ne me suis-je méfié de ce Judas à lunettes!

Ce matin, c’est un coup de fil de Riss, affolé, qui m’a tiré du lit:

– Philippe, ça craint. T’es sûr que c’était une bonne idée d’emplafonner à nouveau Internet dans ta chronique sur France Inter, vendredi? Parce que d’après ce que je vois sur Gougueule, à côté du pilonnage qui se prépare contre nous, le bombardement de Dresde ressemblait à une gentille averse de printemps…

– Mmmhhh ? Tu veux dire que ces cyber-faquins n’ont pas eu leur dose? Ils remuent encore? Attends que je leur règle leur compte sur i>Télé!

– Ben tu vois, j’ai comme un doute: c’est plus de l’huile que tu jettes sur le feu, là, c’est du kérosène. Et si tu calmais le jeu pendant quelques semaines? Je sais pas, moi, tu pourrais revenir à des sujets plus légers, comme les imams qui ont infiltré la cour d’assises de Rennes pour imposer aux jurés de faire le Ramadan. Caroline m’a d’ailleurs envoyé un mail pour me dire qu’elle tenait un gros scoop là-dessus: il paraît qu’en fait le père de l’enfant de Rachida Dati serait Frère Tariq! Les femmes magistrats devront bientôt rendre la justice en burqa et la lapidation sera introduite dans le code pénal au début de l’année prochaine…

– Écoute Riss, il y a des choses avec lesquelles ont ne peut pas transiger. Ce n’est pas à toi, mon fils spirituel, mon Petit Scarabée, que j’apprendrai que le XXIe siècle est soumis à trois grands périls: les Arabes, l’extrême gauche et l’Internet. Je dois me battre contre cette hydre à trois têtes, quel qu’en soit le prix. Comment crois-tu que j’intègrerai un jour l’Académie française, si je ne me montre pas digne de la mémoire de Jean-François Revel, qui m’a tout appris?

– C’est toi le chef, Philippe: c’est toi qui décides. Mais je voulais aussi te prévenir qu’il y a un truc qui risque de t’énerver un peu…

– Que veux-tu dire ? Je croyais que Siné Hebdo avait décidé de ne pas parler de moi?

– Non, non, c’est pas Siné… C’est… heuuu, comment dire… Acrimed…

– Vade retro ! Ne prononce jamais ce nom-là devant moi! Tu sais bien qu’il fait partie des mots interdits, avec Halimi, Bourdieu, Mermet et quelques autres dont j’ai affiché la liste dans les couloirs du journal!

– Excuse-moi, Philippe, mais j’ai vraiment pas le choix. Ce matin… heuuu… l’association de critique des médias dont on ne peut pas dire le nom a publié “Une histoire de Charlie Hebdo”. Un article dégueulasse, écrit par… euuhhh, enfin par un type tout aussi dégueulasse dont on ne peut pas non plus dire le nom… Il y a des dates, des faits, des citations, bref: ça rappelle la presse des années 1930 et son cortège de dénonciations antijuives…

– Riss, je suis au siècle naissant ce que le capitaine Dreyfus fut au XIXe siècle finissant. Ils peuvent bien me calomnier, me déporter, Alexei et Bernard doivent déjà être en train rédiger leur J’accuse en ma faveur!

– Je n’en doute pas, Philippe, mais il faut que tu saches qu’il y a dans cet article une vidéo qui risque de te mettre hors de toi… Je ne sais pas trop comment t’en parler, mais enfin, heuuu…

– Quoi ? Que veux-tu dire ? François Bayrou a-t-il annoncé qu’il se désabonnait de Charlie?

– Non, c’est pas vraiment ça. Disons qu’il y a un de nos collaborateurs, enfin, pour être précis, un de nos rédacteurs en chef qui… qui… qui… qui dit que… enfin, euuuh…

– Qui dit quoi?

– Qui dit que s’il lançait un journal, tu ne travaillerais pas dedans…

– Je n’entends rien, parle plus fort!

– Il dit que Val est tellement atypique dans Charlie Hebdo… c’est lui le directeur et c’est lui qui ressemble le moins au journal. […] Si j’étais directeur d’un journal et si j’avais les moyens de faire un journal, il n’y aurait pas Val dans le journal. En tout cas, ce qu’il exprime dans le journal, ça n’existerait pas.” Voilà ce qu’il dit exactement, Philippe… Bon, ben, dis donc, l’heure tourne. Je vais devoir aller déposer les enfants à l’école, hein, on se parle plus tard…

– QUI ? Qui est le fils d’ayatollah qui a déclaré ça?

– Tu es sûr que tu ne m’engueuleras pas si je te le dis?

– Son nom! Je veux son nom! VITE!

– C’est… Frère Charb…

– Comment! Ai-je bien ouï? Frère Charb, dis-tu? Pas notre Frère Charb à nous, quand même? Tu veux sans doute parler d’un homonyme?

– Heuuu… ben, non… je parle bien du nôtre. M’enfin rassure-toi, il a pas dit ça au jité de France 2: c’était au Festival de Groland, en 2007. Va sur Dailymotion et tape: Charb + Acrimed, tu verras…

– …

– Philippe ? Ça va ? Tu te sens bien ? C’est quoi ces hurlements lugubres que j’entends derrière toi? T’as adopté un loup chez Luce Lapin ou quoi?

– Riss, mon petit Riss, je crois bien que la France compte un chômeur de plus ce matin. Mais cet Iscariote-là a intérêt à profiter de ses trente deniers car il n’aura même pas le temps d’aller au bout de son délai de carence avant de voir sa mort en face. Son cadavre pourrira bientôt dans une fosse commune du cimetière de Damas, j’en fais le serment.

– Tu veux dire que…

– Ah, il va l’avoir sa fatwa, notre Frère Tuck! Il va savoir ce qu’il en coûte de provoquer mon courroux. Appelle Caroline et Cabu: réunion de crise à 13h30 chez Lipp.

(bip bip bip)

Je le savais ! Oui, je savais bien que les traîtres et les crétins, pour une fois réunis, s’étaient infiltrés dans les colonnes de mon bel hebdomadaire, et même jusque sous mon lit.

Charb, infâme collabo! Félon! Infidèle! Renégat! Tu es aussi perfide et sournois qu’un Frère musulman!

Je t’ai tout donné, sans méfiance. Je t’avais même inscrit, sur mon testament philosophique, parmi mes principaux héritiers, aux côtés de Caroline et Dominique Sopo. Un avenir radieux te souriait, nous aurions pu arrondir nos fins de mois en égayant de concert les colonnes du Journal du dimanche… Et voici que tu m’achèves à l’heure où les vautours islamo-gauchistes tournoient autour de ma carcasse…

Délimocheune ! Tu as donné une interview à Délimocheune, cette Radio Paris du Ouèbe que n’eût pas reniée Darquier de Pellepoix.

J’imagine que les gestapistes de Rezo.net, la maison-mère de la Kommandantur libérale, doivent s’en frotter les griffes. Et que, dans son luxueux palais de Caracas, le Duce du Cône Sud a déjà sablé le champagne.

Chomsky, si tu me lis, je sais bien que tu es derrière tout ça. Mais tu ne perds rien pour attendre, sale linguiste de vipère! J’ai le bras long à Washington…

J’ai fait un rêve médiéval (1)

31 août 2008
Charb quittant les locaux de “Charlie” pour voguer vers sa nouvelle vie…

Charb quittant les locaux de “Charlie” pour voguer vers sa nouvelle vie…

L’autre nuit, au terme du cinquième et dernier jour de notre stage commando de “team building”, après m’être enfilé la descente des gorges de l’Ardèche en rafting et trois sauts à l’élastique, j’ai fait un drôle de rêve. Il est vrai que juste avant de me coucher, j’avais eu, longuement, Charb au téléphone. Au début, ça n’a pas été facile, car à l’autre bout du fil il n’arrêtait pas de fredonner, la voix éteinte:

– Nous n’irons plus jamais
Où tu m’as dit : “Je t’aime”
Nous n’irons plus jamais
Comme les autres années…

Au bout de dix minutes de Capri, c’est fini, pendant lesquelles il a insisté pour m’entendre reprendre en chœur avec lui le refrain, sa crise s’est calmée et nous avons pu échanger quelques phrases:

– Fais pas le con, Charb ! Qu’est-ce que tu vas aller branler dans un monastère?

– Désormais, appelle-moi Frère Charb! m’a-t-il rétorqué. Et ne blasphème pas, Philippe, je t’en prie. Je continuerai à vous envoyer mes dessins et chronique, mais c’est ici que j’ai décidé de poursuivre ma carrière: je veux prendre du recul… et me faire oublier. Ce n’est pas à toi que j’apprendrai qu’à Charlie j’ai dû cautionner bien des vilenies depuis quinze ans. Dans mon quartier, depuis l’affaire, les commerçants m’appellent Monsieur Judas. Et depuis qu’Eva Braun-Sinet m’a porté le coup de grâce, je n’ose même plus sortir de chez moi. Même si c’est mal barré, je veux tenter de racheter la pureté enfuie de mon âme avant que sonne l’heure du Jugement dernier…

J’ai tout essayé : la tendresse, la colère, l’indifférence, le chantage au suicide ou aux stock-options… Mais j’ai finalement dû me rendre à l’évidence: Charb a vraiment opté pour la vie monastique, prétextant que de toute façon ça ne le changerait pas beaucoup de l’ambiance qui règne à la rédaction.

Après ce coup de fil, j’ai eu bien du mal à trouver le sommeil. Je me suis servi une camomille, mais la vision de Frère Charb en robe de bure m’obsédait tandis que je serrais contre moi ma Condoleezza Rice en peluche tout en suçant mon pouce pour parvenir à m’endormir. Au bout d’une heure à compter les moutons égorgés dans la baignoire de Mouloud Aounit, j’ai fini par sombrer dans un sommeil agité.

Dans mon rêve, Cabu et moi chevauchions deux ânes un peu têtus répondant aux noms de Tariq et Oussama. Il faisait froid; les montagnes alentour étaient recouvertes d’un fin manteau neigeux. Dans mes sandales, je ne sentais plus mes orteils. Au loin, l’abbaye se détachait dans le brouillard.

À notre arrivée au pied de la citadelle, des hordes de gueux repoussants de crasse s’amassèrent autour de nos montures, nous quémandant, dans un français approximatif, un morceau de l’excellent gigot d’agneau au romarin qui dépassait de nos besace. Nous dûmes asséner à ces culs-terreux quelques coups de pied bien sentis afin que leur odeur pestilentielle s’éloigne de nos nez délicats. À cet instant, nous vîmes Frère Cavanna, le videur de l’abbaye, se porter à notre secours au côté de deux hallebardiers qui firent s’enfuir, telle une volée de moineaux, les hères apeurés.

Une fois dans la place, l’abbé de Hollande vint nous accueillir. Lorsqu’il nous donna le baiser de bienvenue, je lui trouvai l’air fort préoccupé:

– Pax vobiscum…

– Et cum spiritu tuo…

– Bienvenue en ces lieux, Philippe de Valkerville.

– Merci pour votre accueil, Messer l’abbé. Permettez-moi de vous présenter mon jeune novice, Cabu de Melk, le plus jeune fils de la baronne Dorothée.

– Votre long périple depuis le prieuré de Turbigo a dû être éprouvant, j’imagine que vous souhaitez vous reposer. Je vais vous faire conduire à vos appartements…

Une fois dans notre chambre, je constatai avec regret qu’il n’y avait ni jacuzzi, ni minibar, ni Canal Plus, ni room service. En ces temps reculés du bas Moyen Âge, les cinq étoiles n’avaient pas encore été inventés: il nous faudrait attendre la Renaissance pour goûter enfin au confort qui libère l’esprit des philosophes des contingences de ce bas monde et leur permet d’atteindre le nirvana de la sagesse.

Pendant que Cabu partait soulager un besoin naturel, j’en profitai pour méditer cinq minutes. Par la fenêtre, j’avisai, dans le cimetière de l’abbaye, un corbeau sinistre croassant sur une tombe dont la terre était fraîchement retournée. La mort rôdait en ces murs, tel un tas de pierres iraniennes attendant l’heure de la lapidation des femmes adultères.

À l’heure du goûter, tandis que je me restaurais d’un bol de Nesquik et de quelques Choco BN, je sollicitai de l’abbé de Hollande quelques explications, non sans avoir recours à un subtil bluff que n’eût probablement pas renié Frère Bruel, le prieur de l’abbaye de Lasvégasse:

– Messer l’abbé, en ces circonstances tragiques qui endeuillent votre abbaye, veuillez recevoir mes condoléances attristées.

– Ainsi, Frère Philippe, vous êtes au courant ?

– …

– La disparition tragique de Frère Sevran a été un rude coup pour notre petite communauté. Il était si gai, si plein d’esprit… Et puis quand il reprenait Gigi l’Amoroso à vêpres, sa voix nous enchantait…

– Frère Sevran n’est plus ?! Quelle perte tragique pour la Chrétienté! Personne n’avait su, mieux que lui, traduire du latin l’œuvre de sainte Dalida. Mais surtout, grâce ses travaux démontrant la corrélation entre l’usage frénétique que les Sarrasins font de leur appendice et la famine qui les décime, il a posé les jalons de la médecine moderne! Que Dieu l’accueille à ses côtés et lui pardonne les titres cul-cul de son journal intime.

– Vous voulez sans doute parler de Il pleut, embrasse-moi et autres On dirait qu’il va neiger… Il est vrai que Frère Sevran avait une fâcheuse tendance à confondre météorologie et littérature. Toutefois son testament philosophique, In Sarko Veritas, demeurera un incontournable de la science politique médiévale.

– Et de quoi est-il mort, Messer l’abbé ?

– …

– Voulez-vous dire que sa disparition ne fut pas accidentelle?

– Eh bien, disons que la mort de Frère Sevran a plongé l’abbaye dans un grand désarroi: il est mort électrocuté dans son bain en essayant de changer une ampoule…

– …

– Le problème, c’est que les ampoules électriques ne seront inventées que dans cinq siècles…

– Je comprends votre inquiétude, Messer l’abbé. Cela me rappelle ces paroles de Thomas d’Aquin: “The Yes needs the No to win against the No.”

– Frère Philippe, je prie pour qu’il n’y ait pas motif de suspecter la présence d’une force maléfique parmi nous.

Ce soir-là, alors que le jeune Cabu dormait à poings fermés sur une paillasse au pied de mon lit et que je m’interrogeais sur les circonstances mystérieuses du trépas de Frère Sevran, un bruit étrange venu de la chambre contiguë à la nôtre me tira de mes réflexions. J’en aurais juré: armé d’un martinet, notre voisin, Frère Ardisson, s’infligeait une sévère pénitence. Quels terribles péchés ce moine sodomite cherchait-il donc à expier?…

(à suivre)

Photo: © AFP.

Nature et management

15 août 2008
C'est les vacances! Les dessinateurs de première classe quittent Charlie-Hebdo pendant que les stagiaires restent sur le pont.

C'est les vacances! Les dessinateurs de première classe quittent “Charlie Hebdo” pendant que les stagiaires restent sur le pont.

À peine de retour parmi vous, il me faut déjà vous quitter.

Non, ne pleurez pas, gardez vos mouchoirs pour le départ de W. de la Maison-Blanche cet hiver: ce n’est qu’un au revoir, promis.

Pendant la seconde quinzaine d’août, j’aurai en effet un programme trop chargé pour philosopher avec vous. Il faudra donc vous armer de patience pour connaître la suite des terribles épreuves qui ont jalonné ma vie.

À partir de ce week-end, je mets le cap sur l’Ardèche pour un stage de “team building” avec toute l’équipe de Charlie. L’affaire Siné à lourdement éprouvé la cohésion de la rédaction ainsi que mon charisme patronal, alors j’ai décidé de ressourcer mes toutous autour de mon nouveau projet éditorial du troisième millénaire. Au programme: rafting, varape, cyclo-cross, saut à l’élastique et en parachute, etc. On verra si Polac et Willem font toujours les malins après ça!

Près de la nature, soudés comme des siamois, rédacteurs et dessinateurs seront sensibilisés aux joies du management moderne. En lisant le prospectus, j’ai immédiatement eu le coup de foudre quant aux bénéfices attendus: “réussir un lancement commercial complexe (nouvelle équipe, filiale, produit complexe); réussir un nouveau projet majeur pour l’entreprise; réussir une réorganisation (fusion, restructuration) dans un contexte de climat social délicat; gérer une crise sociale; accélérer le retour sur investissements humain (cadres, équipe commerciale…).”

J’ai vraiment tout tenté pour que Charb se joigne à nous, mais la médecine du travail est demeurée intraitable: “Votre collègue est au 36e dessous, m’a répété leur représentante. Il ne veut s’alimenter qu’avec des Carambar et il chante en boucle, du matin au soir, Capri, c’est fini d’Hervé Vilard en regardant de vieux épisodes de Casimir…” J’espère que malgré cette petite crise régressive passagère il reviendra sur sa décision d’entrer au monastère en septembre.

Ensuite, je passerai en coup de vent chez Bernard à Marrakech pour faire semblant de relire les épreuves de notre livre collectif qui devrait sortir à la rentrée aux États-Unis chez Random House (sauf menace islamiste): une compilation de toutes les pétitions et tribunes que lui et moi avons initiées cette année pour dénoncer le fascisme vert, les Munichois qui tergiversent face à l’Iran et la tentation nazie qui titille les altermondialistes.

Puis retour en France pour participer à l’université d’été du Parti socialiste à La Rochelle. Ce n’est pas que j’aie beaucoup de sympathie pour ce parti qui a insuffisamment modernisé son logiciel, mais François Hollande a beaucoup insisté pour que j’intervienne devant ses troupes sur deux thèmes qui me tiennent particulièrement à cœur: “Le pompidolisme, un humanisme” et “On a le droit de rire de tout, mais ce n’est pas une raison pour le faire”.

Après ça, j’aurai bien mérité de laisser mon cerveau reposer quelques jours pour éviter la surchauffe. L’année s’annonce chargée pour moi et j’ai intérêt à l’aborder au top de mes capacités. Parce que je ne sais pas pourquoi, mais mon petit doigt me dit que je ne suis pas encore au bout de mes contrariétés…

Reposez-vous bien, relisez Spinoza et n’oubliez pas d’acheter Charlie Hebdo pour allumer votre barbecue, y a comme un petit coup de mou dans les ventes en kiosques ces jours-ci.

PS : retour – triomphal – prévu le 1er septembre.

PPS : tout comme la ligne éditoriale de Charlie Hebdo, les commentaires sur ce blog sont modérés a priori. Vous êtes libres d’en laisser en mon absence, mais ils n’apparaîtront – sauf miracle technologique – qu’à mon retour à Joinville-le-Pont.

Mon Golgotha

13 août 2008
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?

D’abord, j’ai cru que je faisais un cauchemar.

J’ai voulu me pincer, mais comme je suis très douillet j’ai préféré pincer le bras de ma femme.

— T’es con! Tu m’as fait mal, qu’est-ce qui te prends? m’a-t-elle incendié.

Hagard, je me suis approché de la fenêtre, tel un somnambule. Le regard perdu dans le massif du Vercors, où tant de résistants avant moi ont payé de leur vie leur engagement pour la liberté, je suis demeuré muet pendant dix bonnes minutes. Dans ma main, je serrais un poignard ensanglanté: l’édition du jour du quotidien Libération.

Quand ma femme est revenue de la cuisine avec le café, j’ai pensé un moment m’immoler en versant le contenu brûlant de la cafetière sur mon corps déjà endolori. Mais comme je suis douillet, j’ai préféré ébouillanter mon chat. Il a détalé en poussant un miaulement strident, pendant que ma femme y allait, elle aussi, de son hurlement.

— Mais t’es devenu dingue! Ça ne te réussit pas de fréquenter les éditorialistes du Figaro

Je l’ai giflée avant qu’elle se mette à proférer des insanités antisémites. Puis je lui ai tendu l’arme du crime.

— Lis ça, au lieu de dire des conneries ! Et puis ça aussi ! Ah, les salauds! Les chiens puants! Les fascistes! Ils m’ont trahiiiiiiiii!

J’étais en larmes, replié sur moi même comme un fœtus fragile, hoquetant ma détresse. Après avoir lu la quatrième de couverture du nouveau Je suis partout, ma femme a cru me consoler en disant:

— Ben quoi, il est marrant ce portrait de Siné. Pourquoi ça te met dans tous tes états?

J’ai hésité à lui planter le poignard ensanglanté en plein cœur, mais comme c’était un journal je me suis repris et suis parti m’enfermer dans mon bureau. Trahi par mes amis et jusque dans mon propre foyer, sali et menacé de mort par les kamikazes du Hezbollah, je gravissais à mon tour le Golgotha.

Pour la seconde fois de la journée j’ai songé à en finir. Ressortant du bureau, j’ai monté quatre à quatre les escaliers menant à la salle de bains. Là, j’ai saisi la boîte de Doliprane: il restait quatre cachets. Je suis ensuite redescendu à la cuisine et me suis approché du frigo. Reprenant mon souffle, je me suis emparé d’une Tourtel. Puis, sans faire de bruit, je suis retourné dans mon bureau pour mettre fin à mes jours. J’ai englouti les Doliprane et avalé cul-sec la Tourtel.

Songeant à Guy Moquet, j’ai alors commencé à écrire une lettre qui me garantirait la postérité. Mais l’alcool embuait mon esprit et j’avais beaucoup de mal à m’écarter de l’original.

Mon petit Bernard chéri,
mon tout petit Ivan adoré,
mon gros Alexei aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier mon petit Bernard, c’est d’être courageux. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Christine. J’ai embrassé mes deux frères, Charb et Oncle Bernard. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !

J’espère que toutes mes chroniques de France Inter vous seront renvoyées, elles pourront servir à Caroline, qui, je l’escompte, sera fière de les publier un jour chez Grasset. À toi, mon gros Alexei, si je t’ai fait, ainsi qu’à mon petit Bernard, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à Cabu que j’aime beaucoup. Qu’il caricature bien les Arabes pour être plus tard un homme.

Cinquante-six ans, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Robert Redecker, Flemming Rose. Bernard, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageux et de surmonter ta peine.

Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi Bernard, Caroline, Alexei, je vous embrasse de tout mon cœur de meilleur éditorialiste de France. Courage !

Votre Philippe qui vous aime.

C’était tellement beau que j’ai pleuré pendant trois bonne minutes. Laissant la lettre en évidence sur le bureau, je me suis allongé sur le canapé en cuir pleine fleur pour y attendre la mort.

C’est alors que le téléphone a sonné. J’ai hésité à répondre; rien n’avait plus d’importance désormais. Mais la sonnerie se faisait insistante. J’ai tenté de me relever, mais les effets conjugués du Doliprane et de la Tourtel ralentissaient mes mouvements. Quand j’ai pu enfin saisir le combiné, je ne suis même pas parvenu à dire “Allô”. À l’autre bout du fil, j’ai reconnu la voix de Laurent, mon ex-ami barbichu.

— Allô Philippe? C’est Laurent. Bon, écoute, je sais que tu dois être en colère, hein… mmmh… mais je n’y suis pour rien, je te promets. Je viens d’apprendre l’affreuse nouvelle, mais je suis en vacances dans le Lubéron, chez Jack, mmmh. Comme il n’a pas l’Internet et qu’il est abonné au Figaro, je n’ai même pas pu lire les articles.

D’une voix d’outre-tombe, j’ai rugi:

— Tu quoque mi filiiiiii!

Puis tremblant de colère, j’ai poursuivi:

Dies iræ, dies illa,
Solvet sæclum in favilla,
Teste David cum Sibylla !

À l’autre bout du fil, il y eut un long silence. Puis, de sa petite voix tremblotante, enchaînant les borborygmes, Laurent s’est risqué à reprendre la parole.

— Mmm, euh, Philippe? Ça va? Euuh, tu as l’air souffrant, hein, on dirait que t’as de la fièvre, mmmh. Bon, hein, tu sais, chaque été… mmmmh… c’est le même cirque à Libé quand je pars en vacances, hein: dès que j’ai passé le coin de la rue Béranger, les journalistes publient n’importe quoi, surtout s’ils savent que ça va m’énerver. Je te jure, hein, bon… mmmmh… sur la tête de Carla Bruni-Sarkozy… mmmh… que je n’étais pas au courant. Philippe? T’es là, hein?

Au prix d’un effort surhumain, je suis parvenu à articuler quelques phrases:

— Hier Le Monde m’assassinait. Ce matin, c’est Libé qui piétine mon cadavre. Ce 30 juillet devait être un jour de fête, celui où Le Monde publierait la pétition de soutien de mes amis de gauche. Eh bien, c’est en fait un jour de deuil. Et je pèse mes mots!

— Philippe… mmmmh, qu’est-ce que tu racontes, là, hein? Tu vas quand même pas faire une connerie? Pense à tes chats! Pense aux auditeurs de France Inter! Tu ne voudrais quand même pas rater la guerre contre l’Iran, hein, bon?

— Laurent, promets-moi que les criminels seront châtiés impitoyablement! Je veux leur tête sur un plateau de thé à la menthe, avec leurs couilles en ornement!

— Écoute mmmmh Philippe, je te promets que je vais faire ce que je peux, hein, pour muter Favereau au service “Sports”… mmmmhh. Non, plutôt à la rubrique “Mode”, hein, au sport il serait capable de nous faire des papiers sur le dopage pendant les JO, bon… mmmhh. Je vais d’abord essayer de trouver un exemplaire de Libé pour lire ce tissu de saloperies, hein, mais tu sais, dans ce coin du Lubéron y a que deux exemplaires pour dix mille habitants… mmmmhhh. Bon, je te tiens au courant…

La mort tardait à venir à ma rencontre. Alors j’ai décidé de vivre et de faire face aux hyènes. J’ai appelé Charb à la rédaction, mais on m’a dit qu’il venait d’être placé en cure de sommeil par la médecine du travail. Caroline, elle, était sur messagerie. J’étais désormais seul face à la calomnie. Ma valise n’était pas encore défaite, je l’ai empoignée et j’ai dit au chauffeur qu’on rentrait dans la capitale. Pour me donner du courage, j’ai entonné ce chant de combat:

— Les loups ouh ouououh! Les loups sont entrés dans Paris…

À l’intention de ma femme, qui me regardait d’un air incrédule, j’ai poursuivi:

— Cessez de rire, charmante Elvire, les loups ont envahi Paris!

Dans le 4×4, le cœur gonflé d’effroi, j’ai marmonné une prière que je n’avais plus récité depuis mes années de catéchisme. La Prière du Juste persécuté:

Éternel, écoute la justice, sois attentif à mes cris! Prête l’oreille à ma prière: elle vient de lèvres sincères! Que mon droit paraisse devant toi, que tes yeux voient où est l’intégrité!

Tu examines mon cœur, tu le visites la nuit, tu me mets à l’épreuve, et tu ne trouves rien: ma pensée n’est pas différente de ce qui sort de ma bouche. J’ai vu les actions des hommes, mais je reste fidèle à la parole de tes lèvres et je me tiens en garde contre la voie des violents; mes pas sont fermes dans tes sentiers, mes pieds ne trébuchent pas. Je fais appel à toi car tu m’exauces, ô Dieu. Penche l’oreille vers moi, écoute ma parole! […]

Lève-toi, Éternel, marche à leur rencontre, renverse-les, délivre-moi des méchants par ton épée! Délivre-moi des hommes par ta main, Éternel, des hommes de ce monde! Leur part est dans cette vie, et tu remplis leur ventre de tes biens; leurs enfants sont rassasiés, et ils laissent leur superflu à leurs petits-enfants. Quant à moi, couvert de justice, je te verrai; dès le réveil, je me rassasierai de ton image.

L’athéisme et un luxe que seuls peuvent se permettre ceux qui n’ont jamais traversé  d’épreuves. Quand on est seul face à la barbarie, il n’est que Dieu vers qui se tourner. Ma décision était prise et elle était irrévocable. Dès mon arrivée au bureau, j’afficherais dans les couloirs de Charlie une circulaire dépoussiérant la charte du journal. Désormais, tout propos ou dessin blasphématoire vaudrait à son auteur un licenciement pour faute.

Faudrait quand même pas pousser trop loin le bouchon de la satire.

Un nouveau départ

3 août 2008

Bon débarras!

Quel morpion, ce Siné!

Un vrai pot de glue.

Dix ans au moins que je tente de m’en débarrasser, sans succès. Alors je ne vais pas bouder mon plaisir. À vous, je peux bien le dire: depuis la semaine dernière, je crois que je suis un peu plus indulgent envers Radovan Karadzic et feu Slobodan Milosevic L’épuration satirique, ça a du bon. Ayé, j’ai tout nettoyé. J’ai fait mon tchetnik dans tous les bureaux de Charlie. J’ai plumé le dernier des Mohicans. Désormais ne restent que des fidèles. Ce sont un peu mes disciples. Ils sont tellement affectueux que parfois je me laisse aller à les appeler “mes toutous”.

Comme on dit au Festival de Cannes, je tiens à rendre hommage à Claude et Bernard (des copains), qui  m’ont bien aidé sur ce coup-là. “Traite-le donc d’antisémite, ça marche à tous les coups! qu’ils m’ont lancé un soir, à l’heure du cigare. Balance à l’AFP qu’il a trahi les valeurs fondamentales du journal ou un truc du genre, personne n’ira vérifier.” Claude a été très sympa, après m’avoir soufflé l’idée il m’a même donné un coup de main. En quelques jours, via RTL, une radio libre où il fait du bénévolat, on lui a réglé son compte, au Siné. Moi, comme alibi, j’étais parti écrire mon prochain traité de philosophie dans mes dépendances de la Drôme, histoire de faire comme si je ne m’y attendais pas.

— Quoi ? Un article antisémite dans MON journal ! j’ai répondu, en feignant de m’étrangler de surprise, quand les journalistes ont commencé à m’appeler. (On avait juste oublié, avec Claude, qu’en tant que directeur de publication j’étais censé l’avoir lue, cette chronique. Mais qu’est-ce que vous voulez, moi, dans Charlie, le seul truc que j’apprécie ce sont mes éditos, le reste je ne le lis même pas). Je tombe des nues! Et contre un goy, en plus, quelle horreur ! Vous dites ? Contre le fils du président de la République – celui qui “préfère un excès de caricatures à un excès de censure”? C’est inadmissible, foi de Val, Voltaire ne l’eût point souffert. Que le coupable fasse sur le champ trois pas en avant et son autocritique.

Au passage, j’avoue que c’était pas mal trouvé le coup de l’autocritique. C’est une idée d’Alain-Gérard (un pote). Exiger de Siné qu’il aille à confesse! Quelle poilade! On dira ce qu’on voudra, mais je trouve l’humour de mes nouveaux amis du Figaro beaucoup moins primaire que celui des dessinateurs islamo-gauchistes et hitlero-altermondialistes que j’ai trop longtemps fréquentés. Très caustique aussi la phrase qu’Ivan, un autre copain du Figaro, m’a soufflée :

— T’as qu’à raconter que c’est Siné, en refusant de signer des excuses, qui a préféré s’exclure de lui-même du journal, et que tu regrettes infiniment son choix. Les journalistes sont tous d’anciens communistes, ça devrait leur parler.

Je crois que j’ai joué à la perfection le rôle du rédac’ chef accablé par le départ de l’un des siens mais qui en même temps a des principes chevillés au corps, un peu comme Spinoza quand il écrivait: “Tout ce qui est, est ou bien en soi, ou bien en autre chose.” (Éthique I, Axiome I.) Depuis que j’ai monté les marches à Cannes avec Daniel Leconte, je me sens habité par le théâtre.

Le truc auquel Bernard et Claude n’avaient pas pensé, par contre, c’est cette… chose… immonde, là: cette place du village remplie de couilles de singes. Internet, oui, c’est ça. Quelle régression, ce truc! Je l’avais d’ailleurs annoncé de manière prémonitoire il y a quelques années. Internet met en péril la démocratie et l’héritage des Lumières. Car sur cette place du village, non seulement n’importe qui peut donner son avis mais, plus grave encore, personne ne pense comme moi.

Quand je suis rentré à Paris, pour piloter la cellule de crise au journal, j’ai bien senti que quelque chose était en train de mal tourner. Dans la rue, je voyais des tas de gens rigoler sur mon passage. Parfois des passants me prenaient le bras en me lançant, droit dans les yeux: “On vous soutient.” Même au journal, tout le monde semblait emmerdé, et je ne comprenais pas trop pourquoi puisque je savais que Siné, ils n’en avaient rien à foutre.

Du coup  j’ai appelé Caroline, une collègue très balèze qui piste par Internet les terroristes d’Al Quaida, pour lui demander ce qui se racontait dans cette agora pédo-nazie à propos cette histoire. Mais elle m’a répondu que là où elle séjournait en vacances, elle n’avait pas de connexion. C’est bizarre, parce qu’elle avait l’air gêné. Elle me parlait un peu comme à un mec dont tout le monde sait qu’il est atteint d’une maladie incurable, sauf lui.

C’est Charb qui m’a annoncé la nouvelle, en même temps que son entrée dans l’ordre des Chartreux à partir de la rentrée. C’est pas qu’il soit courageux, de manière générale, mais là, il semblait dans un état second, comme s’il avait gobé un truc. Après avoir pris son souffle, il est venu vers moi et m’a murmuré, le visage secoué de tics:

— Philippe, sur le Web on est la risée du monde entier – surtout toi, d’ailleurs. Il y a des milliers de commentaires hostiles à ta décision de virer Siné. Personne n’y a cru, à notre histoire d’antisémitisme. Tout le monde est au courant que Charlie est devenu un newsmagazine néoconservateur et coincé du cul. Même moi, je suis grillé, avec ta putain de lettre de désaveu signée des rédacs chef. On est cramés mon vieux, je préfère raccrocher. J’ai repéré un monastère sympa. C’est non-fumeur, silencieux… j’ai besoin de repos…

Charb étant très facétieux (en temps normal), j’ai voulu en avoir le cœur net. N’écoutant que mon courage, et malgré les tentatives insistantes de l’ensemble de la rédaction pour me décourager, j’ai tapé dans le formulaire de recherche Gougueule ces deux mots qui riment avec Voltaire: “Philippe Val”.

Et là, je crois que je me suis évanoui…

Photo: © Lemo, 10/02/2008, Paris, via FlickR.