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“Charlie Hebdo” se fait hara-kiri

10 septembre 2008

(© Pierre Carles, via Le Plan B)

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La branche hip-hop d’Al Qaida

5 septembre 2008
Légende

Au-delà du périphérique, les enfants-soldats issus de l'immigration font régner la terreur antisémite. Il serait temps que les Munichois qui nous gouvernent en tirent les conséquences gynécologiques.

Lectrice, lecteur, cramponne-toi à ton fauteuil Louis XV.

Cette fois-ci, c’est plus pour de rire.

Ils sont là, à nos portes, dissimulés derrière le périph’. Que dis-je! Ils ont déjà forcé l’entrée et s’insinuent dans Paris comme des trous dans du gruyère.

Comment ça, Qui?, charmante Elvire! Mais les loups, pardi! Les mangeurs d’enfants d’Al Qaida.

Poseurs de bombes, tueurs de juifs, spoliateurs d’actionnaires, tous armés jusqu’aux dents, gorgés de haine anticapitaliste, gesticulant de manière inquiétante et éructant leurs “Zyva” sur le sentier de la guerre des civilisations…

Comment ça, Accouche!, charmante Elvire?  Je parle bien sûr des rappeurs, cette vermine à peine française qui ne connaît de Voltaire que la station de métro éponyme et qui, au lieu d’aller bosser chez MacDo comme tout honnête citoyen, rêve d’un nouvel Holocauste en s’adonnant aux tournantes.

C’est un repenti – donc un gars crédible – qui dévoile le pot-aux-roses. Un brave garçon, certes un peu obsédé par la sodomie – il est vrai qu’il a eu une enfance difficile dans le neuf-trois –, mais qui, à force de persévérance, a réussi à se libérer de la camisole paramilitaire qui enserre les HLM franciliennes, ces zones de non-droit où l’on a déjà programmé l’extermination des “Gaulois” et des “feujs” – comme ils disent à Ouarzazate-sur-Seine –, pour rejoindre le maternel giron rachidadatiste.

Cet ex-chanteur de variétés, autrefois proche des poseurs de bombes islamiques de Sarcelles, fait honneur à la méritocratie à la française puisque, après avoir repris des études de médecine, il est aujourd’hui un spécialiste mondialement reconnu de l’appareil génital féminin.

Je veux bien sûr parler de Doc Gynécologue.

Dans une interview initialement parue dans le journal progressiste Israël Magazine, interview qui marquera au fer rouge l’histoire de la lutte contre l’obscurantisme, ce lanceur d’alerte préconise, en substance, que les forces spéciales soient déployées dans les quartiers populaires, de Marseille à Lille, afin de repousser l’invasion hip-hopo-benladiste et son cortège de pogroms.

Cet entretien est d’autant plus passionnant qu’il est conduit avec brio par un journaliste dont la subtilité des questions – aussi ouvertes que le sommet annuel du groupe de Bilderberg l’est aux altermondialistes –, la culture – vaste comme un territoire occupé – et la pondération – digne des artilleurs de Tsahal – m’incitent à lui proposer de tenir une chronique régulière dans Charlie. Comme titre, j’ai pensé à “Autodéfense civile”.

Doc Gynécologue est par ailleurs secondé dans ses réponses par son ex, un écrivain germanopratin – donc talentueux – qui a laissé sur la littérature contemporaine une trace au moins aussi profonde que celle de mes éditos de France Inter sur l’histoire des idées, j’ai nommé l’incontournable Christine “te-trompe-pas-de-trou” Angot.

Un seul extrait suffira, je l’espère, à vous édifier:

David Reinharc : Vous préconisez la violence comme moyen légitime pour les Juifs de répondre à l’hostilité?


Doc Gynéco[logue] : Pour avoir pratiqué ces gens-là, je peux vous dire qu’ils sont en guerre.


David Reinharc : C’est qui, “ces gens-là”?

Doc Gynéco[logue] : Ceux qui ont besoin de tuer du Juif. Pour ceux-là, c’est la guerre à l’intérieur de nos frontières. Regardez Ilan [Halimi, note du philosophe]: tout le monde savait. Des filles, des garçons: on va loin, là. Tous complices: des trentaines de personnes étaient là, personne n’a bronché. Les Juifs doivent savoir se défendre comme ils l’ont toujours fait: c’est la guerre, vous savez. A un moment donné, il faut se battre: il ne faut pas avoir peur de se montrer violent. J’ai connu des Juifs réputés parce qu’ils se sont défendus chaque fois. Tout le temps. Ils sont respectés.

Christine Angot : Si vous regardez Le Chagrin et la pitié, on est encore dans la même France.

Je ne vous en cite pas plus, je dois filer chez l’armurier m’acheter un flash-ball. N’oubliez pas que je réside à Joinville-le-Pont, dans une zone à risque, et que la femme de ménage de Charlie est antillaise, donc potentiellement dieudonniste.

PS: ma collègue Caroline me glisse que pour sa part, elle a déjà dénoncé la nazification galopante des descendants d’immigrés dans une de ces chroniques qui font la fierté de Culture France et contribuent à marginaliser le FN en lui retirant le pain de la bouche.

Nous sommes tous des Sherry Jones !

13 août 2008
La censure iranienne à l'assaut des Éditions Random House.

La censure iranienne s'apprêtant à égorger les Éditions Random House.

Ce matin, Caroline a pénétré en trombe dans mon bureau, sans même frapper, rouge comme un piment, alors que je rédigeais l’hommage à Alex (Soljenitsyne) que m’a commandé la World Anti-Communist League.

— Philippe, c’est terrifiant! Mahmoud Amhadinejad a infiltré l’une des plus prestigieuses maisons d’édition américaines! La nouvelle Taslima Nasreen s’appelle Sherry Jones, elle est américaine, et son livre a été autocensuré par l’éditeur Random House sur l’injonction de Téhéran !

Parcouru de frissons à l’énoncé de cette nouvelle reculade de la civilisation occidentale face à la barbarie persane, j’ai nettoyé mes lunettes, embuées par la colère, et demandé à ma secrétaire de me resservir un Nesquik. Pendant que je reprenais mes esprits en sirotant mon breuvage, Caroline a poursuivi :

— Vois ! Tous les détails de cette nouvelle affaire Dreyfus figurent sur le bloggue de Pierre Assouline.

J’étais un peu méfiant, vous l’imaginez. Un héritier des Lumières tel que moi n’a pas pour habitude de se fier aux étrons flottant dans les tuyaux de l’Internet, cette Kommandantur libérale livrée aux pauvres et aux skinheads. Mais Caroline, qui est une spécialiste reconnue de l’antiterrorisme cybernétique, m’a rassuré.

— Y a bloggue et bloggue, Philippe. Les bloggues des gens connus qui vendent plein de livres, enseignent à Sciences Po et passent à la télé – comme Assouline et moi – sont des sources d’information tout à fait crédibles, contrairement aux bloggues insanes des anonymes venimeux qui rendent la mondialisation et les États-Unis responsables de leurs fins de mois difficiles.

C’est vrai que Caroline a un bloggue super intéressant, avec des extraits de toutes les émissions de télé où elle est passée cette année – y en a tellement qu’on se croirait aux archives de l’INA! Et puis dans les bloggues de qualité, y a aussi celui de Christophe Barbier ou de Jean-Michel Aphatie, ce qui prouve que si l’Internet était réservé aux éditorialistes responsables, on n’en serait pas là.

Mais revenons à nos moutons égorgés. Donc, un écrivain courageux, Sherry Jones, rédige un ouvrage lucide sur la troisième épouse du prophète : Aïcha. On savait déjà, grâce aux caricatures danoises publiées par Charlie, que Mahomet était l’inventeur des attentats-suicides, eh bien, ce n’était que du pipi de chameau de La Mecque à côté du pot aux roses que Sherry Jones vient cette fois nous révéler : figurez-vous que la figure sainte de l’islam a aussi inventé la pédophilie. Qu’on en juge: lorsque Mahomet a consommé son mariage avec Aïcha, celle-ci n’avait que 9 ans!

Même Caroline, qui est pourtant une spécialiste incontestée de l’islam radical depuis le 12 septembre 2001, l’ignorait, c’est vous dire si les Arabes ont pris soin de dissimuler cet ignoble secret de famille qui en dit long sur leurs mœurs dépravées. Ce n’est pas chez nous qu’on verrait ça! À titre de comparaison, quand on fiança Louis XV, à l’âge de 9 ans, à Marie-Anne-Victoire d’Espagne, on prit grand soin de respecter une différence d’âge raisonnable entre les futurs époux: la jeune femme, en effet, avait 3 ans bien sonnés.

Mais revenons à nos turbans. Le livre de Sherry devait sortir cet automne chez Random House (“la maison des lâches”, en anglais). Mais voici qu’à l’heure de préparer sa promotion, au lieu de demander une recension dithyrambique à des spécialistes de la barbarie islamique tels que mes camarades Bernard, Alexei ou Caroline, l’auteur se met en tête de solliciter une universitaire hystérique et hallalo-ramadaniste: la dénommée Denise Spellberg, “professeur d’histoire de l’Islam à l’université du Texas à Austin”, comme nous l’apprend Pierre Assouline.

Soucieuse de ménager la susceptibilité de ses amis d’Al Qaida, la Spellberg se met alors à dénigrer ce livre, que j’imagine érudit et superbement écrit, avec une violence verbale que n’eût pas reniée Pol Pot, le qualifiant de “pornographie soft”. Pire encore, répercutant le diktat du Führer de Téhéran, cette Castafiore en burqa annonce à qui veut l’entendre que si ce livre devait sortir en librairies aux États-Unis, les obscènes légions mahométanes se mettraient en route vers nos contrées civilisées pour y autodafer nos bibliothèques et y contraindre nos enfants à la virginité en vue de les épouser de force.

C’est alors que, sur la seule foi des prédictions de cette Nostradamus jihadophile, Random House décide d’annuler la parution du livre de Sherry Jones, prétextant craindre des mesures de rétorsion à l’encontre de ses employés et de toute personne contribuant à la diffusion de l’ouvrage. Un acte de censure ignoble, et la preuve ultime que la charia, après s’être imposée en France comme nouveau code civil, a enterré la sublime Constitution des États-Unis d’Amérique.

Pendant ce temps, confirmant leur perversité congénitale, les musulmans – qui ont pourtant, selon toute vraisemblance, dicté à la Spellberg son anathème par le biais du téléphone arabe – se taisent et n’émettent aucune critique contre le livre. Une attitude hypocrite qui ne trompe personne sur leurs véritables intentions, si ce n’est les islamo-gauchistes de la LCR, toujours prompts à s’aveugler sur le fascisme vert.

La morale de cette histoire, c’est qu’un éditeur qui bâillonne l’un de ses auteurs par crainte de mesures de rétorsion purement virtuelles, alors que le texte censuré ne casse pas trois pattes à un canard, n’est plus digne d’exercer sa profession. Ce n’est pas à Charlie que l’on s’abaisserait de la sorte, vous pouvez m’en croire! Comme le dit Caroline, sans se départir de son humour dévastateur malgré les plaques d’urticaire qui lui dévorent le visage dès que l’islam gagne un pouce de terrain, le Munichois qui préside aux destinées de Random House ferait mieux d’aller vendre des kebabs à Damas !

Toujours réactive lorsqu’il s’agit de défendre les valeurs universelles de l’Occident chrétien, Caro vient d’ailleurs d’entamer l’écriture de son prochain best-seller, qui sera consacré à cette affaire – et qui dévoilera en passant, à partir d’archives inédites du Pentagone, le rôle de premier plan des Iraniens dans la Sainte Inquisition.

Elle a déjà trouvé son titre : Frère Random.

Mon Golgotha

13 août 2008
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?

D’abord, j’ai cru que je faisais un cauchemar.

J’ai voulu me pincer, mais comme je suis très douillet j’ai préféré pincer le bras de ma femme.

— T’es con! Tu m’as fait mal, qu’est-ce qui te prends? m’a-t-elle incendié.

Hagard, je me suis approché de la fenêtre, tel un somnambule. Le regard perdu dans le massif du Vercors, où tant de résistants avant moi ont payé de leur vie leur engagement pour la liberté, je suis demeuré muet pendant dix bonnes minutes. Dans ma main, je serrais un poignard ensanglanté: l’édition du jour du quotidien Libération.

Quand ma femme est revenue de la cuisine avec le café, j’ai pensé un moment m’immoler en versant le contenu brûlant de la cafetière sur mon corps déjà endolori. Mais comme je suis douillet, j’ai préféré ébouillanter mon chat. Il a détalé en poussant un miaulement strident, pendant que ma femme y allait, elle aussi, de son hurlement.

— Mais t’es devenu dingue! Ça ne te réussit pas de fréquenter les éditorialistes du Figaro

Je l’ai giflée avant qu’elle se mette à proférer des insanités antisémites. Puis je lui ai tendu l’arme du crime.

— Lis ça, au lieu de dire des conneries ! Et puis ça aussi ! Ah, les salauds! Les chiens puants! Les fascistes! Ils m’ont trahiiiiiiiii!

J’étais en larmes, replié sur moi même comme un fœtus fragile, hoquetant ma détresse. Après avoir lu la quatrième de couverture du nouveau Je suis partout, ma femme a cru me consoler en disant:

— Ben quoi, il est marrant ce portrait de Siné. Pourquoi ça te met dans tous tes états?

J’ai hésité à lui planter le poignard ensanglanté en plein cœur, mais comme c’était un journal je me suis repris et suis parti m’enfermer dans mon bureau. Trahi par mes amis et jusque dans mon propre foyer, sali et menacé de mort par les kamikazes du Hezbollah, je gravissais à mon tour le Golgotha.

Pour la seconde fois de la journée j’ai songé à en finir. Ressortant du bureau, j’ai monté quatre à quatre les escaliers menant à la salle de bains. Là, j’ai saisi la boîte de Doliprane: il restait quatre cachets. Je suis ensuite redescendu à la cuisine et me suis approché du frigo. Reprenant mon souffle, je me suis emparé d’une Tourtel. Puis, sans faire de bruit, je suis retourné dans mon bureau pour mettre fin à mes jours. J’ai englouti les Doliprane et avalé cul-sec la Tourtel.

Songeant à Guy Moquet, j’ai alors commencé à écrire une lettre qui me garantirait la postérité. Mais l’alcool embuait mon esprit et j’avais beaucoup de mal à m’écarter de l’original.

Mon petit Bernard chéri,
mon tout petit Ivan adoré,
mon gros Alexei aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier mon petit Bernard, c’est d’être courageux. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Christine. J’ai embrassé mes deux frères, Charb et Oncle Bernard. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !

J’espère que toutes mes chroniques de France Inter vous seront renvoyées, elles pourront servir à Caroline, qui, je l’escompte, sera fière de les publier un jour chez Grasset. À toi, mon gros Alexei, si je t’ai fait, ainsi qu’à mon petit Bernard, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à Cabu que j’aime beaucoup. Qu’il caricature bien les Arabes pour être plus tard un homme.

Cinquante-six ans, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Robert Redecker, Flemming Rose. Bernard, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageux et de surmonter ta peine.

Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi Bernard, Caroline, Alexei, je vous embrasse de tout mon cœur de meilleur éditorialiste de France. Courage !

Votre Philippe qui vous aime.

C’était tellement beau que j’ai pleuré pendant trois bonne minutes. Laissant la lettre en évidence sur le bureau, je me suis allongé sur le canapé en cuir pleine fleur pour y attendre la mort.

C’est alors que le téléphone a sonné. J’ai hésité à répondre; rien n’avait plus d’importance désormais. Mais la sonnerie se faisait insistante. J’ai tenté de me relever, mais les effets conjugués du Doliprane et de la Tourtel ralentissaient mes mouvements. Quand j’ai pu enfin saisir le combiné, je ne suis même pas parvenu à dire “Allô”. À l’autre bout du fil, j’ai reconnu la voix de Laurent, mon ex-ami barbichu.

— Allô Philippe? C’est Laurent. Bon, écoute, je sais que tu dois être en colère, hein… mmmh… mais je n’y suis pour rien, je te promets. Je viens d’apprendre l’affreuse nouvelle, mais je suis en vacances dans le Lubéron, chez Jack, mmmh. Comme il n’a pas l’Internet et qu’il est abonné au Figaro, je n’ai même pas pu lire les articles.

D’une voix d’outre-tombe, j’ai rugi:

— Tu quoque mi filiiiiii!

Puis tremblant de colère, j’ai poursuivi:

Dies iræ, dies illa,
Solvet sæclum in favilla,
Teste David cum Sibylla !

À l’autre bout du fil, il y eut un long silence. Puis, de sa petite voix tremblotante, enchaînant les borborygmes, Laurent s’est risqué à reprendre la parole.

— Mmm, euh, Philippe? Ça va? Euuh, tu as l’air souffrant, hein, on dirait que t’as de la fièvre, mmmh. Bon, hein, tu sais, chaque été… mmmmh… c’est le même cirque à Libé quand je pars en vacances, hein: dès que j’ai passé le coin de la rue Béranger, les journalistes publient n’importe quoi, surtout s’ils savent que ça va m’énerver. Je te jure, hein, bon… mmmmh… sur la tête de Carla Bruni-Sarkozy… mmmh… que je n’étais pas au courant. Philippe? T’es là, hein?

Au prix d’un effort surhumain, je suis parvenu à articuler quelques phrases:

— Hier Le Monde m’assassinait. Ce matin, c’est Libé qui piétine mon cadavre. Ce 30 juillet devait être un jour de fête, celui où Le Monde publierait la pétition de soutien de mes amis de gauche. Eh bien, c’est en fait un jour de deuil. Et je pèse mes mots!

— Philippe… mmmmh, qu’est-ce que tu racontes, là, hein? Tu vas quand même pas faire une connerie? Pense à tes chats! Pense aux auditeurs de France Inter! Tu ne voudrais quand même pas rater la guerre contre l’Iran, hein, bon?

— Laurent, promets-moi que les criminels seront châtiés impitoyablement! Je veux leur tête sur un plateau de thé à la menthe, avec leurs couilles en ornement!

— Écoute mmmmh Philippe, je te promets que je vais faire ce que je peux, hein, pour muter Favereau au service “Sports”… mmmmhh. Non, plutôt à la rubrique “Mode”, hein, au sport il serait capable de nous faire des papiers sur le dopage pendant les JO, bon… mmmhh. Je vais d’abord essayer de trouver un exemplaire de Libé pour lire ce tissu de saloperies, hein, mais tu sais, dans ce coin du Lubéron y a que deux exemplaires pour dix mille habitants… mmmmhhh. Bon, je te tiens au courant…

La mort tardait à venir à ma rencontre. Alors j’ai décidé de vivre et de faire face aux hyènes. J’ai appelé Charb à la rédaction, mais on m’a dit qu’il venait d’être placé en cure de sommeil par la médecine du travail. Caroline, elle, était sur messagerie. J’étais désormais seul face à la calomnie. Ma valise n’était pas encore défaite, je l’ai empoignée et j’ai dit au chauffeur qu’on rentrait dans la capitale. Pour me donner du courage, j’ai entonné ce chant de combat:

— Les loups ouh ouououh! Les loups sont entrés dans Paris…

À l’intention de ma femme, qui me regardait d’un air incrédule, j’ai poursuivi:

— Cessez de rire, charmante Elvire, les loups ont envahi Paris!

Dans le 4×4, le cœur gonflé d’effroi, j’ai marmonné une prière que je n’avais plus récité depuis mes années de catéchisme. La Prière du Juste persécuté:

Éternel, écoute la justice, sois attentif à mes cris! Prête l’oreille à ma prière: elle vient de lèvres sincères! Que mon droit paraisse devant toi, que tes yeux voient où est l’intégrité!

Tu examines mon cœur, tu le visites la nuit, tu me mets à l’épreuve, et tu ne trouves rien: ma pensée n’est pas différente de ce qui sort de ma bouche. J’ai vu les actions des hommes, mais je reste fidèle à la parole de tes lèvres et je me tiens en garde contre la voie des violents; mes pas sont fermes dans tes sentiers, mes pieds ne trébuchent pas. Je fais appel à toi car tu m’exauces, ô Dieu. Penche l’oreille vers moi, écoute ma parole! […]

Lève-toi, Éternel, marche à leur rencontre, renverse-les, délivre-moi des méchants par ton épée! Délivre-moi des hommes par ta main, Éternel, des hommes de ce monde! Leur part est dans cette vie, et tu remplis leur ventre de tes biens; leurs enfants sont rassasiés, et ils laissent leur superflu à leurs petits-enfants. Quant à moi, couvert de justice, je te verrai; dès le réveil, je me rassasierai de ton image.

L’athéisme et un luxe que seuls peuvent se permettre ceux qui n’ont jamais traversé  d’épreuves. Quand on est seul face à la barbarie, il n’est que Dieu vers qui se tourner. Ma décision était prise et elle était irrévocable. Dès mon arrivée au bureau, j’afficherais dans les couloirs de Charlie une circulaire dépoussiérant la charte du journal. Désormais, tout propos ou dessin blasphématoire vaudrait à son auteur un licenciement pour faute.

Faudrait quand même pas pousser trop loin le bouchon de la satire.

La nausée

6 août 2008
En 2006 déjà, au Salon du livre, Bernard était la malheureuse victime d'un attentat antisémite commis par la branche pâtissière d'Al Qaida. L'ombre de Siné plane sur cette infamie…

En 2006 déjà, au Salon du livre, Bernard était la malheureuse victime d'un attentat antisémite commis par la branche pâtissière d'Al Qaida. L'ombre de Siné plane sur cette infamie…

Cet Internet, c’est vraiment le retour du nazisme et du goulag réunis. Là, devant mes yeux, à perte de vue, sur Gogueul, des centaines d’articles mettaient mon talent en doute. Sans parler de ceux qui osaient considérer mes écrits comme un sujet de rigolade.

Ainsi donc, dans les catacombes de l’humanité grouillaient des hordes barbares, analphabètes et cannibales, insensibles à mes éditos; des untermenschen inaccessibles à la civilisation de Saint-Germain-des Prés; des primates qui ne sont pas abonnés à Libé, croient que Jean-Luc Hees est un coureur cycliste et n’ont pas lu Ce grand cadavre à la renverse.

On sait depuis Françoise Giroud, l’égérie de la gauche giscardienne, que la liberté d’expression est un bien trop précieux pour être confié au peuple et à son populisme viscéral. “Internet est un danger public puisque ouvert à n’importe qui pour dire n’importe quoi”, écrivait avec raison la regrettée diva dans Le Nouvel Observateur (25/11/1999). Si elle était encore en vie, je lui confierais bien une page dans Charlie pour chroniquer cet égout à ciel ouvert. Avant qu’il ne soit trop tard.

Ma collègue Caroline, qui traque les pédo-islamistes jusque dans les moindres recoins de cette toile d’araignée visqueuse, avait raison de me mettre en garde: “Internet, tu verras, ça pue la sueur et la mauvaise haleine.” Elle était en-deçà de la vérité. J’ai découvert un mélange du Salon de l’auto et de celui de l’agriculture, où des centaines de milliers de beaufs anonymes crachent leur dépit de ne pas être riches et célèbres en s’en prenant aux juifs, aux journalistes et aux intellectuels. Ces péquenots incultes devraient pourtant savoir que l’intelligence est réservée à une élite, qu’elle procède d’une hygiène de vie quotidienne qui n’a rien à envier à l’entraînement des forces spéciales. Moi, par exemple, à l’école, pendant que mes copains jouaient au foot, ce sport abêtissant pour nazis alcooliques, j’apprenais par cœur des sourates de l’Éthique, de Spinoza. C’est comme ça que je suis devenu un phare de la pensée, un repère dans la nuit de l’obscurantisme pour toutes les péniches qui voguent sur la Marne.

Écœuré par ce que je venais de découvrir, j’ai téléphoné à Laurent (un ami barbichu) pour prendre conseil. Je lui ai annoncé que j’envisageais de saisir le CSA et de porter plainte contre Internet car je m’estimais victime d’injures antisémites et de négationnisme philosophique. Je lui ai demandé le numéro d’Amnesty International et de Reporters sans frontières mais il m’a répondu qu’il n’avait pas de numéros d’ONG dans son carnet d’adresses, seulement des ministres. Pour le CSA, par contre, il pouvait me pistonner.

Ce soir-là je dinais chez Alexandre, un mec très sympa et surtout très cultivé. C’est un pote de Caroline, ma collègue philosophe qui dit souvent que pour espérer survivre, les démocraties occidentales devront pourchasser les islamistes jusque dans les chiottes. Ça m’a fait un bien fou cette soirée. Alexei (Alexandre se fait appeler Alexei; il dit que c’est en souvenir de sa jeunesse, quand il arrivait à boutonner son pantalon sans l’aide de personne) m’a appris que lui et ses amis épris de liberté préparaient une insurrection contre Internet, ce IIIe Reich virtuel, et qu’ils étaient solidaires de mon combat contre l’humour pas drôle.

Alexei m’a fait prendre concience des enjeux géopolitiques d’Internet, et j’avoue que je sous-estimais la dangerosité de cette invention maléfique. D’après lui, ce truc a été inventé par les Chinois pour permettre aux Iraniens de décapiter notre culture millénaire et nos droits de l’homme blanc. Il a ajouté que les blogs étaient en fait une arme de destruction massive bien plus redoutable que les centrales hydrauliques de Saddam Hussein, et qu’il était temps que les Américains bombardent Téhéran pour arrêter tout ça. Je lui ai dit que j’étais prêt à pondre autant d’éditos bellicistes que nécessaire pour galvaniser les lecteurs de Charlie Hebdo et les auditeurs de France Inter, fût-ce au péril de la vie des mes chats. Il m’a répondu que ça ne l’étonnait pas et que ses amis à Washington lui avaient déjà dit tout le bien qu’ils pensaient de moi.

À l’heure du digestif, on a eu la visite de Bernard. Il avait l’air grave, et on s’est tous demandé si la guerre ne venait pas de commencer pendant nos agapes. Il nous a répondu que non, malheureusement, que les Munichois qui nous gouvernent sont des lâches, mais qu’il venait de faxer au Monde une tribune pour me soutenir, qu’à son humble avis il laissait Camus et Sartre loin derrière et qu’on n’avait pas fini d’entendre parler de sa dernière contribution à la lutte contre la Bête immonde.

— Tu es réhabilité Philippe Val! Demain, quand sonnera midi, nul n’ignorera plus que tu es le digne héritier de Jean Moulin, qu’il m’a lancé, en saisissant le verre de cognac que lui tendait Alexei.

Sa voix commençait à trémoler, et j’ai bien j’ai cru qu’il allait me refaire le coup de Malraux au Panthéon: “Entre ici, Philippe Val, avec ton terrible cortège…” J’étais un peu gêné, car autour de la table nous étions quand même une demi-douzaine de Jean Moulin en puissance. Tirer la couverture à moi, c’est pas trop mon genre.

Ah, quand je pense à toutes ces années perdues à chercher en vain la reconnaissance des gauchistes. Ces ignares ne lisaient même pas mes éditos. Dans les diners, tout le monde me demandait de dédicacer les vieux albums de Font et Val en se resservant de la piquette! Aujourd’hui je fréquente des mecs connus en dégustant des grands crus, et les princes me consultent avant de prendre des décisions importantes.

Mais revenons à Internet et aux rats d’égouts qui y pullulent. Bernard, qui a l’habitude de taper son nom sur Gogool, m’a annoncé triomphalement que l’heure de la revanche avait sonné. D’après lui, la crème anglaise de l’élite intellectuelle du pays volait à mon secours, bien décidée à me tirer des griffes acérées des blogueurs antisémites et de leurs troupeaux de commentateurs iraniens anonymes. La Licra me soutenait dans le licenciement sans préavis de Siné. Pareil chez SOS Racisme. Alain-Gérard m’avait manifesté son soutien dès la première minute sur les ondes de RTL. Quant à Alexei, il était justement en train de peaufiner un texte magnifique qui paraîtrait incessamment dans Le Figaro. De son côté, Ivan, qui ne voulait pas être en reste, m’a fait relire le brouillon de sa chronique et j’ai trouvé ça vachement fort – franchement, la réputation de canard de droite du Figaro est très injuste, y a plein de voltairiens progressistes qui écrivent dans ce journal. C’est alors que Laurent m’a appelé sur mon portable, pour me dire qu’il venait de faire un truc incroyable: il a squatté la rubrique “Rebonds” de son journal pour dire tout le bien qu’il pense de moi et enfoncer la tête de Siné dans son caca SS. Et en prime, il a décidé de publier en vis-à-vis une tribune en ma faveur de SOS Racisme, sans accorder la moindre ligne à mes détracteurs. À mon tour de faire ma Carla Bruni dans Libé!

Tour à tour comparé à Jean Moulin et à Zola, je suis ressorti de ce diner bien revigoré.  Ça plus le Château Margaux d’Alexei, ça m’a redonné une sacrée patate. Dans les rues de Neuilly, un peu éméché je l’avoue, j’ai commencé à entonner The Star-Spangled Banner. Ce sont mes deux amis policiers – “mes doudous”, comme je les appelle –, eux qui veillent sur ma personne 24h/24 depuis qu’un adolescent jihadiste du 9-3 a lancé une fatwa contre moi sur son Skyblog, qui m’ont conseillé de baisser d’un ton tandis que nous passions devant la maison de Martin Bouygues.

En enfourchant mon scooter, je me suis juré de faire rendre gorge à Gouggle, l’hydre sino-persane, et aux blogueurs alcoolisés. Désormais ce serait œil pour œil, dent pour dent, couille pour couille. Puisque le choc des civilisations menaçait la place du village du Ouèbe, nous nous devions, mes amis et moi, de porter dans ce cloaque les valeurs universelles des Lumières et de la Maison-Blanche…

Photo: © Olivier Paris, 2006, via Flick’R.