Posts Tagged ‘alexandre adler’

France Inter tripotée, mais France Inter libérée

2 septembre 2009
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– Y a-t-il des questions ?…

– Bon, les enfants, installez-vous vite… Je ne vais pas pouvoir rester longtemps parmi vous, j’ai un TGV qui m’emmène en RTT dans un peu moins de deux heures… Il manque des sièges? Le Gouguec, Pommier, mettez-vous à quatre pattes pour que vos collègues puissent s’asseoir.

Alors les amis, vous le savez, si je vous ai convoqués aujourd’hui c’est pour vous dire deux mots à propos de la Révolution nationale radiophonique que j’ai tricotée depuis que Carla m’a filé les clés de cette turne, je veux dire depuis que Jean-Luc Hees m’a fait la surprise de me nommer dictateur de Fr… enfin plutôt directeur de France Inter, enfin j’me comprends.

Déjà, une bonne nouvelle: il y en a plein parmi vous qui vont enfin avoir le temps de ranger leur bureau et de répondre à leur e-mails en retard. Parce que je ne vous cacherai pas qu’entre les plans sociaux qui s’annoncent et l’effondrement prévisible des cours de l’audience consécutif à ma nomination, les temps qui viennent risquent d’être difficiles. Surtout pour vous… (more…)

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Reviens, Voltaire, y a du pudding pour le dessert

28 octobre 2008
Mon dernier opuscule, paru chez Grassouillet, est tellement appétissant que

Avec ses 90% de matières grasses intellectuelles, mon dernier opuscule, paru aux Éditions Grassouillet, est tellement nourrissant que certaines lectrices voraces ont dû par la suite renouveler leur garde-robe…

Oh, j’entends déjà vos sarcasmes! T’étais où? Ça roupille sec sur ce blog! Meilleur éditorialiste de France? Macache! Regarde Christophe Barbier: lui, au moins, il a un avis sur tout quatre fois par jour

Vous êtes vraiment ingrats. Apprenez que la philosophie de comptoir est une maîtresse exigeante. Quand je l’abandonne trop longtemps au profit de l’éditorialisme de bistrot, elle me fait une scène de ménage à réveiller tout Joinville-le-Pont. Alors ravalez votre ironie et laissez-moi plutôt vous raconter pourquoi j’avais un peu disparu de la Toile à frire ces derniers temps.

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Réseau Turbigo

7 octobre 2008
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Les mercenaires fanatisés – ne vous fiez pas à leur visage poupin – des sections d'assaut du Nouveau parti anticapitaliste ont pour la plupart été recrutés par Olivier Besancenot en personne lors de ses voyages répétés au Proche-Orient. Leur devise, à elle seule, glace le sang: “Éditorialiste, tu es sur ma liste!”

Avec mes amis néo-cons’, on a décidé d’entrer en clandestinité, histoire d’échapper aux rafles le jour où Benito Besancenot exécutera son coup d’État social-fasciste.

M’inspirant des nombreux documentaires que je visionne en boucle depuis quarante ans et qui ont forgé mon expertise sur la Résistance comme sur la Solution finale (je pense bien sûr à La Grande Vadrouille, à La Vache et le prisonnier ou encore au Jour le plus long), j’ai eu une idée étincelante – que n’eût certainement pas reniée Jean Moulin – pour protéger nos véritables identités, et ainsi éviter que notre réseau nouveau-né soit démantelé en cas de pépin.

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Philip Val, agent fédéral satirique (1)

23 septembre 2008
légende

Je n'ai que 24 heures pour faire rendre gorge à Saddam Halimi. Ce prédicateur halluciné de la critique fondamentaliste des médias menace de parachuter sur Los Angeles des pâtisseries orientales renfermant les versets sataniques de Pierre Bourdieu…

Mon nom est Philip Val et je suis agent fédéral satirique.

Un déluge d’emmerdes s’est abattu sur le Pays des hommes intègres.

Un terroriste octogénaire a pris possession des studios de CNN et menace de diffuser à la planète entière une apologie télévisuelle du conspirationnisme. Des talibans exercent un chantage au couscous sur la gastronomie américaine. Mon fils adoptif, Bernard-Henri-Lévy Val, fait l’objet d’une fatwa anonyme puis disparaît mystérieusement. Et au sein de ma propre unité, le commando Turbigo, des traîtres non identifiés semblent avoir partie liée avec l’ennemi.

Pour espérer sauver l’Occident, je dois passer 24 heures sans dormir, ni boire de café, ni aller faire caca.

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Ma promo sur Fox News

15 septembre 2008
    Pour Daniel Leconte comme pour moi, la montée des marches, à Cannes, demeure un moment inoubliable…

Pour Daniel Leconte comme pour moi, la montée des marches, à Cannes, demeurera un moment inoubliable…

Fox News : Philippe Val, pouvez-vous vous présenter à l’intention de ceux de nos téléspectateurs qui ne vous admireraient pas encore?

Moi : Eh bien, ce n’est pas évident car j’ai eu une vie bien remplie. Je préfère renvoyer vos téléspectateurs à la biographie que Jean Lacouture m’a consacrée: Le Destin d’un petit chef, traduite aux États-Unis par les Éditions White House sous le titre Sir! Yes Sir!

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J’ai fait un rêve médiéval (3)

4 septembre 2008
“Je veux bien vous prêter mon exemplaire d'Oriana Falacci, Frère Philippe, mais n'oubliez pas de me le rendre avant de quitter l'abbaye, m'a glissé le Vénérable Alain (ci-dessus). Dans la nuit noire de ma cécité philosophique, c'est un peu ma canne blanche…”

“Je veux bien vous prêter mon exemplaire d'Oriana Falacci, Frère Philippe, mais n'oubliez pas de me le rendre, m'a glissé le Vénérable Alain (ci-dessus). Dans la nuit noire de ma cécité philosophique, c'est un peu ma canne blanche…”

Relevant nos robes, nous fonçâmes, à travers la cour de l’abbaye, vers le local où gisait le corps, poilu mais sans vie, de Petit Frère Zemmour. Son cadavre, atrocement mutilé, avait été pendu par les pieds au-dessus d’une cuve de vernis à ongle dans laquelle trempait sa tête de linotte. Face à ce triste spectacle, l’abbé de Hollande soupira:

– C’est certainement l’œuvre du Malin. Quel chrétien aurait pu décemment faire subir ces outrages à Petit Frère Zemmour, cet apôtre de la tolérance qu’on aurait cru tout droit sorti de la Cène? Toute sa vie, il l’a passée à alerter ses contemporains des dangers d’une illusoire modernité et des vices tapis dans les bourrelets obscènes du métissage. Tour à tour pourfendeur des femmes, ces bougresses qui réfléchissent avec leur fondement, des Sarrasins, ces égorgeurs de chrétiens patentés, des invertis, ces créatures habitées par Belzébuth, des gueux, ces inutiles qui réclament plus que le peu qu’ils ont et qui est déjà trop bien pour eux, oui, contempteur lucide de tous les rebuts qui fourmillent en ce bas Moyen Âge et dont les descendants coloniseront un jour l’Internet, Petit Frère Zemmour était le plus digne – et le plus poilu – serviteur du Christ parmi nous!

De mon côté, je récusais intérieurement cette analyse. La Raison me soufflait que Petit Frère Zemmour avait plus probablement décidé de mettre fin à ses jours, même si la méthode qu’il avait choisie témoignait d’une singulière détermination. Soucieux de tordre le cou à la superstition, berceau de tous les intégrismes, je priai Messer l’abbé de m’autoriser à mener l’enquête auprès des moines. Il accepta d’autant plus volontiers ma proposition qu’il craignait que Bernardo Lévi, un nouvel inquisiteur aux sentences particulièrement redoutées, ne soit dépêché depuis Avignon pour défier le serial monk killer satanique qui, à l’en croire, officiait en ces murs.

Chemin faisant, j’allais faire la connaissance de Frère Alexei d’Adlevaragine. Un drôle de moine, celui-là ! Dans sa jeunesse, il avait embrassé avec fougue les théories du prédicateur moustachu Stalinus: et que je te proclame la lutte des classes! et que je te collectivise les moyens de production! et que je te Comecon l’Église d’Orient! et que je te déporte dans les Ardennes les érudits déviationnistes! Et puis, au fur et à mesure que son tour de taille avait pris de l’envergure, sa vision du monde s’était complexifiée, et Frère Alexei était peu à peu devenu l’un des experts en stratégie militaire les plus écoutés de toute la Chrétienté. Le Roi avait même été jusqu’à décorer cet ancien agitateur staliniscain de l’Ordre de la Maison-Blanche.

Frère Alexei était assisté par un moine un peu demeuré, lui aussi ancien staliniscain repenti, Frère Dominique, qui se faisait appeler “le Comte d’Arte” mais que tout le monde appelait Duconte. Il s’exprimait dans un esperanto aléatoire où ce simplet mixait sans les comprendre toutes les âneries entendues sur la place des villages alentour, depuis Foksnyouse jusqu’à Ouachingue Thone-Poste en passant par Lautan ou La Scie-Hayet.

En fin d’après-midi, j’ai pu enfin être présenté au Vénérable Alain (aka Frère Kinkielfraut). Aveugle et sourd, ce moine soldat âgé d’une soixantaine d’années mais qui en paraît quatre-vingt-seize est un peu l’âme, la mémoire et le gardien de l’abbaye. Autodidacte surdoué, il s’est imposé comme l’un des plus brillants entomologistes de toute la Chrétienté, grâce notamment à ses travaux révolutionnaires sur la ligature des trompes chez la Scathophaga stercoraria, tout en posant les bases de la biologie médiévale à travers sa Classification des races humaines, depuis le barbare mahométan jusqu’au gentilhomme éclairé de Noilly-sur-Saône.

Un type un peu inquiétant tout de même, ce Vénérable Alain. La mine lugubre, le teint verdâtre, l’œil halluciné quoique voilé par la cécité, la main fouettant l’air au gré de ses admonestations, il engueule la terre entière à longueur de journées et prédit l’apocalypse dès qu’une poule s’apprête à pondre! Il m’a un peu foutu les jetons en me révélant que les jeunes générations de moines seraient en fait composées de démons venus des enfers pour nous accoutumer aux Rhap (des ménestrels sodomites qui vouent un culte païen à Mercedes, la déesse de la vitesse), infiltrer des sarrasins dans nos équipes de jeu de paume et sacrifier notre chère belle langue au culte maléfique de Hessémesse, la déesse de la mobilité – car, selon lui, le destin de la civilisation est lié a celui de la langue

Mais le pire danger, selon le Vénérable Alain, résiderait dans les livres, dans la mesure où une immense majorité d’entre eux sont écrits par des hérétiques. Aussi préconise-t-il de brûler les ouvrages sacrilèges, afin de permettre aux pauvres de se chauffer cet hiver – preuve magistrale de son grand cœur! –, et de jeter leurs auteurs au bûcher, histoire de faire un exemple – car Alain est également un pédagogue de renom. J’ai énormément appris au cours de cet entretien, qui m’a bien guéri de ma candeur franciscaine.

Bon, je vous passe les détails de mes autres interrogatoires, ainsi que les copulations nocturnes du jeune Cabu avec une sauvageonne des cités, la visite de quelques gras prélats envoyés par le Pape pour trancher une sombre controverse relative à l’ISF, la mort de Frère Ardisson, retrouvé dans les toilettes publiques de l’abbaye avec un énorme godemiché enfoncé dans la gorge – ce qui n’est que justice, au terme d’une vie passée à dévergonder le service public de notre mère l’Église –, les chasses aux sorcières de Bernardo Lévi à travers la région… C’est pas parce que c’est un rêve qu’on va y passer la nuit non plus.

Je vous abandonne donc, le temps d’une page de réclame, avant de vous relater, dans le quatrième et dernier volet de cette superproduction onirique, le dénouement sordide de ce cauchemar qui m’a fait me réveiller en hurlant, le cœur battant, les draps mouillés de sueur et d’urine, comme aux pires heures de ma déportation en pensionnat…

(à suivre)

J’ai fait un rêve médiéval (2)

1 septembre 2008
“l'Enluminé".

Moine contemplatif ayant dû fuir Constantinople en raison des fatwas ottomanes qui réclamaient son éviscération, adorateur fervent de saint Nicolas, le saint patron des écoliers, Petit Frère Zemmour était l'un des enlumineurs d'actualités les plus réputés de tout le bas Moyen Âge. Il en tirait d'ailleurs son surnom: “l'Enluminé”.

Le lendemain matin, après la messe de 4 heures, Cabu et moi partîmes à la découverte de l’abbaye. Ce lieu était réputé pour la munificence de sa bibliothèque, laquelle réunissait les éditions originales des plus brillants ouvrages jamais parus dans toute la Chrétienté.

La légende prétendait même qu’une salle était entièrement consacrée aux œuvres complètes de Frère Duhamel, le flatteur des princes, un exégète tellement prolixe qu’il lui fallait moins de temps pour pondre un livre qu’il n’en fallait à son âne pour déféquer.

Les ouvrages pieux de sainte Oriana ou de l’abbesse Caroline y voisinaient avec les classiques de la Grèce et de la Rome antique: Poivredarvor, Jandaniel, Barbier le jeune, Clodimbert…

Avide de goûter ces nourritures célestes, je devais pourtant me heurter aux lubies perverses du moine qui, tel un cerbère contre-nature, gardait l’entrée de cet Éden de l’érudition. Il s’agissait de Frère Ardisson, le sodomite à lunettes noires que j’avais entendu se mortifier la veille au soir. Alors que je m’élançais vers la porte de la bibliothèque, il m’en bloqua l’accès et exigea que je réponde à une énigme si je voulais poursuivre mon chemin. J’acquiesçai malgré moi.

– Est-ce que sucer c’est tromper ? me questionna-t-il.

J’avais beau retourner ma mémoire en tous sens, comme on le fait d’une pièce, je ne parvenais à trouver la réponse ni dans les Évangiles ni dans la philosophie aristotélicienne. Aussi préférai-je, momentanément, rebrousser chemin. La solution de cette énigme devait probablement se nicher dans quelque ouvrage profane dont je n’étais pas familier.

Plus tard dans la matinée, lors de la collation,  je retrouvai l’ensemble de la communauté autour d’un en-cas frugal concocté par Frère Lipp: soufflé de chevreuil à la marmelade de truffes, civet de sanglier et sa purée printanière, tête de veau aux quenelles de morilles, espadon à la mode de Caen, pudding aux rognons de pigeonneau et pieds de cochon, assortiment de fromages de la Chrétienté, fondant aux trois cacaos dans son coulis de pétales de rose tièdes, sorbet papaye-nougat, macarons, capuccino… Le tout arrosé d’excellents crus et d’une eau de vie à vous réveiller Frère Cavanna pendant la messe.

En l’absence de Frère Sevran, c’est le jeune Cabu de Melk qui fut désigné par les moines pour égayer la fin du repas par quelques chants. Un peu éméché, il entonna les premières paroles du Gorille, un hymne cathare, et je dus lui administrer un grand coup de pied dans les tibias pour l’obliger à revenir à un répertoire plus convenable dans une abbaye – ce novice hérétique me donne décidément du fil à retordre; encore une comme ça et je le renvoie à sa mère! Il entama alors un cantique que cette dernière avait composé dans sa jeunesse suite à une apparition de la Vierge: Ouh la menteuse!, ce qui plongea notre tablée dans une mystique ébullition.

C’est alors qu’un cri terrifiant retentit, qui me fit recracher ma dernière bouchée de fondant aux trois cacaos dans la frimousse impassible de l’abbé de Hollande. Un moine s’approcha du maître des lieux, tandis que celui-ci essuyait les traces de coulis perlant sur son front, pour lui glisser à l’oreille quelques mots que couvrirent les ronflements de Frère Alexei, assis à côté de moi et qui avait commencé à somnoler. Les sourcils contrariés, la bouche pincée, Messer l’abbé se leva lentement pour annoncer à tous l’affreuse nouvelle:

– Mes biens chers frères, Dieu nous envoie une nouvelle épreuve: Il vient de rappeler à Lui Petit Frère Zemmour, notre Enluminé bien-aimé…

(à suivre…)

Le Phénix de Turbigo

13 août 2008
Comme le Phénix, Philippe Val est un oiseau fabuleux, doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé sous l'effet de sa propre chaleur.

Comme le Phénix, Philippe Val est un oiseau fabuleux, doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé sous l'effet de sa propre chaleur.

À peine était-il venu au monde dans une étable de Bethléem que ce blog s’autodétruisait, provoquant la stupeur attristée des centaines de milliers d’internautes qui venaient quotidiennement y faire le plein de philosophie. À l’idée que je me sois fait hara kiri, les pires supputations se sont mises à fleurir sur la toile d’araignée: avais-je été kidnappé par les Farc, menacé par le Hamas, piraté par les Chinois, assassiné par Al Qaida, embauché à la Maison-Blanche?…

Rien de tout ça, je vous rassure. Je me suis simplement emmêlé dans les onglets de mon butineur – vous savez qu’Internet et moi, c’est un mariage de raison plus que de passion. Alors que je m’étouffais de rage devant la page d’accueil du blog de Siné, je suis repassé malencontreusement sur l’interface de mon blog, où j’ai vu un sympathique bouton sur lequel était inscrit “Supprimez le blog”. Croyant bien faire, espérant épurer l’Internet du remugle bachir-el-assadiste dégagé par l’ex-collabo de Charlie, j’ai appuyé sur le bouton, et pshhhit: c’est en fait mon propre blog qui a disparu!

Je n’avais pas besoin de cette nouvelle épreuve pour entamer une cure d’antidépresseurs. Meurtri comme un bébé phoque, j’ai préféré quitter la France pour me réfugier à Baden-Baden auprès du général Alexei.

Depuis mon exil, j’ai provisoirement trouvé refuge chez un sympathique éditeur sensible à la profondeur de mes pensées et au délice de mes concepts. Là, j’ai pu rassurer les millions d’internautes orphelins qui pleuraient ma disparition.

Tel le Phénix, je renais aujourd’hui de mes cendres. Et j’aime autant vous prévenir que ce que vous avez lu sur feu mon premier blog n’était qu’un hors d’œuvre. Comme je le dis souvent à mes troupes pendant les réunions de rédaction de Charlie: on n’est pas là pour rigoler!

On a quand même une guerre à préparer et une civilisation à sauver.

Mon Golgotha

13 août 2008
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?

D’abord, j’ai cru que je faisais un cauchemar.

J’ai voulu me pincer, mais comme je suis très douillet j’ai préféré pincer le bras de ma femme.

— T’es con! Tu m’as fait mal, qu’est-ce qui te prends? m’a-t-elle incendié.

Hagard, je me suis approché de la fenêtre, tel un somnambule. Le regard perdu dans le massif du Vercors, où tant de résistants avant moi ont payé de leur vie leur engagement pour la liberté, je suis demeuré muet pendant dix bonnes minutes. Dans ma main, je serrais un poignard ensanglanté: l’édition du jour du quotidien Libération.

Quand ma femme est revenue de la cuisine avec le café, j’ai pensé un moment m’immoler en versant le contenu brûlant de la cafetière sur mon corps déjà endolori. Mais comme je suis douillet, j’ai préféré ébouillanter mon chat. Il a détalé en poussant un miaulement strident, pendant que ma femme y allait, elle aussi, de son hurlement.

— Mais t’es devenu dingue! Ça ne te réussit pas de fréquenter les éditorialistes du Figaro

Je l’ai giflée avant qu’elle se mette à proférer des insanités antisémites. Puis je lui ai tendu l’arme du crime.

— Lis ça, au lieu de dire des conneries ! Et puis ça aussi ! Ah, les salauds! Les chiens puants! Les fascistes! Ils m’ont trahiiiiiiiii!

J’étais en larmes, replié sur moi même comme un fœtus fragile, hoquetant ma détresse. Après avoir lu la quatrième de couverture du nouveau Je suis partout, ma femme a cru me consoler en disant:

— Ben quoi, il est marrant ce portrait de Siné. Pourquoi ça te met dans tous tes états?

J’ai hésité à lui planter le poignard ensanglanté en plein cœur, mais comme c’était un journal je me suis repris et suis parti m’enfermer dans mon bureau. Trahi par mes amis et jusque dans mon propre foyer, sali et menacé de mort par les kamikazes du Hezbollah, je gravissais à mon tour le Golgotha.

Pour la seconde fois de la journée j’ai songé à en finir. Ressortant du bureau, j’ai monté quatre à quatre les escaliers menant à la salle de bains. Là, j’ai saisi la boîte de Doliprane: il restait quatre cachets. Je suis ensuite redescendu à la cuisine et me suis approché du frigo. Reprenant mon souffle, je me suis emparé d’une Tourtel. Puis, sans faire de bruit, je suis retourné dans mon bureau pour mettre fin à mes jours. J’ai englouti les Doliprane et avalé cul-sec la Tourtel.

Songeant à Guy Moquet, j’ai alors commencé à écrire une lettre qui me garantirait la postérité. Mais l’alcool embuait mon esprit et j’avais beaucoup de mal à m’écarter de l’original.

Mon petit Bernard chéri,
mon tout petit Ivan adoré,
mon gros Alexei aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier mon petit Bernard, c’est d’être courageux. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Christine. J’ai embrassé mes deux frères, Charb et Oncle Bernard. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !

J’espère que toutes mes chroniques de France Inter vous seront renvoyées, elles pourront servir à Caroline, qui, je l’escompte, sera fière de les publier un jour chez Grasset. À toi, mon gros Alexei, si je t’ai fait, ainsi qu’à mon petit Bernard, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à Cabu que j’aime beaucoup. Qu’il caricature bien les Arabes pour être plus tard un homme.

Cinquante-six ans, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Robert Redecker, Flemming Rose. Bernard, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageux et de surmonter ta peine.

Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi Bernard, Caroline, Alexei, je vous embrasse de tout mon cœur de meilleur éditorialiste de France. Courage !

Votre Philippe qui vous aime.

C’était tellement beau que j’ai pleuré pendant trois bonne minutes. Laissant la lettre en évidence sur le bureau, je me suis allongé sur le canapé en cuir pleine fleur pour y attendre la mort.

C’est alors que le téléphone a sonné. J’ai hésité à répondre; rien n’avait plus d’importance désormais. Mais la sonnerie se faisait insistante. J’ai tenté de me relever, mais les effets conjugués du Doliprane et de la Tourtel ralentissaient mes mouvements. Quand j’ai pu enfin saisir le combiné, je ne suis même pas parvenu à dire “Allô”. À l’autre bout du fil, j’ai reconnu la voix de Laurent, mon ex-ami barbichu.

— Allô Philippe? C’est Laurent. Bon, écoute, je sais que tu dois être en colère, hein… mmmh… mais je n’y suis pour rien, je te promets. Je viens d’apprendre l’affreuse nouvelle, mais je suis en vacances dans le Lubéron, chez Jack, mmmh. Comme il n’a pas l’Internet et qu’il est abonné au Figaro, je n’ai même pas pu lire les articles.

D’une voix d’outre-tombe, j’ai rugi:

— Tu quoque mi filiiiiii!

Puis tremblant de colère, j’ai poursuivi:

Dies iræ, dies illa,
Solvet sæclum in favilla,
Teste David cum Sibylla !

À l’autre bout du fil, il y eut un long silence. Puis, de sa petite voix tremblotante, enchaînant les borborygmes, Laurent s’est risqué à reprendre la parole.

— Mmm, euh, Philippe? Ça va? Euuh, tu as l’air souffrant, hein, on dirait que t’as de la fièvre, mmmh. Bon, hein, tu sais, chaque été… mmmmh… c’est le même cirque à Libé quand je pars en vacances, hein: dès que j’ai passé le coin de la rue Béranger, les journalistes publient n’importe quoi, surtout s’ils savent que ça va m’énerver. Je te jure, hein, bon… mmmmh… sur la tête de Carla Bruni-Sarkozy… mmmh… que je n’étais pas au courant. Philippe? T’es là, hein?

Au prix d’un effort surhumain, je suis parvenu à articuler quelques phrases:

— Hier Le Monde m’assassinait. Ce matin, c’est Libé qui piétine mon cadavre. Ce 30 juillet devait être un jour de fête, celui où Le Monde publierait la pétition de soutien de mes amis de gauche. Eh bien, c’est en fait un jour de deuil. Et je pèse mes mots!

— Philippe… mmmmh, qu’est-ce que tu racontes, là, hein? Tu vas quand même pas faire une connerie? Pense à tes chats! Pense aux auditeurs de France Inter! Tu ne voudrais quand même pas rater la guerre contre l’Iran, hein, bon?

— Laurent, promets-moi que les criminels seront châtiés impitoyablement! Je veux leur tête sur un plateau de thé à la menthe, avec leurs couilles en ornement!

— Écoute mmmmh Philippe, je te promets que je vais faire ce que je peux, hein, pour muter Favereau au service “Sports”… mmmmhh. Non, plutôt à la rubrique “Mode”, hein, au sport il serait capable de nous faire des papiers sur le dopage pendant les JO, bon… mmmhh. Je vais d’abord essayer de trouver un exemplaire de Libé pour lire ce tissu de saloperies, hein, mais tu sais, dans ce coin du Lubéron y a que deux exemplaires pour dix mille habitants… mmmmhhh. Bon, je te tiens au courant…

La mort tardait à venir à ma rencontre. Alors j’ai décidé de vivre et de faire face aux hyènes. J’ai appelé Charb à la rédaction, mais on m’a dit qu’il venait d’être placé en cure de sommeil par la médecine du travail. Caroline, elle, était sur messagerie. J’étais désormais seul face à la calomnie. Ma valise n’était pas encore défaite, je l’ai empoignée et j’ai dit au chauffeur qu’on rentrait dans la capitale. Pour me donner du courage, j’ai entonné ce chant de combat:

— Les loups ouh ouououh! Les loups sont entrés dans Paris…

À l’intention de ma femme, qui me regardait d’un air incrédule, j’ai poursuivi:

— Cessez de rire, charmante Elvire, les loups ont envahi Paris!

Dans le 4×4, le cœur gonflé d’effroi, j’ai marmonné une prière que je n’avais plus récité depuis mes années de catéchisme. La Prière du Juste persécuté:

Éternel, écoute la justice, sois attentif à mes cris! Prête l’oreille à ma prière: elle vient de lèvres sincères! Que mon droit paraisse devant toi, que tes yeux voient où est l’intégrité!

Tu examines mon cœur, tu le visites la nuit, tu me mets à l’épreuve, et tu ne trouves rien: ma pensée n’est pas différente de ce qui sort de ma bouche. J’ai vu les actions des hommes, mais je reste fidèle à la parole de tes lèvres et je me tiens en garde contre la voie des violents; mes pas sont fermes dans tes sentiers, mes pieds ne trébuchent pas. Je fais appel à toi car tu m’exauces, ô Dieu. Penche l’oreille vers moi, écoute ma parole! […]

Lève-toi, Éternel, marche à leur rencontre, renverse-les, délivre-moi des méchants par ton épée! Délivre-moi des hommes par ta main, Éternel, des hommes de ce monde! Leur part est dans cette vie, et tu remplis leur ventre de tes biens; leurs enfants sont rassasiés, et ils laissent leur superflu à leurs petits-enfants. Quant à moi, couvert de justice, je te verrai; dès le réveil, je me rassasierai de ton image.

L’athéisme et un luxe que seuls peuvent se permettre ceux qui n’ont jamais traversé  d’épreuves. Quand on est seul face à la barbarie, il n’est que Dieu vers qui se tourner. Ma décision était prise et elle était irrévocable. Dès mon arrivée au bureau, j’afficherais dans les couloirs de Charlie une circulaire dépoussiérant la charte du journal. Désormais, tout propos ou dessin blasphématoire vaudrait à son auteur un licenciement pour faute.

Faudrait quand même pas pousser trop loin le bouchon de la satire.

Avec le Crif, interdisons Internet

6 août 2008
Non seulement les internautes sont antisémites, mais en plus ils ne se brossent pas les dents, dénonce le Crif.

Non seulement les internautes sont antisémites, mais en plus ils ne se brossent pas les dents, dénonce le Crif.

Tout à l’heure, en plein bouclage, j’ai reçu un SMS d’Alexei: “Le Crif vient de publier un communiqué pour te soutenir. Mazel Tov!”

J’étais tellement bouleversé de lire ça que j’en ai renversé ma chope de Badoit sur un dessin super drôle de Cabu, pressenti pour la une de mercredi, où on voit Tariq Ramadan et Jean-Marc Rouillan tailler une pipe à Olivier Besancenot.

Sans même prendre le temps de m’excuser, j’ai couru comme un fou vers mon ordinateur pour voir si je trouvais la trace de cette grande nouvelle sur Glougheul Actualités – à la grande surprise des copains de la rédaction, qui ne m’avaient jamais vu, en quinze ans, me connecter au Ouèbe.

Au moment d’appuyer sur la touche “Rechercher”, j’avoue que mon cœur battait la chamade.

Hosanna ! Alexei avait dit vrai. Même les benlado-trotskistes de Nouvelobs.com, dont ma collègue Caroline m’a affirmé ce week-end qu’ils ne faisaient rien qu’à jeter de l’huile antisémite sur mon feu de camp républicain depuis le début de l’affaire, n’avaient pas d’autre choix que de répercuter la nouvelle: “Affaire Siné: le Crif apporte son soutien à Val”.

Rendu audacieux par cette nouvelle enthousiasmante, je suis parti – seul – à la recherche du site Internet du Conseil représentatif des institutions juives de France. Je l’ai localisé à force de patients efforts, et là, j’ai cliqué sur la rubrique “Communiqués”. En tête de liste figurait ce vibrant hommage à moi-même. J’étais un peu déçu que ça ne soit pas plus long, mais qu’est-ce que vous voulez, en plein milieu des grandes vacances j’imagine qu’ils n’ont que des stagiaires sous-payés pour faire le boulot, comme à Charlie.

Du coup, je ne résiste pas à vous faire – comme disent les jeunes – un copier-coller (c’est Riss, qui s’y connaît en ordinateurs, qui m’a montré):

Le CRIF soutient Philippe Val

Le CRIF apporte son soutien à Philippe Val, qui a sanctionné Siné à la suite de son dérapage à propos de la fausse nouvelle de la conversion de Jean Sarkozy au judaïsme.
Le CRIF tient à affirmer sa solidarité avec le directeur de Charlie Hebdo dont la décision fait l’objet d’une véritable campagne de haine.
Le CRIF rappelle que ce n’est pas la première fois que Siné commet de tels dérapages.

Comme dirait Ivan, ite missa est!
J’étais si heureux de voir une nouvelle organisation progressiste s’ajouter à la liste déjà longue de mes soutiens de gauche que je suis resté un moment, songeur, à naviguer sur leur site. J’ai été bien inspiré car je me suis découvert avec le Crif bien d’autres points en commun que la chasse aux sorcières et la lutte contre le communautarisme. Si j’avais su ce que j’allais découvrir, d’ailleurs, je crois que j’aurais un peu attendu avant de poster mon billet de ce matin. Figurez-vous que le Crif vient de publier une étude qui montre qu’Internet est un repaire de nazis du Ku Klux Klan. Comme vous le savez, j’avais alerté les lecteurs de Charlie sur cette ignominie qu’est le Ouèbe dès 2001, ce qui était d’autant plus remarquable qu’à cette date je ne m’en étais servi qu’une seule fois, pour réserver un billet de TGV en l’absence de ma secrétaire. Voici ce que j’écrivais à l’époque:

Qui est prêt à dépenser de l’argent à fonds perdus pour avoir son petit site personnel ? Des tarés, des maniaques, des fanatiques, des mégalomanes, des paranoïaques, des nazis, des délateurs qui trouvent là un moyen de diffuser mondialement leurs délires, ou leur haine, ou leurs obsessions.

Malheureusement, je n’avais pas été entendu lorsqu’il était encore temps. La cyber-Kommandantur a désormais pignon sur rue! Lisez vous-mêmes le résumé de cette enquête inquiétante:

Le texte de Laurent Duguet publié pour ce treizième numéro des Études du CRIF est important parce qu’il énumère consciencieusement ce qu’en l’état nous pourrions appeler un tout-à-l’égout, où tout peut s’écouler. Il faut en effet surfer sur le Net pour comprendre ce qu’il en est. On y trouve les brûlots du Ku Klux Klan, des manuels de la S.S., les Protocoles des Sages de Sion, des opuscules néonazies (sic), toute la propagande falsificatrice des négationnistes, des milliers de livres racistes et antisémites, de longues diatribes et des appels au meurtre contre les Juifs et d’autres minorités, des éléments justifiant le recours au Djihad et à la violence contre les « mécréants », toutes les images, tous les textes qui bafouent la dignité humaine et tous les commerces qui crachent sur nos tombes et foulent au pied les droits de l’homme.

Ça m’a fait froid dans le dos. Mais que fait la police? me suis-je demandé, en mon for intérieur. Eh bien, la police préfère verbaliser les automobilistes qui roulent trop vite, au mépris de la liberté individuelle. Et le Crif est bien obligé de nous préparer à la seule solution digne de ce nom, face à un tel danger: interdire Internet.

Il est donc temps d’affirmer haut et fort qu’il vient un moment où le nécessaire respect de la liberté d’expression se heurte à la non moins nécessaire protection des personnes visées par les menaces et les violences racistes proférées. Et, tout comme dans le monde réel, le monde virtuel ne doit pas être le refuge de toutes les provocations qui bafouent constamment la nature humaine.

Il faut donc rappeler que, si dans les pays occidentaux, la liberté d’expression est un droit constitutionnel, les instances judiciaires les plus élevées de nombreux pays européens estiment que les dispositions interdisant l’incitation à la haine raciale et à la diffusion de propos racistes et antisémites constituent des restrictions raisonnables et nécessaires.

Comme on ne peut pas passer son temps à poursuivre en justice tous les négationnistes et jihadistes qui veulent remettre Hitler sur le trône, je crois que l’interdiction pure et simple de cet outil forgé par Belzébuth serait une mesure de salubrité publique que n’eût pas reniée Voltaire. Je viens d’ailleurs d’appeler Caroline pour lui suggérer de rédiger le texte d’une pétition à son retour de vacances.

J’ai téléchargé le rapport, je vous tiendrai au courant quand je l’aurai fini, mais en le feuilletant j’ai aperçu la sinistre bobine du vil Ahmadinejad, ce qui me fait dire qu’Alexei a mis dans le mille et  que l’interdiction du Ouèbe ne suffira pas: les vrais démocrates que nous sommes devront aussi prendre leurs responsabilités en rasant l’Iran de la carte.

Pour qu’enfin règnent la paix et la concorde entre les hommes…