Posts Tagged ‘acrimed’

Le tautologisme me sert de prêt-à-penser

12 avril 2015

freud— Alors, c’est grave Docteur?

— …

— Répondez quelque chose… vous m’inquiétez, là!

— À votre avis?

— Mais je ne sais pas, moi! Si je le savais, je ne serais pas venu dilapider les dividendes de Charlie Hebdo sur votre divan!

— Pourquoi, selon vous, êtes-vous devenu la risée des réseaux sociaux depuis que vous avez débuté la promotion de ce livre? (more…)

Philip Val, agent fédéral satirique (1)

23 septembre 2008
légende

Je n'ai que 24 heures pour faire rendre gorge à Saddam Halimi. Ce prédicateur halluciné de la critique fondamentaliste des médias menace de parachuter sur Los Angeles des pâtisseries orientales renfermant les versets sataniques de Pierre Bourdieu…

Mon nom est Philip Val et je suis agent fédéral satirique.

Un déluge d’emmerdes s’est abattu sur le Pays des hommes intègres.

Un terroriste octogénaire a pris possession des studios de CNN et menace de diffuser à la planète entière une apologie télévisuelle du conspirationnisme. Des talibans exercent un chantage au couscous sur la gastronomie américaine. Mon fils adoptif, Bernard-Henri-Lévy Val, fait l’objet d’une fatwa anonyme puis disparaît mystérieusement. Et au sein de ma propre unité, le commando Turbigo, des traîtres non identifiés semblent avoir partie liée avec l’ennemi.

Pour espérer sauver l’Occident, je dois passer 24 heures sans dormir, ni boire de café, ni aller faire caca.

(more…)

Les trente deniers de Charb

8 septembre 2008
légende

En juillet, en pleine affaire Siné, Charb avait désavoué son vieil ami antisémite pour se rallier à ma pétition collective personnelle exigeant son départ de “Charlie”. Je l'entends encore me jurer éternelle fidélité. Ci-dessus, à la fin d'une conférence de rédaction, il se précipite pour me donner le baiser de la soumission. Que ne me suis-je méfié de ce Judas à lunettes!

Ce matin, c’est un coup de fil de Riss, affolé, qui m’a tiré du lit:

– Philippe, ça craint. T’es sûr que c’était une bonne idée d’emplafonner à nouveau Internet dans ta chronique sur France Inter, vendredi? Parce que d’après ce que je vois sur Gougueule, à côté du pilonnage qui se prépare contre nous, le bombardement de Dresde ressemblait à une gentille averse de printemps…

– Mmmhhh ? Tu veux dire que ces cyber-faquins n’ont pas eu leur dose? Ils remuent encore? Attends que je leur règle leur compte sur i>Télé!

– Ben tu vois, j’ai comme un doute: c’est plus de l’huile que tu jettes sur le feu, là, c’est du kérosène. Et si tu calmais le jeu pendant quelques semaines? Je sais pas, moi, tu pourrais revenir à des sujets plus légers, comme les imams qui ont infiltré la cour d’assises de Rennes pour imposer aux jurés de faire le Ramadan. Caroline m’a d’ailleurs envoyé un mail pour me dire qu’elle tenait un gros scoop là-dessus: il paraît qu’en fait le père de l’enfant de Rachida Dati serait Frère Tariq! Les femmes magistrats devront bientôt rendre la justice en burqa et la lapidation sera introduite dans le code pénal au début de l’année prochaine…

– Écoute Riss, il y a des choses avec lesquelles ont ne peut pas transiger. Ce n’est pas à toi, mon fils spirituel, mon Petit Scarabée, que j’apprendrai que le XXIe siècle est soumis à trois grands périls: les Arabes, l’extrême gauche et l’Internet. Je dois me battre contre cette hydre à trois têtes, quel qu’en soit le prix. Comment crois-tu que j’intègrerai un jour l’Académie française, si je ne me montre pas digne de la mémoire de Jean-François Revel, qui m’a tout appris?

– C’est toi le chef, Philippe: c’est toi qui décides. Mais je voulais aussi te prévenir qu’il y a un truc qui risque de t’énerver un peu…

– Que veux-tu dire ? Je croyais que Siné Hebdo avait décidé de ne pas parler de moi?

– Non, non, c’est pas Siné… C’est… heuuu, comment dire… Acrimed…

– Vade retro ! Ne prononce jamais ce nom-là devant moi! Tu sais bien qu’il fait partie des mots interdits, avec Halimi, Bourdieu, Mermet et quelques autres dont j’ai affiché la liste dans les couloirs du journal!

– Excuse-moi, Philippe, mais j’ai vraiment pas le choix. Ce matin… heuuu… l’association de critique des médias dont on ne peut pas dire le nom a publié “Une histoire de Charlie Hebdo”. Un article dégueulasse, écrit par… euuhhh, enfin par un type tout aussi dégueulasse dont on ne peut pas non plus dire le nom… Il y a des dates, des faits, des citations, bref: ça rappelle la presse des années 1930 et son cortège de dénonciations antijuives…

– Riss, je suis au siècle naissant ce que le capitaine Dreyfus fut au XIXe siècle finissant. Ils peuvent bien me calomnier, me déporter, Alexei et Bernard doivent déjà être en train rédiger leur J’accuse en ma faveur!

– Je n’en doute pas, Philippe, mais il faut que tu saches qu’il y a dans cet article une vidéo qui risque de te mettre hors de toi… Je ne sais pas trop comment t’en parler, mais enfin, heuuu…

– Quoi ? Que veux-tu dire ? François Bayrou a-t-il annoncé qu’il se désabonnait de Charlie?

– Non, c’est pas vraiment ça. Disons qu’il y a un de nos collaborateurs, enfin, pour être précis, un de nos rédacteurs en chef qui… qui… qui… qui dit que… enfin, euuuh…

– Qui dit quoi?

– Qui dit que s’il lançait un journal, tu ne travaillerais pas dedans…

– Je n’entends rien, parle plus fort!

– Il dit que Val est tellement atypique dans Charlie Hebdo… c’est lui le directeur et c’est lui qui ressemble le moins au journal. […] Si j’étais directeur d’un journal et si j’avais les moyens de faire un journal, il n’y aurait pas Val dans le journal. En tout cas, ce qu’il exprime dans le journal, ça n’existerait pas.” Voilà ce qu’il dit exactement, Philippe… Bon, ben, dis donc, l’heure tourne. Je vais devoir aller déposer les enfants à l’école, hein, on se parle plus tard…

– QUI ? Qui est le fils d’ayatollah qui a déclaré ça?

– Tu es sûr que tu ne m’engueuleras pas si je te le dis?

– Son nom! Je veux son nom! VITE!

– C’est… Frère Charb…

– Comment! Ai-je bien ouï? Frère Charb, dis-tu? Pas notre Frère Charb à nous, quand même? Tu veux sans doute parler d’un homonyme?

– Heuuu… ben, non… je parle bien du nôtre. M’enfin rassure-toi, il a pas dit ça au jité de France 2: c’était au Festival de Groland, en 2007. Va sur Dailymotion et tape: Charb + Acrimed, tu verras…

– …

– Philippe ? Ça va ? Tu te sens bien ? C’est quoi ces hurlements lugubres que j’entends derrière toi? T’as adopté un loup chez Luce Lapin ou quoi?

– Riss, mon petit Riss, je crois bien que la France compte un chômeur de plus ce matin. Mais cet Iscariote-là a intérêt à profiter de ses trente deniers car il n’aura même pas le temps d’aller au bout de son délai de carence avant de voir sa mort en face. Son cadavre pourrira bientôt dans une fosse commune du cimetière de Damas, j’en fais le serment.

– Tu veux dire que…

– Ah, il va l’avoir sa fatwa, notre Frère Tuck! Il va savoir ce qu’il en coûte de provoquer mon courroux. Appelle Caroline et Cabu: réunion de crise à 13h30 chez Lipp.

(bip bip bip)

Je le savais ! Oui, je savais bien que les traîtres et les crétins, pour une fois réunis, s’étaient infiltrés dans les colonnes de mon bel hebdomadaire, et même jusque sous mon lit.

Charb, infâme collabo! Félon! Infidèle! Renégat! Tu es aussi perfide et sournois qu’un Frère musulman!

Je t’ai tout donné, sans méfiance. Je t’avais même inscrit, sur mon testament philosophique, parmi mes principaux héritiers, aux côtés de Caroline et Dominique Sopo. Un avenir radieux te souriait, nous aurions pu arrondir nos fins de mois en égayant de concert les colonnes du Journal du dimanche… Et voici que tu m’achèves à l’heure où les vautours islamo-gauchistes tournoient autour de ma carcasse…

Délimocheune ! Tu as donné une interview à Délimocheune, cette Radio Paris du Ouèbe que n’eût pas reniée Darquier de Pellepoix.

J’imagine que les gestapistes de Rezo.net, la maison-mère de la Kommandantur libérale, doivent s’en frotter les griffes. Et que, dans son luxueux palais de Caracas, le Duce du Cône Sud a déjà sablé le champagne.

Chomsky, si tu me lis, je sais bien que tu es derrière tout ça. Mais tu ne perds rien pour attendre, sale linguiste de vipère! J’ai le bras long à Washington…

Lefred est un emmerdeur

15 août 2008
Du “Club Dorothée” a “Charlie Hebdo”, Cabu est toujours resté fidèle à l'esprit des Lumières.

Du “Club Dorothée” a “Charlie Hebdo”, Cabu est toujours resté fidèle à l'esprit des Lumières.

C’est pas moi qui le dis, c’est Cabu. Aaaah, Cabu ! Lui c’est un pote, un vrai. Un mec fidèle, un aide de camp hors pair, un actionnaire épanoui, un joyeux drille comme on n’en fait plus. Le nombre de muflées à la Badoit qu’on s’est tapées ensemble en conférence de rédaction, en reprenant en chœur le Jardin extraordinaire de Charles Trénet!

J’ai tout de suite été séduit par son look de moine franciscain habillé par Emmaüs. Je l’avais découvert en regardant “Récré A2”, mon émission préférée avec “La Chance aux chansons”, et j’avais été impressionné par l’impertinence de ses dessins: corrosifs comme du Jacques Faizant, mais en plus frais, en plus branché. C’est tout naturellement que Patrick et moi lui avions demandé d’illustrer les couvertures de nos disques à l’époque – le Ier siècle avant Denis Olivennes – où le pire tout pire n’existait pas encore et où les artistes pouvaient espérer vivre de leurs droits d’auteur.

Depuis La Grosse Bertha, Cabu et moi on est aussi complémentaires que la poire et le fromage. À Charlie, chaque lundi de bouclage, dès que je sors ma blague hebdomadaire, il est toujours le premier à rigoler. Cabu, c’est un peu mon Brice Hortefeux à moi. Dès qu’il y a un sale boulot qui traîne, il se porte candidat sans même que j’aie besoin de demander. Avec Cavanna, il est ma caution historique et morale. Quand les comploteurs vénézuélo-harakiristes du Plan B ou d’Acrimed commencent à chipoter la gauchitude de mes éditos ou mon management de droit divin, par exemple, ou quand la sédition gagne la rédaction et que les traîtres que j’ai nourris en mon sein font entendre leurs misérables désaccords avec ma ligne éditoriale que j’ai, il faut le voir monter au front, baillonette au canon, la bave aux lèvres, le crayon de couleur entre les dents!

Parfois, lorsque nous restons seuls tous les deux dans les locaux de Charlie désertés, à l’heure où Paris s’est endormie, il fredonne a capella, en me regardant, l’œil humide, ces paroles de Trénet:

Ô mon maître,
Daigne me permettre
De t’offrir ces fleurs, cet amour.
Trop courte me paraît la vie
Pour céder à plus d’une envie.
Ô mon maître,
Je voudrais connaître,
Près de toi, pour l’éternité,
Le plus merveilleux des étés.

Sans Cabu, mon fidèle lieutenant, je crois bien que je n’aurais pas résisté aux nombreuses tentatives de coup d’État, inspirées par le Parti de l’étranger, dont j’ai été la cible depuis 1992. À chaque menace, il était là pour appuyer mes Grandes Purges et rappeler que si Reiser et Desproges étaient toujours vivants, ils me vénèreraient tout comme les Aztèques adoraient Quetzalcoatl.

Lefred-Thouron, le provocateur maoïste dont je vous parlais dans mon précédent billet, l’a appris à ses dépens. Depuis que Cabu lui a jeté un sort dans L’Est républicain (lire ci-dessous), ce réprouvé a sombré dans l’alcoolisme et survit péniblement en faisant la manche dans les couloirs de la station Strasbourg-Saint-Denis.

D’ailleurs, si des responsables de la RATP lisent ce blog, j’en profite pour leur glisser que ce fraudeur-né ne paie pas son ticket…

Cabu : « Lefred est un emmerdeur »

À Nancy pour Revoir Paris, le père du Grand Duduche envoie tout sourire quelques civilités à Lefred-Thouron, démissionnaire de Charlie Hebdo, après l’affaire Font.

Dans une vignette de cinq centimètres de large sur sept de haut, une accroche: “Occupons nos vacances – Stage Au théâtre ce soir chez Patrick Font”, un Patrick Font qui tripote une petite fille sur ses genoux, laquelle s’écrie: “Ciel, mes parents!” C’est le dessin de la polémique. Le Nancéien Lefred-Thouron, dessinateur à Charlie Hebdo, a claqué la porte, pas content du sort réservé à son illustration de l’affaire Font, accusé de pédophilie et incarcéré depuis fin juillet. Ce qui ne l’a pas empêché de venir en coup de vent serrer la main de son confrère Cabu, hier après-midi au Hall du Livre, pour une dédicace de son dernier ouvrage Revoir Paris, édité chez Arléa.

“Apparemment, il semble qu’il y ait un gros malentendu entre Cabu et moi. Il est persuadé que je suis prêt à renvoyer des dessins à Charlie dès la semaine prochaine. Certainement pas”, dit le Nancéien que ça “embête de perdre une tribune” mais qui tient ferme face à la “censure”. 
Pull bleu layette, yeux ronds derrière les fines lunettes, Cabu part d’un grand rire: “Ah, l’emmerdeur! Comment peut-il parler de censure puisque son dessin a été publié ? Il a seulement été retardé de huit jours. On l’a fait sur les conseils de l’avocat de celui qui est aujourd’hui en taule. L’instruction n’est pas terminée. On ne sait pas sur quoi portent exactement les accusations.”

“Un dessinateur pouët-pouët”

L’Est républicain : S’il ne s’était pas agi de Patrick Font, collaborateur de Charlie Hebdo, vous seriez-vous soucié du secret de l’instruction ?

Cabu (hésitant) : C’est vrai qu’on a fait des tas de dessins contre les curés peloteurs… Mais c’est une plaisanterie de la part de Lefred-Thouron de faire croire qu’on l’a censuré. De toute façon, je crois qu’il voulait depuis un moment se tirer. Il a trop de travail. S’il se tire pour cette histoire, c’est dérisoire. Je regrette parce qu’il a du talent et ses dessins sont drôles. Ça ne prouve pas son intelligence.

– Lefred-Thouron attend les excuses de Charlie Hebdo.

(Rire) On peut lui présenter des explications, pas des excuses. Sa démarche prouve qu’il est imbu de lui-même au point de ne pas se préoccuper d’un accusé. Il se définit lui-même comme “un dessinateur pouët-pouët apolitique”, qui peut tout tourner en dérision. Charlie Hebdo n’est pas Hara-Kiri. C’est un journal politique, de gauche et responsable. On ne balance pas des affaires comme ça. Par exemple, dans l’affaire Yann Piat, on connaît des choses. Si on les sortait maintenant, on vendrait énormément. Mais on attend. On ne vend pas du papier. On vend des idées en faisant rire. Lefred-Thouron n’a jamais été d’accord avec la ligne du journal. Lui, c’est un choronien. Un jour où l’autre, il devait nous quitter.

Rachel Valentin
Article paru le 15 septembre 1996.
© L’Est républicain 1996

Photo : © LiveGeneration.fr 2008, Lorène & Gersende