Archive for the ‘Valophobie’ Category

Mon bug de l’an 2000

9 septembre 2008
C'est au cours de l'année 2000

C'est au cours de l'année 2000 que ma réputation, ravagée par un incendie, devait s'effondrer auprès des lecteurs de “Charlie” situés, sur l'échiquier politique, à la gauche de Manuel Valls. Cette campagne de haine préfigurait la guerre des Civilisations qui nous serait déclarée le 11-Septembre.

2000, annus horribilis !

J’en ai tellement bavé, cette année-là, que je commençais à ressembler à un escargot.

Un lynchage, une lapidation, que dis-je! un pogrom valophobe. De tout côté pleuvaient les coups: du Medef au Monde diplo, de Pierre Carles à Patrick Sébastien, de PLPL à France-Soir

Une sanglante corrida qui me prenait pour cobaye. Une féroce chasse à courre dont j’étais le canard sauvage.

La curée ! L’apocalypse !

Moi qui n’avais pas pris au sérieux leur histoire de bug de l’an 2000, je l’ai bien regretté par la suite. Mon logiciel personnel a tellement planté à cette époque que j’ai préféré réinitialiser mon disque dur politique.

J’en ai d’ailleurs profité pour installer un nouveau système d’exploitation à la place de mes logiciels libres pour gauchistes archaïques: j’ai choisi Stock-Options 2000™, une interface sympa, très intuitive, adoptée par 99% des éditorialistes français.

Ensuite, je n’ai plus connu de problèmes. Finis les plantages, bloqués les virus, ce truc a réponse à tout. Et puis c’est livré avec un carnet d’adresses très fourni qui m’a permis de me faire plein de nouveaux copains.

Aujourd’hui que je suis tiré d’affaire – Bertrand Delanoë envisagerait, me dit-on, de rebaptiser à mon nom l’avenue Émile-Zola –, je veux bien revenir avec vous sur l’ouragan de calomnies qui a, cette année-là, dévasté Joinville-le-Pont, la Nouvelle Orléans du Val-de-Marne…

Exceptionnellement, sachant que ça ne sortira pas d’ici, j’ai décidé de vous ouvrir mes “archives interdites”, jusque-là conservées au Musée historique national de l’humour involontaire. Vous aurez le droit de tout lire, mais à condition de n’en rien croire…

Je balancerai la bolognaise à partir de demain, histoire de faire concurrence au premier numéro de la Pravda anarcho-sunnite – que vous n’achèterez pas, hein? pas de blague? je peux compter sur vous? – emmenée par ce monsieur Sinet-Siné (SS) qui ne grandit pas la France qui l’a vu naître.

Au sommaire :

  1. Une lettre (injurieuse) de Pierre Carles
  2. Un article (malhonnête) du Monde diplo
  3. Un article (mensonger) du Monde
  4. Mon édito (bouleversant) à la sauce Caliméro
  5. Une lettre (fielleuse) de Serge Halimi
  6. Ma réponse (convaincante) au Monde
  7. Un article (lamentable) de La Vache folle
  8. Un dossier (antisémite) de PLPL
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Quand j’étais gauchiste

9 septembre 2008
légende

De nos années gauchistes, Cabu (ci-dessus) et moi n'avons rien conservé, si ce n'est quelques photos…

Mon conservatisme
En devient gênant.
Ma pauv’ Caroline
J’ai cinquante-six ans.
Je passe sur i>Télé
Avec Askolovitch.
Mais j’étais moins conspué
Quand j’étais gauchiste.

J’buvais du Pastis
À la Fête de L’Huma.
J’étais la coqueluche
D’tous les syndicats.
J’critiquais les médias
Avec Serge Halimi.
J’soutenais Pour voir Pas vu
Quand j’étais gauchiste.

Le soir à la télé
J’embrochais l’Medef.
Cabu m’attendait
Planqué, dans sa vieille DS.
On s’est pris des procès
En veux-tu, en voici.
J’avais une vie d’cinglé
Quand j’étais gauchiste.

Les gens d’la police
Me crachaient dessus.
Les nouveaux philosophes
Je leur bottais le cul
Dans mes éditoriaux
L’ultralibéralisme
S’en prenait plein la gueule
Quand j’étais gauchiste.

Ma pauv’ Caroline,
J’ai cinquante-six ans.
J’ai appris qu’Alain Krivine
Est mort dernièrement.
J’ai fêté les adieux
D’Daniel Bilalian.
Pour moi y a longtemps qu’c’est fini
Les choses sont complexes aujourd’hui.
Mais je kiffe quand même grave le Modem
Et ça distrait ma vie.

Pour moi y a longtemps qu’c’est fini
J’fais du Duhamel aujourd’hui.
Mais je mange quand même les plats que j’aime
Chez Lipp, ma brasserie.

(Avec la contribution involontaire de Michel Delpech.)

—————–

Un entretien avec Philippe Val

Où va “Charlie Hebdo” ?

Que se passe-t-il à “Charlie” ? Au-delà des colonnes de l’hebdo satirique, politique et salutaire, les récents éditos du rédacteur en chef Philippe Val suscitent la controverse. Nous avions d’autant plus envie d’en discuter avec lui qu’il ne nous [la LCR, ndp] épargne pas vraiment. Débat sans détours, âpre mais ouvert. À suivre…

“Rouge” : Ton spectacle (1) s’ouvre sur la résistance, l’indignation… Quand tu fustiges dans Charlie le Medef ou Vivendi, on suit; quand tu défends le bilan du gouvernement, on comprend moins.

Philippe Val : Ma position est difficile à tenir. Je ne soutiens pas le gouvernement; mais si Jospin fait quelque chose qui me semble juste, je dois laisser entendre que je trouve ça bien, si je veux le critiquer radicalement sur ce qui m’indigne. Certains modes d’application des 35 heures ont été une monnaie d’échange avec le Medef, il faut le dénoncer; mais en gros, les 35 heures, c’est une vraie réforme sociale. Je connais des gens qui ont des boulots très difficiles: ça change leur vie…

Si on tape sur tout le monde de la même façon, les choses qu’on écrit n’ont plus de sens. Si je tape sur Vivendi, sur Kessler, je veux que ça leur fasse mal. Pour ça, il faut que je sois crédible. Je le suis un peu: ils me font un procès (2). Qui a un procès avec eux? Qui va au charbon? On n’est pas très nombreux… Je suis un mauvais ennemi pour vous. Si je suis attaqué, vous n’avez pas intérêt à espérer que je sois vaincu. Je fais ce que je peux avec ce que je suis. Ma formation n’est pas la même, mais ce n’est pas une ennemie de la vôtre. On ferait mieux de considérer ce qu’on a en commun. Ce qui nous oppose n’est pas très radical.

– Pourtant tu écris que pour une partie de la gauche radicale, la victoire du fascisme pousserait la révolte, voire la révolution (3).

Ce ne sont pas les gens autour de Krivine qui pensent ça. Mais vous ne pouvez pas nier que ça existe.

– Ce sont des courants très marginaux ! En réalité, tu t’en prends à Arlette Laguiller et Alain Krivine.

Plutôt à Arlette qu’à Alain…

– Il ne semble pas y avoir de possibilité de débat avec toi. Les rares fois où nous sommes mentionnés c’est l’exécution en bonne et due forme. On a du mal à le comprendre autrement que par une évolution politique, d’abord avec la guerre du Kosovo…

Ce n’est pas une évolution politique. J’aurais réagi de la même façon il y a quelques années. Par ailleurs, j’ai laissé libres de s’exprimer dans Charlie Hebdo ceux qui s’opposaient à mon point de vue. Ce sont des gens que j’aime beaucoup, avec qui j’ai plaisir à travailler. Ils sont toujours là, contrairement à ce qu’a dit Le Monde. Ceux qui sont partis ne sont pas ceux-là.

– Dans ton spectacle, le texte sur le Kosovo a l’allure d’une violente lettre de rupture: s’opposer aux bombardements, c’est “un peu criminel”. On entend surtout “criminel”!

Ce n’est pas une lettre de rupture. La porte est ouverte. Non pas que je me sente un leader rassembleur, je ne le serai jamais. Mais je suis quelqu’un qui écrit, qui réfléchit… En 1992, nous avons publié un reportage, terrifiant, de Jean-Luc Porquet sur le Kosovo; cet apartheid n’a pas intéressé grand-monde, c’était recouvert par la guerre en Bosnie. J’ai aussi ramené un reportage de Bosnie avant les accords de Dayton. Les choses étaient horriblement claires, il y avait des bourreaux et des victimes. Il faut faire des choix.

– Pour toi, s’opposer à l’OTAN, c’était faire le choix du bourreau?

Bien sûr. Il fallait que ça s’arrête ! J’ai fait le choix qui me hérissait le moins, celui qui mettait fin à l’apartheid serbe au Kosovo. J’aurais voulu que ça se fasse plus gentiment… Ça s’est fait avec des bombes.

– Ensuite il y a eu le clash de l’appel au vote pour les européennes.

Ce n’est pas le débat qui m’a posé problème. Mes adversaires avaient en partie raison. Sur Cohn-Bendit, j’étais très réticent. Je connais des gens aux Verts, comme Marie-Christine Blandin, qui me semblent plus intéressants. Quand j’ai fait ce choix, j’étais aux États-Unis, j’ai fait une “carte postale”.

– En tant que rédacteur en chef, ça prend un poids particulier.

Bien sûr… C’est comme ça, c’est moi qui suis là. Libre à tout le monde de faire ce qu’il veut. Si je n’avais pas été pressé par ce qui se passait ici (4), je m’y serais pris autrement. Mais j’étais énervé et je ne pouvais pas l’exprimer. Et puis j’étais sur une monstruosité écologique, une mine à ciel ouvert où on sacrifie des vies humaines… J’étais en plein là-dedans, j’ai dit “je vais voter Verts”.

– Ça ne correspond pas au soutien de Charlie à une composante de la majorité plurielle ?

Non, je peux dire publiquement pourquoi je ne suis pas d’accord avec les Verts; sur certains points, comme le transfert de pouvoirs aux régions, je ne suis pas d’accord.

– En juin 1998, tu écrivais : “La vraie droite d’aujourd’hui, c’est le PS. […] C’est sur sa gauche que doit se construire une opposition parlementaire.” Ce n’est pas ce qui transparaît.

Pourtant je suis persuadé de ça. Mais je suis talonné par des gauchistes! Si je ne l’étais pas, je ne serais pas condamné à répondre aux conneries qu’ils écrivent.

– Tu sembles être devenu le pourfendeur de l’extrême gauche.

Pas du tout. Quand je rencontre Attac, Ras l’Front, des gens engagés chez vous, c’est ma famille… Mais il faut montrer que les choses sont compliquées. J’essaie de rendre crédible une critique à gauche de la gauche qui ne soit pas le nez rouge gauchiste… Je vous énerve, vous m’avez énervé aussi, mais je ne me sens pas proche de l’UDF. Quand je rencontre des gens de chez vous, j’ai l’impression que ce sont plutôt des amis. Je l’ai dit à Krivine: qu’est-ce que tu vas faire avec Laguiller aux européennes?…

– Sur l’affaire du vote de la taxe Tobin, « les Guignols » ont décrit Arlette Laguiller comme le suppôt du Grand Capital. C’est choquant de retrouver ce type d’arguments dans Charlie sous la plume de quelqu’un qui dit “on est un peu de la même famille”!

Elle prête le flanc à ça…

– Elle n’est pas responsable de la non-taxation des capitaux spéculatifs! Et puis ce n’est pas une question de désaccord. Bien au-delà de nos rangs, il y a une interrogation: où va Charlie Hebdo du point de vue politique?

Je ne suis pas sourd à ça… J’ai manqué de nuances peut-être, là-dedans. Peut-être qu’on ne travaille pas suffisamment à un inventaire: ce qui reste de cette gauche de la gauche, sur quoi elle ne veut pas transiger. Ce qu’on a en commun, peut-être même avec les Verts. Pourquoi on n’aurait pas des débats importants, par exemple ce qui peut faire partie du marché et ce qui ne doit pas y rentrer… Sur l’école, la culture, les transports, l’eau, ce que doit être un service public audiovisuel, on peut tomber d’accord. Qu’on postule l’attachement aux libertés individuelles, à la démocratie et aux droits de l’Homme. Et qu’on dise: maintenant, voilà ce qu’on veut. Et que ce soit très radical, qu’on monte au charbon!

On devrait choisir quelques thèmes dont on sait qu’ils préoccupent vraiment les gens, parce que c’est un problème d’évolution de la démocratie. Qu’est-ce que c’est, les lieux de débat où s’élaborent les décisions? Est-ce que le Parlement ne devient pas la reine Juliana face à TF1? Peut-être aussi qu’on pourrait mettre en évidence ce pour quoi on se bagarre ensemble, bien souvent, mais que ce ne soit pas un vague sentiment d’être à gauche de la gauche, dire pourquoi…
Propos recueillis par Marine Gérard et Robert March

1. Val est en tournée avec un spectacle de chansons, “Hôtel de l’Univers”.

2. L’agence Capa (cf. Rouge du 2 mars) et Kessler ont intenté un procès à Val.

3. Charlie du 16 février.

4. Un sondage sur les intentions de vote dans la rédaction a été publié dans ce même numéro de Charlie (liste LO-LCR majoritaire).

Article paru le 23 mars 2000.
© Rouge, 2000
, via presselibre.net

Siné, vieux con ! Tous avec Torreton !

8 septembre 2008
À sa table de travail, un Philippe Torreton concentré relit l'interview dans laquelle

Dans son bureau de la mairie de Paris, où il aime à se travestir, comme à l'époque où il était la coqueluche du Théâtre des 2 Ânes, Philippe Torreton, concentré comme jamais, à sa table de travail, pèse chaque mot de sa pétition de soutien à Philippe Val…

Sous le coup d’une légitime colère (voir mon billet précédent), j’allais omettre de vous faire part d’un message de soutien découvert ce week-end et qui m’a fait chaud à la mâchoire.

Philippe Torreton, ci-devant sociétaire de la Comédie française et cadre brillant du PS modernisé (version 5.0), oui, Philippe Torreton a courageusement déclaré, en substance, dans un quotidien belge, qu’il préférait se tromper avec Philippe Val plutôt qu’avoir raison avec Siné.

Venant d’un grand Résistant ségoléno-delanoïste, délégué à la citoyenneté, à la lutte contre les discriminations et aux événements artistiques auprès du maire du 9e arrondissement de Paris, ce vibrant hommage vaut toutes les Légions d’honneur du monde:

‘Je suis tout à fait d’accord avec Philippe Val, le directeur de Charlie Hebdo, qui est loin, comme on a pu le lire, d’être un réac’, martèle le comédien, choqué [par] la phrase de Siné qui, pour rappel, insinuait lourdement que le fils Sarkozy n’allait plus avoir de soucis d’argent puisqu’il va épouser une Juive. ‘Dans L’Express, Plantu a dessiné Philippe Val en habits fascistes en train d’expulser Siné; et comme par hasard, le bras était un salut hitlérien. C’est sidérant de voir qu’il y a des gens qui n’arrivent pas à comprendre. Si Siné est un vieux con, c’est un vieux con. C’est tellement confortable de dire, comme il le revendique et je dis ça entre guillemets, qu’il “chie sur tout le monde”. Ça permet de ne penser à rien. Quand on est pour quelque chose, on prend un risque, on s’expose. Heureusement qu’il y a des gens qui prennent des risques, même s’ils se plantent. » […]

‘Je trouve que l’indignation ne doit pas être sélective. Il faut soutenir Israël, c’est une démocratie. Alors qu’aucun pays musulman n’est une démocratie, il faut le savoir.’ […]”

Philippe, mon homonyme, mon presque frère, il y aura toujours une Tourtel au frais pour toi dans le frigo de Charlie!

Rentrée des classes

6 septembre 2008
Légende

La porte-parole de l'Otan, Jamie Shea, était une blonde envoutante et sensuelle, aux courbes généreuses, et il est illusoire d'imaginer que mes confrères éditorialistes et moi-même aurions pu résister à son charme vénéneux lors des points presse consacrés aux frappes chirurgicales – qu'elle ponctuait systématiquement, ce qui nous faisait tous défaillir, par un refrain mutin: “Paah-deeedle-eedeedle-eedeedle-eedum, Poo pooo peee dooo!”

Sortez vos trousses et vos cahiers, les vacances sont finies. Il est temps de reprendre là où nous l’avions laissé notre cours d’histoire de la Valophobie.

L’année dernière, nous avions étudié ma révolution des Œillets à La Grosse Bertha, laquelle a coïncidé avec le Premier Schisme de l’Internationale satirique. Puis nous avons abordé mon célèbre Appel du 18 juin 1992, sommant les Républicains authentiques de rallier l’étendard de Charlie Hebdo. Je vous ai également relaté le terrible été 1996, qui m’a vu vaciller un moment sur mon trône lorsqu’on a cherché à m’impliquer dans l’affaire Dutroux.

Tel un boxeur groggy mais opiniâtre, j’ai trouvé la force de me relever, avant de gagner par KO mon combat acharné contre la rumeur. Impressionnés par ma musculature éditoriale, mes détracteurs se sont ensuite faits discrets pendant quelques années. À la veille du nouveau millénaire, je pouvais me dire, chaque soir, devant l’âtre crépitant, en caressant Baruch, mon chat Angora, que j’avais atteint mon but: qualifié de “meilleur éditorialiste de France”, catégorie poids coq, par les Inrocks, régulièrement consulté pour avis par Dominique Voynet, la Condoleezza Rice de l’écologie politique à la française, nourri au sein du crooner radiophonique Jean-Luc Hees, sur France Inter, je n’étais plus très loin de l’Olympe.

En ce temps-là – qui me semble à présent si lointain –, des articles élogieux carillonnaient mon génie dans toutes les chapelles de la gauche. Lisez, par exemple, ce qu’écrivait à mon propos, il y a neuf ans, un ex-dirigeant d’Attac dans Le Monde diplomatique:

Fin de siècle en solde
PHILIPPE VAL
Écrites d’abord pour être dites, les quelque soixante-dix chroniques de Philippe Val sur France-Inter, rassemblées dans cette Fin de siècle en solde, se prêtent aussi à merveille à la lecture. C’est que le directeur de Charlie Hebdo parle à ses auditeurs comme il écrit pour ses lecteurs. Avec cette capacité d’indignation, mais aussi d’argumentation implacable et de foi dans la vie, dans tous les êtres vivants  et pas seulement les humains  qui compose son inimitable « petite musique ». On connaît ses cibles privilégiées: le FN, les chasseurs, les journalistes de marché, le show-biz abêtissant, les intégristes, les nucléocrates, le football, etc., auxquelles il oppose la raison, la bonté, la liberté, l’égalité, la solidarité avec les faibles. Un livre en forme de liberté jubilatoire.
Bernard Cassen

* Le Cherche Midi Éditeur, Paris, 1999, 210 pages, 89 F.

Article paru en août 1999
© Le Monde diplomatique, 1999, via presselibre.net.

Vous en voulez plus, insatiables petites fouines que vous êtes! Les vacances ont aiguisé votre soif d’apprendre… Alors étudions un autre texte: Beausir, au lieu d’agiter votre engin sous le nez d’Angot, distribuez plutôt les polycopiés.

Alors, ça vous fait tout drôle, hein? L’Humanité, s’il vous plaît! Oui, L’Huma baba devant Bibi – et ses talents d’éditorialiste à guitare :

Chanson
Les moulins à vent de Philippe Val

Dans “Hôtel de l’Univers”, son nouveau spectacle à l’Européen, le rédacteur en chef de “Charlie Hebdo“ se prend pour Don Quichotte.

C’est dans la critique que Philippe Val trouve « la plénitude de l’être ». Cet art, il est mille et une manières de le pratiquer. Opter pour la tendance méga-râleur/coup-de-gueule; ou concevoir la chose au sens plus philosophique du terme, la critique comme un acte subversif. Philippe Val joue sur les deux tableaux, exercice pour le moins périlleux. Il s’en tire plutôt bien, à cause d’un je ne sais quoi d’élégant et de nonchalant qui provient peut-être de son enfance… bourgeoise, qu’il rejette en bloc mais qui, évidemment, lui colle à la peau. Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes!

Critiquer c’est aussi résister. En ces temps de morne flagornerie, où le “politiquement correct” est carrément devenu un exercice de style et de pensée, résister c’est aussi aller et/ou ramer à contre-courant de tout ce qui – d’office – vous est présenté comme vérité d’évidence. Résister pour douter, ne pas se fier aux idées toutes faites, même présentées sous un emballage affriolant, avec couleurs fluo et tout le toutim. Attention! Que la langue d’ébène ne remplace la langue de bois.

Philippe Val, donc. Rédac’ chef de Charlie-Hebdo, chroniqueur à France-Inter, chanteur… C’est du trois-en-un sur un plateau, avec ce personnage picaresque au code d’honneur impeccable, artiste doué qui n’a de cesse de se lancer dans des croisades qui revêtent quelquefois des allures quichotesques.

Val a l’obsession tenace. Les chasseurs, les paysans, les aficionados, les ménagères de moins de cinquante ans qui se shootent au TF1 et à l’inspecteur Derrick, les sportifs, le Paris-Dakar forment un tout bien ficelé de ce qu’il abhorre. Et qu’il jette en pâture à son public, tout acquis à sa cause. C’est certain: on trouve toujours plus con que soi et quand bien même, le dénigrement systématique des pauvres gens – des anonymes selon l’expression consacrée de novembre-décembre 1995 – confine au mépris facile, plus qu’à la critique de la société française.

Pourtant, Philippe Val n’est jamais aussi bon que lorsqu’il traque la connerie et le mensonge en politique. Son spectacle oscille entre le couplet de chansonnier et la ballade du “protest-singer”. “Résister rend joyeux”, suggère-t-il dans un sourire contagieux tandis que ses doigts glissent sur le clavier de son piano. Pour un homme qui bouffe du curé, ses coups de sang n’en revêtent pas moins, par moment, de faux airs de prêche. On lui pardonne bien volontiers. Tiens, on l’absout même, à cause de quelques perles de son répertoire, telle sa chanson Paris-Vincennes, clin d’œil appuyé au “camping sauvage” des sans-papiers qui avaient eu l’outrecuidance de s’installer sur le parvis du château de Vincennes. On ne mégote pas non plus sur sa parodie, excellente, de Mon HLM de Renaud devenue, sous sa plume affûtée, Mon HLM de Paris.

Et quand il se lance dans la chanson bucolique, il oublie un tant soit peu sa colère latente pour divaguer le long des bords de Marne. La mélodie soudain s’adoucit, s’habille de velours. Un zeste de tendresse? Parfois, on oublierait que pour passer son temps à traquer la bête qui sommeille en chacun de nous, il faut avoir une sacrée dose d’amour pour le genre humain. Même si Philippe Val s’en défend, c’est bien son cas.
ZOÉ LIN

Jusqu’au 28 mars à l’Européen, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 17h30. 3, rue Biot, Paris 17e. Rés: 01 43 87 97 13.

Article paru le 19 mars 1999
© L’Humanité, 1999, via presselibre.net

Pourtant, dans le lointain les nuages s’amoncèlent. La guerre couve dans les Balkans, et dans la grande famille des éditorialistes, c’est l’ordre de mobilisation générale. Je suis impressionné, bien sûr: c’est la première fois que je dois partir à la guerre. J’ai tout juste le temps d’aller embrasser mes parents au village. Quand je les quitte, ma mère a du mal à dissimuler ses larmes: la pauvre ignore si elle reverra un jour son petit Philou vivant.

À Saint-Germains-des-Prés et dans les quartiers alentour, c’est l’effervescence. Rue des Saint-Pères, un cortège ininterrompu de Jeep militaires donne à voir, devant l’hôtel particulier de Bernard, une martiale chorégraphie. Je suis affecté au quartier général du haut commandement allié, qui a réquisitionné la brasserie Lipp. Là, j’aurai en charge les opérations de guerre psychologique à l’intention des lecteurs et auditeurs de gauche.

C’est à cette période que les choses ont commencé à déraper pour de bon. Qu’est-ce qui s’est passé au juste? Je crois qu’au fond nous n’étions pas fait pour une relation durable, la gauche et moi. En politique je suis plutôt du genre fidèle, mais elle avait tellement changé en quelques années. Ce n’était plus la gauche que j’avais connue, que j’avais aimée, celle que j’avais fécondée tant de fois par le passé avec mes éditos et chroniques.

Quant à moi, je n’avais fait qu’accomplir mon devoir de citoyen et d’éditorialiste. Philippe Val n’est pas et ne sera jamais un déserteur. Quand les droits de l’homme qui siège à la Maison-Blanche sont en danger, quand il s’agit de chasser l’ennemi de ses positions à coups d’obus éditoriaux, de l’Afghanistan au Darfour, je réponds présent.

Lâchement, profitant de mon départ pour le front, les pacifistes et exemptés de tout poil, tapis bien au chaud à l’arrière, ont alors commencé à entailler ma légende avec l’Opinel de la calomnie…

Mais j’entends que la cloche vient de sonner. Nous aborderons donc ma guerre du Kosovo au prochain cours.

Beausir!…
…votre braguette, s’il vous plaît!