Le tautologisme me sert de prêt-à-penser

freud— Alors, c’est grave Docteur?

— …

— Répondez quelque chose… vous m’inquiétez, là!

— À votre avis?

— Mais je ne sais pas, moi! Si je le savais, je ne serais pas venu dilapider les dividendes de Charlie Hebdo sur votre divan!

— Pourquoi, selon vous, êtes-vous devenu la risée des réseaux sociaux depuis que vous avez débuté la promotion de ce livre?

— C’est évident, voyons, Docteur! Parce que les réseaux sociaux sont la Kommandantur du sociologisme bien-pensant. Dans le Contrat social, cette ordure de Rousseau pose d’ailleurs les bases de Twitter, et vous n’êtes pas sans savoir que… — ÊTES-VOUS CERTAIN qu’il n’existe pas d’autres raisons à ce gigantesque éclat de rire virtuel? — Je ne vous suis pas, Docteur. Insinuez-vous que mon livre pourrait prêter à sourire? — Votre titre est une allusion à Freud, n’est-ce pas? Avez-vous déjà entendu parler de l’inconscient? — Bien sûr, mais où voulez-vous en venir ? — Ce titre repose sur deux concepts: le malaise et l’inculture… Je me trompe? — Non, c’est bien ça. — Or si j’en crois ma timeline Twitter, chacun s’accorde sur ce constat: le contenu de ce livre crée le malaise, et il témoigne d’une profonde inculture. De qui parlez-vous réellement dans cet ouvrage?…

plenel— Mais enfin Docteur, ce livre, à l’instar de toute mon œuvre, est structuré autour d’un axe essentiel: dénoncer les salauds qui ne pensent pas comme moi et qui sont donc forcément antisémites! Par exemple, Edwy Plenel: vous avez-vu sa moustache? Hitler et Staline, eux aussi, avaient une moustache! Alors que moi, je suis glabre, comme… comme…

— Comme Eric Zemmour? Et le capitaine Dreyfus, n’avait-il pas une moustache, lui aussi?

— Que sous-entendez-vous Docteur? Vous ne seriez pas abonné à Médiapart ou adhérent d’EELV, par hasard? — Je vous rassure: je ne lis que Le Point et Le Figaro. C’est d’ailleurs ce qui m’a permis d’avoir la primeur des bonnes feuilles de votre essai. Dois-je comprendre que L’Obs et Libération n’en ont pas voulu? — Ne me parlez pas de ces torchons où le fleuve en crue du politiquement correct inonde les plaines fertiles de la pensée! Désormais je n’éditorialise plus que dans la presse qui a des cojones. D’après mes calculs, 90% des journalistes sont des pleurnichards et des flemmards: pour eux, il y a le Bien, il y a le Mal, et ils ne réfléchissent plus. Ils ne rendent plus compte du réel. J’en parlais justement hier soir lors d’un dîner chez Ivan Rioufol, et on était d’accord là-dessus. — Pourtant, si j’en crois votre biographie non autorisée, ce portrait vous ressemble étrangement, ne trouvez-vous pas? En tant qu’éditorialiste, n’avez-vous pas passé plus de 15 ans à prononcer des anathèmes et à vous vautrer dans la pensée binaire tel un sanglier dans sa bauge? Quant à votre capacité de travail, vos regrettés collègues de Charlie Hebdo semblaient la trouver très relative de leur vivant – si ce n’est votre zèle à leur donner des ordres. Est-ce dans votre résidence secondaire de la Drôme ou dans la lecture des œuvres complètes de Spinoza, durant vos interminables RTT, que vous avez puisé cette profonde connaissance du réel, qu’il s’agisse des banlieues, de la colonisation ou de l’islam? — Docteur, si mon analyse sur ces questions n’était pas pertinente, pensez-vous que j’aurais été invité à l’université du Medef ou à partager un dîner chez Nicolas Sarkozy avec le directeur de Valeurs actuelles?

muhammed-med-bombe— Admettons. Monsieur V…, si j’ai bien compris votre ouvrage, le monde est l’objet d’une menace multiple qui repose sur quatre périls essentiels: la sociologie à la sauce Bourdieu; le journalisme d’investigation; la gauche radicale; et le grand fourre-tout où vous rangez indistinctement les monarchies du Golfe, les musulmans de toutes obédiences, les habitants des quartiers populaires et les populations autrefois colonisées?…

— Ça me fait plaisir que vous ayez saisi la complexité de mon livre, Docteur. Je vous dédicace un exemplaire si vous voulez…

— Je vous ai écouté chez Anne Sinclair et Patrick Cohen. À chacune de leurs objections concernant le simplisme de vos analyses, vous sembliez perdre pied et ne plus trop savoir quoi répondre. Ne craignez-vous pas que votre édifice théorique s’effondre à la vitesse du World Trade Center si d’aventure vous vous trouviez confronté à des contradicteurs plus aiguisés?

— Des “contradicteurs”? Mais qu’est-ce que c’est, Docteur? — Eh bien, des gens qui ne pensent pas comme vous… — Ah! Des antisémites, vous voulez dire. Ça ne risque pas d’arriver ! — Monsieur V…, quelle suite à votre carrière envisagez-vous au lendemain de votre départ de France Inter? — J’aurais bien aimé être maire de Béziers, mais la place est déjà prise. Un éditeur m’a proposé d’écrire une série de livres sur la philosophie, l’histoire des idées, la sociologie, la science, les nouvelles technologies… Il compte appeler ça Les Perles du Bac – j’ai pas trop compris pourquoi.

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9 Réponses to “Le tautologisme me sert de prêt-à-penser”

  1. Zlotzky Says:

    Bien vu. Ça fait du bien de lire ce genre d’article. Lorsque j’ai entendu sur France Inter que l’invité du matin était Philippe Val j’ai soupiré de dépit en m’attendant au pire. Aucune surprise, le pire est bien arrivé. Mais le pire c’est aussi la responsabilité de la rédaction de FI qui justifiait son choix, par la voix de Cohen, en présentant Val comme un intellectuel qui compte, d’où la pertinence de l’invitation. C’est peut-être cela, in fine, le plus consternant : qu’on parvienne à essayer de nous faire croire que Val est un intellectuel.

  2. emmp Says:

    J’ai ressenti la même impression que Zlotzky en entendant le nom de Val invité de France Inter. Et ce matin, pour équilibrer, l’invité de France Culture était Finkielkraut… Un autre grand penseur ! avec des cervelles pareilles, on est bien partis.

  3. Carole Says:

    Val ne fait pas partie de la liste des « cerveaux malades » de Cohen. Et puis c’est quand même Val qui a fait entrer Cohen à France Inter. Entre petits copains on se serre les coudes.

  4. Simon Chalumot Says:

    Salut Philou ! Heureux de te retrouver !… ça allait faire longtemps dit donc ! Dire que dans les années 90, les lycéens chevelus, les étudiantes en arts plastiques aux pantalons de babs te prenaient pour le grand penseur de l’antifascisme ! tu étais déjà con comme un balai et raide comme la justice ! ça ne s’est pas arrangé dit donc ! Toujours les trémolos dans la voix pour défendre la culture et traquer les antisémites qui voudraient contester ton incontestable réussite. Mais enfiler les inepties comme des perles au nom de la culture, bravo ! Défendre la culture au nom de valeurs purement néo cons Américaines, il fallait qu’un esprit confus comme le tien ose le faire… il fallait bien entendu que ce minable Cohen que, naïvement, je croyais à la niche depuis 3 semaines, en compagnie de ses navrants collègues t’ouvre son micro pour que tu puisses encore une fois salir et trainer dans la merde tous ceux qui n’ont pas l’heur de te plaire comme un vulgaire Béria de l’anti-totalitarisme. Je suis très heureux que tu sois en pleine forme, car tu es tellement caricaturalement con, que tu fais parti de ses gens qu’on adore détester. Surtout ne change rien, je serais déçu !

  5. msfelixzecat Says:

    Animer un blog anonymement en représentant quelqu’un d’autre, ce n’est pas classe du tout ! Et quand je lis les commentaires et réactions, je ne peux m’empêcher d’avoir envie de prendre la défense de Philippe Val, tellement ils sont cons.
    De plus, vous n’utilisez aucun argument, ce qui aurait pu être intéressant, sans doute. Le plus classe : s’en prendre à quelqu’un sur sa capacité de travail, ah ah, argument de haut niveau, je me croirais dans les conversations de bureau qui ne cherchent qu’à blesser et dévaloriser sans aucune raison valable – ce qui me paraît être le cas.
    Allez, inutile de vous mettre la rate au court bouillon, si vous en voulez à Philippe Val, allez lui régler son compte directement en lui parlant – quoique ce ne doit pas être facile d’argumenter avec ce gars-là, il doit avoir réponse à tout ! Ou allez voir un psy. Ou allez pleurer sur les genoux de votre maman.
    Quand je pense que je suis venue ici sur les conseils de Denis Colombi, généralement avisés, j’aurais préféré qu’il relise à deux fois ce billet avant de le RT : il est meilleur en communiquant sa passion pour la sociologie !

  6. Philippe V., éditorialiste martyr Says:

    @Simon Chalumot: tout le plaisir est pour moi! Le voudrais-je que je ne pourrais rien changer, je suis programmé comme ça.

  7. Philippe V., éditorialiste martyr Says:

    @msfelixzecat: Vous avez mille fois raisons, des fois je me dégoûte. Pour ne rien vous cacher, j’avais envoyé mon CV à Charlie Hebdo pour tenir une chronique (anonyme, déjà) sur mes voisins musulmans qui préparent le djihad en cachette en égorgeant des moutons dans leur baignoire. Ils ne m’ont même pas répondu et je ne m’en suis jamais remis. Depuis, j’anime ce blog, ça me défoule. D’ailleurs, mon psy me trouve plus épanoui et m’incite à continuer…

  8. Laurent Says:

    Pour l’écologie, Philippe Val semble s’être inspiré de ce sociologue : wiki.reopen911.info/index.php/Gérald_Bronner

  9. Plutarque Says:

    Merci à Philippe V. pour ses réapparitions soudaines. Comme je n’aurai pas le courage de me farcir le Malaise Vagal (bien que ça pourrait valoir le détour de voir notre Mont-Blanc de la pensée ne rien comprendre à Bourdieu), pouvez-vous me dire s’il cite Montaigne et Spinoza à la même fréquence que dans ses regrettés éditos ?

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