Ma promo sur Fox News

    Pour Daniel Leconte comme pour moi, la montée des marches, à Cannes, demeure un moment inoubliable…

Pour Daniel Leconte comme pour moi, la montée des marches, à Cannes, demeurera un moment inoubliable…

Fox News : Philippe Val, pouvez-vous vous présenter à l’intention de ceux de nos téléspectateurs qui ne vous admireraient pas encore?

Moi : Eh bien, ce n’est pas évident car j’ai eu une vie bien remplie. Je préfère renvoyer vos téléspectateurs à la biographie que Jean Lacouture m’a consacrée: Le Destin d’un petit chef, traduite aux États-Unis par les Éditions White House sous le titre Sir! Yes Sir!

En résumé, disons que je suis le plus doué des philosophes-éradicateurs de ma génération. J’ai exercé de  multiples activités dont les principales touchaient à l’informatique (la modernisation du logiciel de la gauche), à la chasse aux sorcières trotskistes et aux guerres hygiéniques. Je suis officier de réserve au sein du corps éditorial de l’Otan et consultant en matière de guerre au terrorisme à poils longs.

– Vous êtes surtout le héros d’un film qui sort cette semaine sur les écrans, dans lequel vous interprétez votre propre rôle: une sorte de Théo Van Gogh danois en sursis

Vous savez, à partir d’un certain niveau de notoriété le cinéma est un passage quasi obligé. Et puis, pour les disciples de Spinoza, dont je suis l’un des plus brillants spécimens, le Festival de Cannes fait un peu office de résidence secondaire: d’un point de vue dialectique, la Croisette et l’Éthique sont aussi indissociables que la Mamounia et la philosophie de BHL.

– Pour votre première expérience cinématographique, vous avez eu la chance inouïe d’être dirigé par l’un des plus prestigieux metteurs en scène du cinéma de propagande atlantiste…

Vous savez, je crois que le plus chanceux de nous deux, c’est tout de même Daniel. Avant l’affaire des caricatures, ses émissions restaient cantonnées aux salles d’art et essai de type Arte, et son Audimat insignifiant lui fermait la porte des grands producteurs. Je lui ai amené sur un plateau un scénario en titane renforcé, un casting éblouissant – Cabu, Caroline Fourest, Richard Malka, Georges Kiejman ou Élisabeth Badinter crèvent littéralement l’écran, et je ne parle pas de moi! –, des dialogues dignes du colonel Bigeard pendant la Bataille d’Alger, avec, en toile de fond, un phénomène de société bien plus préoccupant que le réchauffement climatique où la progression de l’extrême pauvreté, ces hochets pour bobos: l’instauration, en France, d’une République islamique particulièrement rigoriste et intolérante.

– Considérez-vous que l’islam a eu la peau de la laïcité à la française?

C’est incontestable, même si notre relaxe lors du procès des caricatures représente un espoir semblable, pour la France, à l’Appel du 18 Juin dans d’autres circonstances. Cela étant, le pays de Voltaire vit d’ores et déjà sous le joug des mollahs, lesquels régentent depuis Téhéran le moindre de nos faits et gestes. Rendez-vous compte qu’au risque de décapiter le secteur de la restauration – l’un des plus beaux fleurons de notre économie, déjà étranglé par un taux de TVA stalinien –, les imams ont imposé le Ramadan à l’ensemble de la population française! À Charlie Hebdo, depuis quinze jours, nous n’avons plus droit au Vittel-menthe pendant les réunions de rédaction. Notre inspiration satirique, forcément, s’en trouve asséchée.

Sans parler du niveau inquiétant qu’atteint chez nous le racisme anti-blancs, anti-chrétiens ou anti-laïques. Jour après jour, des hordes de policiers d’origine maghrébine infligent contrôles au faciès, brimades et violences à de jeunes Français des beaux quartiers, juste parce qu’ils sont blancs, laïques et riches et que leurs parents, catholiques ou athées, donc marginalisés, n’oseront pas porter plainte – ou que celle-ci sera étouffée par des magistrats en djellaba qui prononceront des relaxes ou des peines dérisoires assorties du sursis pour complaire à leur prophète et au recteur de l’Université al-Azhar.

En France, de nos jours, les catholiques pratiquants en sont réduits à célébrer la messe dans la rue le dimanche, quand ce n’est pas dans les caves de leurs cités HLM, tandis que, dans les médias, les tenants de la laïcité sont purement et simplement interdits d’antenne. Et je ne vous parle pas de la discrimination au logement ou, pire, à l’embauche.  À Paris, essayez donc de trouver un boulot dans les médias quand vous vous appelez Duhamel, Chazal, Elkabbach ou Chabot! Et au cinéma, c’est encore pire. À moins de rester cantonné à l’éternel petit rôle du Français de service – le plus souvent, un collabo à l’accent berrichon –, ne vous avisez pas de rêver d’une carrière si votre patronyme est Depardieu, Auteuil, Deneuve ou Clavier! Quant à la politique, c’est sans doute le milieu le plus hermétiquement fermé à quiconque n’appartient pas aux Frères musulmans: chez nous, aucun député qui ne se prénomme Mohamed ou Abdallah!

– C’est ce qui explique que vous, Frenchies, ayez traîtreusement refusé de vous engager dans la guerre juste que mènent en Irak les démocraties outragées contre les égorgeurs de moutons dans la baignoire des droits de l’homme ?

Absolument. Le jour où la junte islamo-chiraquienne a rallié le camp du méchoui contre celui du menu Big Mac restera, dans l’histoire de France, comme une sinistre réédition du vote des pleins pouvoirs à Pétain. Croyez bien que si Daniel Leconte ou moi-même avions eu l’opportunité de remplacer Villepin-le-Munichois à la tribune de l’Onu, en février 2003, la tonalité de notre discours, par son audace belliciste, eût guéri Condoleezza Rice de sa frigidité diplomatique.

– Vous me donnez l’occasion de préciser à nos téléspectateurs que la philosophie pour les nuls et les bombardements chirurgicaux ne sont pas vos seules passions. Vous êtes également un analyste chevronné des relations internationales, formé par Alexandre Adler, le géopoliticien à bretelles que les Américains connaissent sous le surnom de “Fromage-et-Dessert”, du fait bien sûr de son appétit digne d’un tyrannosaure, mais surtout car il est passé en moins de vingt ans du PCF à la CIA

Alexei m’a beaucoup appris, c’est vrai, mais je tiens tout de même à rendre hommage à la rédaction en chef du journal Libération. En matière de politique internationale néoconservatrice, ce quotidien est, depuis le début des années 1980, ma lampe de poche dans la nuit sans lune de l’impérialisme lumumbo-chomskyste.

– En bon éditorialiste, vous avez la queue qui frétille et la langue pendante devant les puissants du moment, et les gens influents en général; cependant il vous arrive à l’occasion de mordiller la main qui vous nourrit lorsque son propriétaire répugne à manger dans la gamelle de l’Oncle Sam…

Cette indépendance d’esprit est un peu ma marque de fabrique. Il est des principes avec lesquels je n’ai jamais transigé, quel que soit le prix à payer… par ceux que j’ai calomniés sans preuves. L’anti-buchisme est un antiaméricanisme; et l’antiaméricanisme est un antisémitisme. Autrement dit, critiquer les “faucons” de la Maison-Blanche, c’est reprendre à son compte la pensée hitlérienne. Et s’opposer à la guerre contre l’Axe du Mal, c’est se faire complice de la Shoah. C’est aussi simple que ça.

– Vous avez d’ailleurs analysé de manière limpide, et sans concessions, l’abominable politique arabo-andalouse de la France, qu’il est pourtant interdit de critiquer sur les chaînes de télé françaises sous peine de fatwa …

C’est juste. Comme je le déclarais récemment, au risque de subir une lapidation pâtissière, à un site culturel qui, une fois n’est pas coutume, fait honneur à Internet – je me cite, branchez vos décodeurs:

de nos jours, les choses que l’on ne peut pas faire à la télévision, on les fait au cinéma. [Pour expliquer que le film n’ait trouvé aucun partenaire,] il y a une raison culturelle. Une raison qui a à voir avec une certaine pensée française, un passé français, une culpabilité et une pensée politique en ce qui concerne les relations avec le monde arabe. Il y a une politique pro-arabe de la France, qui est partagée à peu près par tout le monde (mais ni par moi ni par Daniel). Et cette pensée pro-arabe est à mon sens une pensée raciste, parce qu’elle cantonne les Arabes dans une image dégueulasse d’abrutis à qui il ne faut pas dire certains trucs. C’est quoi la politique arabe de la France? Qui aime tant les Arabes? C’est d’aider des dictateurs qui maltraitent leur peuple à un point qu’on n’imagine même pas. Personne ne se demande comment vivent les gens, avec quelle liberté…

À la suite de cette interview, la direction de Science Po m’a supplié pour que j’accepte d’animer un séminaire de relations internationales rue Saint-Guillaume. Comme l’école se trouve à un jet de pierre de la brasserie Lipp, j’ai bien sûr accepté.

– Une dernière question, Philippe Val: même si vous restez discret sur cette facette de votre vie exemplaire, vous vous êtes tout de même fait connaître, dans les années 1980, en tant qu’humoriste. Et le film montre que vous êtes, avec Cabu, le coauteur du dessin “C’est dur d’être aimé par des cons”, qui a fait se gondoler de rire les caciques les plus endurcis du Parti Républicain, puisque c’est vous qui en avez, semble-t-il, inspiré le texte d’accompagnement. Quand on se bat quotidiennement contre Internet, l’extrême gauche antisémite et le benlado-nazisme, comment parvient-on a garder un sens de l’humour aussi aiguisé que le vôtre ?

Ce n’est pas facile, mais je vous rassure: je passe heureusement plus de temps à gueuler sur les employés de Charlie ou à dénoncer des antisémites imaginaires dans mes chroniques qu’à faire le clown. Cela étant, je crois qu’en matière d’humour j’ai été bien loti à la naissance. Notez qu’il s’agit d’humour involontaire: quand je tente d’être drôle, je sens bien que ça passe à côté et que Cabu ou Wolinski font ce qu’ils peuvent pour se forcer à rigoler (comme ici ou ). Par contre, dès que j’aborde des sujets graves tels qu’Internet, la Constitution européenne ou l’antisémitisme, de bruyants éclats de rire se font entendre d’un bout à l’autre du Ouèbe francophone.

Vous savez, à Cannes Woody Allen a assisté à la projection du film jubilatoire de Daniel. À la sortie du Palais des festivals, secoué par un irrépressible fou rire, il a eu le mot juste devant la presse internationale: “Philippe Val a de l’humour à revendre… Heureusement que j’ai oublié ma carte de crédit à l’hôtel!”

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9 Réponses to “Ma promo sur Fox News”

  1. Stella Star Says:

    Faux-Val, vous êtes indispensable (et rigolo) !

  2. Zarth Arn Says:

    AH ! AH ! AH !

    Vous, cher Philippe, un disciple de Triple Crême ?
    À qui vous avez tout appris ?
    (sachez qu’il n’a raté aucune de vos prestations à la MJC de Chateauroux)
    Quelle modestie !

    ceci dit, un détail encore me chiffonne :

    Michael Moore… Michael Moore… dont vous vous enorgueillissez de la présence à la projection de patronage de Votre Incontournable Chef d’Oeuvre, n’est-ce pas ce gros suiffeux dont vous vilipendiez naguère les méthodes d’une honnêteté très approximative (Farenheit 911 – après lui avoir il est vrai sucé jusqu’à la moelle le potentiel médiatique en vous agrippant à son pamphlet anti-américain (bouh!) Bowling for Columbine, ainsi que vous agîtes avec l’hitléro-trotskyste Pierre Carles) ?

    amicalement,

    Z.-A.

    message perso :

    Stella Star, je vous aime !

  3. Antisemitisme Says:

    Bravo pour votre droiture

  4. Professeur Torode Says:

    Cher Philippe,

    Vous m’avez redonné le goût de la lecture.

    J’ai arrêté de lire Charlie Hebdo, il y a trois ans, ne supportant plus vos éditos de donneur de leçons.

    Vous venez de me donner envie de vous lire tous les mercredis.

    Je vous confirmerai par écrit que je suis sage, les bras croisés et d’accord avec vous sur tous les points de votre article. Vous devinant inquisiteur, je suis disposé à mettre la plante de mes pieds à la disposition de votre tisonnier rougi pour éprouver ma foi en vous, Spinoza et Primo Levy.

    Bien à vous.

    Professeur Torode, avec une majuscule à Professeur.

  5. Antisemitisme Says:

    http://www.juif.org/antisemitisme-juif/65711,ukraine-le-rabbin-de-la-ville-de-viniza-shaoul-gourevitch-et.php

  6. DJ_Pessoa Says:

    Génial !
    J’ai rarement autant ri en lisant un texte satyrique (enfin, satyrique, ça reste à vérifier !).

  7. philippeval Says:

    @ DJ_Pessoa
    Une seule lettre vous manque et tout est dépeuplé…

    Remplacez-moi vite ce « y » par un « i », sans quoi vos aimables encouragements en deviennent offensants.

    Si vous aimez les blogs satyriques, essayez donc celui du directeur général du FMI

  8. DJ_Pessoa Says:

    Oui, mince ! Il n’y avait nulle offense : j’ai tapoté avec une hâte… amoureuse, mille pardons !

    « Satirique », c’était évident… Quant à DSK je le vois davantage comme un bon vivant que comme un satyre : d’ailleurs, n’est-il pas un de vos amys ?

  9. philippeval Says:

    @ DJ_Pessoa
    Vous me rassurez. J’ai tellement pris l’habitude des quolibets et des crachats ces derniers temps que j’en viens à me méfier de tout le monde.

    DSK est bien sûr un ami, comme tous les économistes courageux qui ont su moderniser le logiciel de la gauche, de Jean-Marc Sylvestre à Éric Besson…

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