Lefred est un emmerdeur

Du “Club Dorothée” a “Charlie Hebdo”, Cabu est toujours resté fidèle à l'esprit des Lumières.

Du “Club Dorothée” a “Charlie Hebdo”, Cabu est toujours resté fidèle à l'esprit des Lumières.

C’est pas moi qui le dis, c’est Cabu. Aaaah, Cabu ! Lui c’est un pote, un vrai. Un mec fidèle, un aide de camp hors pair, un actionnaire épanoui, un joyeux drille comme on n’en fait plus. Le nombre de muflées à la Badoit qu’on s’est tapées ensemble en conférence de rédaction, en reprenant en chœur le Jardin extraordinaire de Charles Trénet!

J’ai tout de suite été séduit par son look de moine franciscain habillé par Emmaüs. Je l’avais découvert en regardant “Récré A2”, mon émission préférée avec “La Chance aux chansons”, et j’avais été impressionné par l’impertinence de ses dessins: corrosifs comme du Jacques Faizant, mais en plus frais, en plus branché. C’est tout naturellement que Patrick et moi lui avions demandé d’illustrer les couvertures de nos disques à l’époque – le Ier siècle avant Denis Olivennes – où le pire tout pire n’existait pas encore et où les artistes pouvaient espérer vivre de leurs droits d’auteur.

Depuis La Grosse Bertha, Cabu et moi on est aussi complémentaires que la poire et le fromage. À Charlie, chaque lundi de bouclage, dès que je sors ma blague hebdomadaire, il est toujours le premier à rigoler. Cabu, c’est un peu mon Brice Hortefeux à moi. Dès qu’il y a un sale boulot qui traîne, il se porte candidat sans même que j’aie besoin de demander. Avec Cavanna, il est ma caution historique et morale. Quand les comploteurs vénézuélo-harakiristes du Plan B ou d’Acrimed commencent à chipoter la gauchitude de mes éditos ou mon management de droit divin, par exemple, ou quand la sédition gagne la rédaction et que les traîtres que j’ai nourris en mon sein font entendre leurs misérables désaccords avec ma ligne éditoriale que j’ai, il faut le voir monter au front, baillonette au canon, la bave aux lèvres, le crayon de couleur entre les dents!

Parfois, lorsque nous restons seuls tous les deux dans les locaux de Charlie désertés, à l’heure où Paris s’est endormie, il fredonne a capella, en me regardant, l’œil humide, ces paroles de Trénet:

Ô mon maître,
Daigne me permettre
De t’offrir ces fleurs, cet amour.
Trop courte me paraît la vie
Pour céder à plus d’une envie.
Ô mon maître,
Je voudrais connaître,
Près de toi, pour l’éternité,
Le plus merveilleux des étés.

Sans Cabu, mon fidèle lieutenant, je crois bien que je n’aurais pas résisté aux nombreuses tentatives de coup d’État, inspirées par le Parti de l’étranger, dont j’ai été la cible depuis 1992. À chaque menace, il était là pour appuyer mes Grandes Purges et rappeler que si Reiser et Desproges étaient toujours vivants, ils me vénèreraient tout comme les Aztèques adoraient Quetzalcoatl.

Lefred-Thouron, le provocateur maoïste dont je vous parlais dans mon précédent billet, l’a appris à ses dépens. Depuis que Cabu lui a jeté un sort dans L’Est républicain (lire ci-dessous), ce réprouvé a sombré dans l’alcoolisme et survit péniblement en faisant la manche dans les couloirs de la station Strasbourg-Saint-Denis.

D’ailleurs, si des responsables de la RATP lisent ce blog, j’en profite pour leur glisser que ce fraudeur-né ne paie pas son ticket…

Cabu : « Lefred est un emmerdeur »

À Nancy pour Revoir Paris, le père du Grand Duduche envoie tout sourire quelques civilités à Lefred-Thouron, démissionnaire de Charlie Hebdo, après l’affaire Font.

Dans une vignette de cinq centimètres de large sur sept de haut, une accroche: “Occupons nos vacances – Stage Au théâtre ce soir chez Patrick Font”, un Patrick Font qui tripote une petite fille sur ses genoux, laquelle s’écrie: “Ciel, mes parents!” C’est le dessin de la polémique. Le Nancéien Lefred-Thouron, dessinateur à Charlie Hebdo, a claqué la porte, pas content du sort réservé à son illustration de l’affaire Font, accusé de pédophilie et incarcéré depuis fin juillet. Ce qui ne l’a pas empêché de venir en coup de vent serrer la main de son confrère Cabu, hier après-midi au Hall du Livre, pour une dédicace de son dernier ouvrage Revoir Paris, édité chez Arléa.

“Apparemment, il semble qu’il y ait un gros malentendu entre Cabu et moi. Il est persuadé que je suis prêt à renvoyer des dessins à Charlie dès la semaine prochaine. Certainement pas”, dit le Nancéien que ça “embête de perdre une tribune” mais qui tient ferme face à la “censure”. 
Pull bleu layette, yeux ronds derrière les fines lunettes, Cabu part d’un grand rire: “Ah, l’emmerdeur! Comment peut-il parler de censure puisque son dessin a été publié ? Il a seulement été retardé de huit jours. On l’a fait sur les conseils de l’avocat de celui qui est aujourd’hui en taule. L’instruction n’est pas terminée. On ne sait pas sur quoi portent exactement les accusations.”

“Un dessinateur pouët-pouët”

L’Est républicain : S’il ne s’était pas agi de Patrick Font, collaborateur de Charlie Hebdo, vous seriez-vous soucié du secret de l’instruction ?

Cabu (hésitant) : C’est vrai qu’on a fait des tas de dessins contre les curés peloteurs… Mais c’est une plaisanterie de la part de Lefred-Thouron de faire croire qu’on l’a censuré. De toute façon, je crois qu’il voulait depuis un moment se tirer. Il a trop de travail. S’il se tire pour cette histoire, c’est dérisoire. Je regrette parce qu’il a du talent et ses dessins sont drôles. Ça ne prouve pas son intelligence.

– Lefred-Thouron attend les excuses de Charlie Hebdo.

(Rire) On peut lui présenter des explications, pas des excuses. Sa démarche prouve qu’il est imbu de lui-même au point de ne pas se préoccuper d’un accusé. Il se définit lui-même comme “un dessinateur pouët-pouët apolitique”, qui peut tout tourner en dérision. Charlie Hebdo n’est pas Hara-Kiri. C’est un journal politique, de gauche et responsable. On ne balance pas des affaires comme ça. Par exemple, dans l’affaire Yann Piat, on connaît des choses. Si on les sortait maintenant, on vendrait énormément. Mais on attend. On ne vend pas du papier. On vend des idées en faisant rire. Lefred-Thouron n’a jamais été d’accord avec la ligne du journal. Lui, c’est un choronien. Un jour où l’autre, il devait nous quitter.

Rachel Valentin
Article paru le 15 septembre 1996.
© L’Est républicain 1996

Photo : © LiveGeneration.fr 2008, Lorène & Gersende

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Une Réponse to “Lefred est un emmerdeur”

  1. Pierre-André Says:

    Bonjour,

    j’aimerais juste suggérer un rapprochement qui à mon avis permet d’apporter encore un peu plus de cohérence à votre démarche (en tant que politiste, c’est mon truc, les rapprochements) :
    – Lefred est dessinateur et il livre un individu à la vindicte populiste par la dénonciation picturale, rappelant en cela les heures les plus sombres de notre Histoire qu’on aimerait… etc, etc. Bref, c’est évident, Lefred est antisémite.
    – Jean Plantureux, le caricaturiste du journal Le Monde, nie l’existence de la Shoah puisqu’il compare Elkabbach à Ben Laden, lui-même parrain de la fille de Rudolf Hess et d’Alessandra Mussolini. Donc Plantu est antisémite.
    – enfin Siné, inutile d’y revenir : avec un nom comme ça, on ne peut être qu’un sympathisant du NSDAP. Il n’ira pas loin, ce petit…

    Bref, en réglant leur compte à tous ces sinistres personnages qui avaient eu l’heur de vous déplaire, monsieur Val, vous portez haut les couleurs de la lutte contre l’Infâme. Merci encore, Philippe !

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