Valophobie

Alors que Cabu et moi partons fonder “Charlie Hebdo”, la rédaction de “La Grosse Bertha” se lance à nos trousses.

Alors que Cabu et moi partons fonder “Charlie Hebdo”, la rédaction de “La Grosse Bertha” se lance à nos trousses.

Un nouveau totalitarisme assombrit de ses nuageuses métastases le ciel jusque-là radieux du millénaire complexe qui s’ouvre. À la croisée du stalinisme et du nazisme, cette idéologie de haine s’est choisie quatre principaux boucs émissaires : les Américains, les juifs, le libéralisme et Philippe Val.

Si l’antiaméricanisme, l’antijudaisme et l’antilibéralisme sont des phénomènes relativement bien documentés – notamment par mes amis Bernard, Alexei, Ivan, Laurent ou encore Caroline –, en revanche la haine que je suscite d’un bout à l’autre de la globosphère ne laisse pas d’interroger historiens des idées, sociologues et autres anthropologues – et même jusqu’aux biologistes moléculaires, me souffle-t-on.

Il est donc temps pour moi de retracer la genèse de ce nouvel obscurantisme qu’est la Valophobie, afin que les générations futures ne puissent pas dire un jour : “Nous ne savions pas.”

Je crois que tout a commencé au début des années 1990, juste après la chute du mur de Berlin. À cette époque, je suis un chansonnier confidentiel (selon un sondage Ypsos pour Le Point, 0,002 % des Français sont capables de citer de mémoire le titre d’une chanson de Font et Val) dont le public se limite à quelques soixante-huitards mal habillés, férus de fromage de chèvre et de MJC, et à leur marmaille adolescente.

C’est à mon amitié avec Cabu, un artiste maudit qui s’est fait connaître par ses caricatures iconoclastes dans “Récré A2”, aux côtés de Dorothée, que je dois d’accéder à un strapontin dans le monde merveilleux de la presse, qui me fascine depuis que j’ai découvert l’existence du J’accuse de Zola dans Spirou à l’âge de 14 ans. La première guerre du Golfe – sévère mais juste – éclate au moment où une bande de zozos à l’humour douteux s’apprête à lancer un hebdo bêtement antimilitariste: La Grosse Bertha. Cabu est de la partie et me propose de le rejoindre. Je lui explique que l’humour n’est pas ma tasse de Nesquik, que mon truc c’est de réfléchir, et il me répond que ça ira très bien, que de toute façon personne dans la rédaction ne lira ce que j’écrirai mais que le journal aura besoin d’un meneur d’hommes tel que moi. Il est vrai que je me suis fait remarquer très jeune pour mes qualités de manager, d’abord dans ma troupe d’Éclaireurs (sous le nom de guerre d’Ours Mal Léché), puis durant mon service militaire au 7e bataillon de chasseurs alpins de La Rochelle.

En moins de temps qu’il n’en faut à Charb et Cavanna pour baisser leur froc, j’accomplis avec succès ma première mission: prendre les commandes du journal. Il est vrai que j’ai bénéficié de l’indifférence générale d’une rédaction trop occupée à picoler et à gribouiller des petits Mickey pour prêter attention à mon statut autoproclamé d’éditorialiste en verve puis de rédacteur en chef. Cette promotion météorique me vaudra d’être invité avec Cabu sur les plateaux télé, où mon charisme provoque des pics d’Audimat jusqu’alors inconnus du PAF.

Mais très vite, je suspecte que l’approche anarcho-potache de La Grosse Bertha entravera mon ascension vers les sommets de la philosophie, et donc de la notoriété. C’est alors que je persuade Cabu de gagner Londres pour y lancer un appel à la résistance. Comme ni lui ni moi ne parlons l’anglais, nous décidons finalement d’opter pour la brasserie Lipp – et sa fabuleuse tarte Tatin.

C’est de là, avec quelques amis en préretraite, que je lancerai mon appel du 18 juin 1992.

(à suivre)

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2 Réponses to “Valophobie”

  1. Àlexei Says:

    Salut Philippe, et merci pour ces éclaircissements. Je lis tout ca sur mon mobile depuis la plage, c’est passionnant. Tu oublies de dire que La grosse Bertha était à l’époque sur la liste noire du Département d’Etat pour « possible lien à plus ou moins long terme avec une future entreprise terroriste ». Bien à toi, Alexei. Ps:T’as vu, on va déclarer la guerre à l’Urss… tu t’engages avec moi ? Double ration de caviar pour le
    premier arrivé à Tbilissi !

  2. philippeval Says:

    Mon cher Alexei,

    Je suis heureux d’apprendre que tu me lis à la plage – privée – grâce à ton Blueberry.

    Tu as bien raison pour “La Grosse Bertha”: si le fichier Edwige (quel joli nom!) avait existé dès 1992, on n’en serait pas là aujourd’hui!

    Pour la guerre – juste – à l’URSS, je compte bien y consacrer un édito dans pas longtemps. Comme toujours quand je monte front, attends-toi à quelque chose de gratiné.

    La bise à Blandine et W.

    Ton Philippe

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