Adieu “La Grosse”

Ci-dessus, le quarteron de généraux félons qui prétendait m'évincer de la présidence de la République de la “Grosse Bertha”.

Ci-dessus, le quarteron de généraux félons qui prétendait m'évincer de la présidence de la République de “La Grosse Bertha”.

Ce document exclusif provient de l’Institut historique national de l’humour involontaire (IHNHI) de Joinville-le-Pont. Il s’agit de mon premier édito dans Charlie ressuscité. À l’heure de prendre le maquis éditorial, j’y dénonçais les compromissions des pétainistes de La Grosse Bertha, lesquels ne s’en relèveraient pas…

Le directeur de La Grosse Bertha, Jean-Cyrille Godefroy, a été très ferme: “Dorénavant, le rédacteur en chef, c’est moi!” Ça faisait quelques mois que ça couvait. Quand on vire le rédacteur en chef, ça veut dire qu’on veut faire un journal différent. Du coup, le gros de l’équipe a décidé de partir aussi. On s’est tous retrouvés dans la rue, les mains dans les poches. On a juste eu le temps de récupérer nos crayons et nos chaussons. Et on a laissé La Grosse Bertha. Ce beau nom était une trouvaille de Gébé, puis l’équipe l’avait imposé. Mais ce titre, ayant été déposé par la directeur de publication, lui appartient de fait. Dans notre monde libéral, les idées finissent toujours par appartenir à ceux qui ne les trouvent pas.

Nous voilà donc dans la nature avec un journal tout nu dans la tête. On s’était habitués à faire un hebdomadaire. Maintenant, c’est devenu un vice.
 Mais voilà, J.-C. Godefroy, entouré d’un quarteron de généraux félons, a décidé de mettre un terme à notre collaboration. Accusés de vouloir faire un “torchon écolo rosâtre”, un “journal favorable à l’establishment”, une “feuille tiers-mondiste”, un “brûlot lycéen”, nous voilà donc à la rue. Entre mous politiques, tels que Siné, Willem, Cabu, pour ne citer que les plus mous, nous nous sommes retrouvés dans un café. Au moment où les plus courageux d’entre nous entrevoyaient sournoisement la perspective de quelques jours de répit, Cabu s’écria: “Il faut sortir un nouveau journal mercredi prochain.” La mer s’est retirée d’un seul coup, les parasols ont fait clac en se repliant, et les polars ont été abandonnés ouverts à la page de garde.

Aussitôt, on s’est mis à chercher un titre.
 Le lendemain midi, on cassait la croûte avec quelques grands anciens, Wolinski s’est écrié: “Et pourquoi vous ne reprendriez pas Charlie Hebdo?” “C’est libre, allez-y!”, dit Cavanna. “Ah oui!”, fit Gébé avec une calme conviction. “Formidable”, cria Cabu. Là-dessus, nous entrechoquâmes nos verres de Badoit. il nous restait moins de quarante-huit heures pour trouver des locaux, un imprimeur, un distributeur, un marchand de papier, des ordinateurs, une photocopieuse, un avocat, une secrétaire et, accessoirement, un peu de pognon. À part le pognon, on a tout trouvé. Pour faire quel journal? Eh bien, nous avons fait un sondage auprès d’un panel représentatif de mille cons, pour solliciter leur avis, et on a fait le contraire.

Charlie Hebdo ? Ce sera tous les mercredis, 10 F. À la semaine prochaine.

Philippe Val
Article paru le 1er juillet 1992
© Charlie Hebdo 1992
 (via presselibre.net)

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Une Réponse to “Adieu “La Grosse””

  1. backconnect proxies Says:

    Paragraph writing is also a excitement, if you know afterward you can write
    if not it is difficult to write.

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