Articles Tagués ‘france inter’

Où je me fais hara-kiri

27 mars 2011

“Un volcan s’éteint, un être s’éveille”, écrivait Pascal dans ses Pensées (à moins que ce ne fût Spinoza dans Voyage au bout de l’ennui). Ce n’est pas sans émotion que je relis aujourd’hui cet aphorisme.

Chers lecteurs du Blog de Philippe V., éditorialiste martyr, vous qui m’avez soutenu sans coup férir depuis le complot chavezo-kadhafiste de “l’affaire Siné”, j’ai une bien triste nouvelle à vous transmettre. Après un état de mort clinique de 18 mois, ce blog va subir une interruption volontaire de grotesque.

Retenez vos cris! Contenez vos larmes! Nous nous reverrons, j’en suis certain. Peut-être à la prochaine université d’été du Medef. Ou bien à un meeting de l’UMP. Ou encore sur un marché du Lubéron…

Mais que voulez-vous! Les lourdes responsabilités que m’ont confié les Français me tiennent désormais éloigné des plateaux de télé et des studios de radio. L’éditorial, élixir des dieux, qui irriguait mes veines, n’est plus qu’un lointain souvenir. Voilà bientôt deux ans que je vis enfermé dans le bureau ovale de la Maison ronde, à enchaîner les parties de réussite sur mon ordinateur en faisant semblant d’élaborer des grilles de programmes. Je n’écris plus, je suis baillonné, personne ne me demande plus mon avis sur tout, même Yves Calvi semble avoir oublié jusqu’à mon existence. Muet, je m’emmerde et je dépéris. Je ne peux même plus sortir dans Paris sans mettre un postiche et un déguisement. Cet hiver, je me suis risqué à passer une tête aux Victoires de la musique; vous avez vu le résultat!

Dans ces conditions, je n’ai plus rien d’amusant à vous raconter sur ce blog. Alors, plutôt que de le rendre aussi insipide que Charlie Hebdo, j’ai préféré me faire hara-kiri.

Bien sûr, je pars la tête haute. Mon bilan parle pour moi. Après avoir fusionné Charlie avec Le Point, j’ai élagué les quelques branches d’irrévérence qui dépassaient encore à France Inter (Mermet, je ne t’oublie pas). En contrepartie, j’ai recruté mon vieux complice Renaud Dély, dont l’arrivée à Charlie, il y a quelques années (sous pseudo), avait entraîné une vague de désabonnements jamais constatée dans les annales de la presse écrite. À l’époque, il avait été un des piliers de mon Plan Marshall visant à désatiriser le journal – qui ne s’en est jamais remis. Depuis, ce talentueux ambidextre de la politique (il est de gauche ET de droite) a commis des livres aussi incontournables qu’inoubliables, comme Besancenot, l’idiot utile du sarkozysme ou Les Tabous de la gauche (pas la peine que je vous indique l’éditeur, tous les exemplaires ont été pilonnés après l’envoi des services de presse).

Grâce à lui, et par la grâce de Dieu, j’ai mis au pas cette station qui avait tendance à confondre le service publique radiophonique avec la Fête de l’Huma. Place, désormais, à la souplesse d’échine éditoriale. Je n’avais tout de même pas heupgradé le logiciel de Charlie Hebdo pour tourner sous Window 95 à France Inter! Le monde moderne est complexe, aussi convient-il de l’appréhender avec des idées simples: la gauche n’est pas assez de droite; l’économie de marché est l’avenir de l’homme; et un bon musulman est un musulman athée. Et que ceux qui ne sont pas contents se branchent sur RTL!

Henri-Bernard et ses parents, le cœur noué par le chagrin, à l'enterrement de mon blog.

Voilà. C’est ici que nos chemins se séparent. J’ai vendu tout ce que j’avais (mon âme, il y a déjà un bon moment, et mes actions de Charlie Hebdo, plus récemment). J’ai définitivement remisé mon costume de saltimbanque. Et j’attends d’être nommé ministre des RTT ou de la Laïcité, en fonction des places disponibles.

Je crois aux forces de l’esprit. Je ne vous quitterai pas. À ma demande, mon vieux complice Henri-Bernard L. vient de lancer un blog. Ce sera sûrement un carrefour de référence de la géopolitique, des droits de l’homme et de la rééducation des masses arabes. Et je veux croire qu’en matière d’humour involontaire, vous en aurez pour votre argent.

Sœur Caroline, Alexei, Christophe B. et bien d’autres viendront en égayer les billets. Et il n’est pas exclu que j’y fasse moi même un saut à l’occasion – si tous les RTT qu’il me reste à prendre m’en laissent le loisir.

Je ne saurais conclure ce dernier billet sans une note d’espoir. “L’amour intellectuel de l’âme envers Dieu est une partie de l’amour infini duquel Dieu s’aime lui-même.” Non, ce n’est pas une citation de Jean-Paul II. C’est du Spinoza.

France Inter tripotée, mais France Inter libérée

2 septembre 2009
iiiii

– Y a-t-il des questions ?…

– Bon, les enfants, installez-vous vite… Je ne vais pas pouvoir rester longtemps parmi vous, j’ai un TGV qui m’emmène en RTT dans un peu moins de deux heures… Il manque des sièges? Le Gouguec, Pommier, mettez-vous à quatre pattes pour que vos collègues puissent s’asseoir.

Alors les amis, vous le savez, si je vous ai convoqués aujourd’hui c’est pour vous dire deux mots à propos de la Révolution nationale radiophonique que j’ai tricotée depuis que Carla m’a filé les clés de cette turne, je veux dire depuis que Jean-Luc Hees m’a fait la surprise de me nommer dictateur de Fr… enfin plutôt directeur de France Inter, enfin j’me comprends.

Déjà, une bonne nouvelle: il y en a plein parmi vous qui vont enfin avoir le temps de ranger leur bureau et de répondre à leur e-mails en retard. Parce que je ne vous cacherai pas qu’entre les plans sociaux qui s’annoncent et l’effondrement prévisible des cours de l’audience consécutif à ma nomination, les temps qui viennent risquent d’être difficiles. Surtout pour vous… (Lire la suite…)

Coup d’État à “Là-bas si j’y suis”

29 juin 2009

Daniel Mermet

Daniel Mermet passait le plus clair de son temps pendu au téléphone avec ses camarades bolivariens d'Amérique latine. Ses notes de portable nous coûtaient trop cher, je me devais d'y mettre le holà!

Des vigiles ont arrêté puis expulsé vers le Costa Rica l’animateur de “Là-bas si j’y suis”, Daniel Mermet, qui était sur le point d’organiser une consultation populaire jugée illégale par la nouvelle direction de France Inter. L’hyperphilosophe Alain Finkielkraut a été désigné pour lui succéder.

De la place de la Concorde à celle de la Bastille, des dizaines de milliers de manifestants réclament son retour sur France Inter. Les retransmissions des chaînes de télévision et de radio ont été interrompues, les aéroports de Roissy et d’Orly ont été fermés, l’électricité et les communications ont été coupées dans la capitale. (Lire la suite…)

Maniaco-remaniement à France Inter

23 juin 2009
val

Quand j'étais petit, je rêvais d'être Léo Ferré. Aujourd'hui, je suis fier d'avoir mis ma vie au diapason de ses chansons: “La révolution tralalère/La révolution tralalère/ La révolution tralalère/Quand ça tralalère trop ça s'casse/Ça s'met dans un coin à glander/Ça s'met dans un coin à glander/Pour longtemps de préférence…”

– Monsieur V. est arrivé, Monsieur le président.

– Bien, faites-le entrer… Salut Philippe, comment tu vas?

– Bonjour Jean-Luc. Ben, ça peut aller… Enfin, disons que ça pourrait aller mieux. Je ne sais pas ce que j’ai fait au bon Dieu des laïques: dès que j’apparais quelque part, les masses laborieuses se révoltent dans le quart d’heure qui suit. À part en Iran, où là – juré, craché –, je n’y suis pour rien.

– C’est justement à ce sujet que je voulais te voir, Philippe. Depuis hier matin mon téléphone n’arrête pas de sonner. Tout le monde me parle de toi, et surtout de ta première décision en tant que directeur de France Inter. Même mon ami Obama est inquiet. Il m’annonce que le Département d’État et le Département de la Défense suivent de près ta future grille des programmes, de peur que tu ne déclenches la Troisième Guerre mondiale. Mais qu’est-ce qui t’a pris Philippe? À peine arrivé, tu vires un gars qui nous a ramené 400.000 auditeurs en quelques mois! (Lire la suite…)

Radioamateur

17 juin 2009
Pour fêter

Pour fêter mon arrivée à la tête de France Inter, j'ai décidé de faire rebâtir la Maison Ronde dans le maquis du Vercors, sur le modèle de la basilique de Yamoussoukro.

– Allô… ?

– Salut Philippe, c’est Jean-Luc.

– Alors, ça y est ?

– Ben… pas tout à fait. C’est-à-dire qu’en fait, y a toujours un peu de retard. Je suis désolé Philippe, tu vas me détester mais…

– Écoute Jean-Luc, ça fait maintenant deux mois que t’es désolé. Fait chier, merde! Je ne sais plus quoi dire aux journalistes, moi. À chaque fois qu’ils m’appellent, je prétexte queje ne suis pas à Paris, donc je ne suis au courant de rien. Pas étonnant que tout le monde sur le Web se foute de ma gueule.

Et puis je te rappelle que j’ai démissionné de Charlie Hebdo, moi, avec tes conneries. Je suis à poil, maintenant. Plus de boulot, plus de salaire, plus d’amis, et tous les illuminés du Web qui veulent ma peau. Dans un mois, tel que c’est parti, je suis bon pour le RSA. (Lire la suite…)

L’Appel de Joinville

6 mai 2009
valoponi

France Inter a perdu une bataille contre l'impertinence, mais France Inter n'a pas perdu la guerre à l'humour. Quoi qu'il arrive, la flamme de l'éditorialisme martyr ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas…

À vous je peux bien l’avouer (je sais que ça ne sortira pas d’ici).

Eh bien voilà: malgré mes démentis effarouchés (il fallait me voir, tel une pucelle à peine vêtue téléportée malencontreusement dans les douches du quartier réservé aux longues peines d’un pénitencier portoricain), oui, derrière mes déclarations larmoyantes contre le grand complot dieudonno-tauromachique venu me harceler jusque dans ma villégiature égyptienne (tandis que je méditais, devant le tombeau de Thoutmosis III, sur la suite à donner à ma carrière), en vérité je vous le dis: jeeeeee-juuu-bile!

Ah ouais ! Wallahi ! Un vrai jubilé !

Vous imaginez le truc ? Di-rec-teur-de-Fran-ce-In-ter. Bibi directeur de la première radio publique! Il a raison, au fond, Nicolas: “Ensemble, tout devient possible!” Ben oui, quoi: j’étais simple chroniqueur martyr, avec pour tout bagage mon CAP de guitare sèche et mon doctorat honoris causa de l’Université d’été du Medef, et me voici, du jour au lendemain, golden-parachuté ministre de la Propagande. Avec CX de fonction, secrétaire pour taper mes chroniques à la machine à écrire, sans parler des tickets restaurant ! Le top – à même pas 57 ans. Enfin, je frôle les cimes ! (Lire la suite…)

Mâchoire carrée et Maison ronde

4 avril 2009
videur

Ah non, désolé M'sieur Mermet, je crois que ça va pas être possible. Ordre du nouveau patron…

– Philippe, j’ai beaucoup d’estime pour toi. D’puis qu’chuis tout p’tit, j’lis tes éditos dans L’Figaro, et c’t'un peu grâce à toi si je m’suis lancé dans la politique. Alors j’ai décidé d’te nommer à la tête de France Inter

– Mais, Monsieur le Président, moi, j’écris dans Charlie Hebdo. Et seulement depuis 1992…

– Oui, bien sûr, c’est c’que j’voulais dire. J’ai tendance à confondre ces deux journaux… C’que j’aimerais, c’est qu’tu fasses pour France Inter c’que t’as fait pour Charlie Hebdo(Lire la suite…)

Sarkocorico !

2 avril 2009

Françaises, Français de souche, nous interrompons nos programmes pour un flash spécial.

Philippe Val choisi par l’Élysée pour diriger l’antenne de France Inter
NOUVELOBS.COM | 02.04.2009 | 18:43

Nicolas Sarkozy a choisi le patron de “Charlie Hebdo” pour diriger l’antenne de France Inter. Sa nomination pourrait avoir lieu après l’arrivée de Jean-Luc Hees à la tête de Radio France.

val

Tu as raison, Jean-Luc: Caroline est tout indiquée pour reprendre “Là-bas si j'y suis”…

La politique d’ouverture destinée à déstabiliser la gauche se poursuit: Nicolas Sarkozy a nommé Jean-Luc Hees a la tête de Radio France – ce n’est plus une surprise, c’est même officiel – mais il a également choisi celui qui dirigera bientôt l’antenne de France Inter: ce sera Philippe Val, le patron de Charlie Hebdo et éditorialiste le vendredi matin sur l’antenne de France Inter. Le choix ne manque pas d’une certaine logique: Hees et Val sont de vieux amis et Philippe Val est aussi un ami de Carla Bruni…

Dans ce qu’il faut appeler l’“affaire Charlie, Philippe Val a aussi été un défenseur, de facto, du fils et de la belle-fille du président de la République. Voilà qui peut donc expliquer le choix de Val par l’Élysée, mais qui ne suffira peut être pas à rassurer au sein de l’UMP, déjà fort énervée par les différentes nominations de gauche faites par le Président… (Lire la suite…)

Internet a le sida

5 septembre 2008
Légende

Mon mentor, le regretté Louis Pauwels, avait vu juste. Les internautes (ci-dessus, un blogueur de Médiapart) sont atteints d'un sida mental. Ils ont perdu leurs immunités naturelles; tous les virus décomposants les atteignent. Nous nous demandons ce qui se passe dans leurs têtes. Rien, mais ce rien les dévore.

Z’avez entendu ma chronique, ce matin sur France Inter?

Hin ! hin !

J’attendais ça depuis un mois et demi. On a bien raison de dire que la vengeance est un plat qui se mange froid. Ce matin, je me suis tapé un sacré gueuleton – heureusement que je ne fais pas le Ramadan.

Au menu : régler leur compte à Médiapart et à l’Internet, ces deux sombres mamelles de la Valophobie.

Hin! hin!

On fait moins les malins, maintenant que j’ai retrouvé les codes secrets de ma force de frappe radiophonique.

À Médiapart, depuis ce matin, il paraît que c’est la panique: ma secrétaire me révèle que sa tante lui a dit que, selon son charcutier, ils ne savent plus où se mettre.

Faut dire que mon billet était, comme toujours, d’une rigueur scientifique que n’eût pas reniée Pasteur. Je me suis appuyé sur une longue enquête de terrain menée en recopiant dans Charlie une chronique de l’urgentiste Patrick Pelloux, qui avait lui-même mené une investigation au long cours auprès de sa belle-sœur, qui lui a confié – si j’ai bien compris – que la marraine de sa voisine lui avait dit que d’après le neveu du frère de sa boulangère, qui est féru d’Internet, Médiapart avait publié un scoop à la une de Gougueule Actualité pour affirmer que le sida n’existe pas et que les avions qui se sont écrasés sur les tours jumelles seraient en fait des libellules géantes ayant muté à cause du maïs transgénique.

Encore une belle illustration qu’Internet est une gigantesque benne à ordures où des blogueurs paranoïaques passent leur temps à remettre en question les généreux communiqués de l’Élysée au lieu de dire merci – comme à Charlie,j’ai imposé le devoir de politesse.

Si après ça je ne reçois pas le prix Christophe Barbier de la finesse éditoriale, c’est qu’il y a un complot qui se trame contre moi.

Je crois en tout cas qu’après un Scud pareil, c’est pas demain la veille qu’un blogueur osera dire du mal de Philippe Val sur la Toile d’araignée!


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