“Un volcan s’éteint, un être s’éveille”, écrivait Pascal dans ses Pensées (à moins que ce ne fût Spinoza dans Voyage au bout de l’ennui). Ce n’est pas sans émotion que je relis aujourd’hui cet aphorisme.
Chers lecteurs du Blog de Philippe V., éditorialiste martyr, vous qui m’avez soutenu sans coup férir depuis le complot chavezo-kadhafiste de “l’affaire Siné”, j’ai une bien triste nouvelle à vous transmettre. Après un état de mort clinique de 18 mois, ce blog va subir une interruption volontaire de grotesque.
Retenez vos cris! Contenez vos larmes! Nous nous reverrons, j’en suis certain. Peut-être à la prochaine université d’été du Medef. Ou bien à un meeting de l’UMP. Ou encore sur un marché du Lubéron…
Mais que voulez-vous! Les lourdes responsabilités que m’ont confié les Français me tiennent désormais éloigné des plateaux de télé et des studios de radio. L’éditorial, élixir des dieux, qui irriguait mes veines, n’est plus qu’un lointain souvenir. Voilà bientôt deux ans que je vis enfermé dans le bureau ovale de la Maison ronde, à enchaîner les parties de réussite sur mon ordinateur en faisant semblant d’élaborer des grilles de programmes. Je n’écris plus, je suis baillonné, personne ne me demande plus mon avis sur tout, même Yves Calvi semble avoir oublié jusqu’à mon existence. Muet, je m’emmerde et je dépéris. Je ne peux même plus sortir dans Paris sans mettre un postiche et un déguisement. Cet hiver, je me suis risqué à passer une tête aux Victoires de la musique; vous avez vu le résultat!
Dans ces conditions, je n’ai plus rien d’amusant à vous raconter sur ce blog. Alors, plutôt que de le rendre aussi insipide que Charlie Hebdo, j’ai préféré me faire hara-kiri.
Bien sûr, je pars la tête haute. Mon bilan parle pour moi. Après avoir fusionné Charlie avec Le Point, j’ai élagué les quelques branches d’irrévérence qui dépassaient encore à France Inter (Mermet, je ne t’oublie pas). En contrepartie, j’ai recruté mon vieux complice Renaud Dély, dont l’arrivée à Charlie, il y a quelques années (sous pseudo), avait entraîné une vague de désabonnements jamais constatée dans les annales de la presse écrite. À l’époque, il avait été un des piliers de mon Plan Marshall visant à désatiriser le journal – qui ne s’en est jamais remis. Depuis, ce talentueux ambidextre de la politique (il est de gauche ET de droite) a commis des livres aussi incontournables qu’inoubliables, comme Besancenot, l’idiot utile du sarkozysme ou Les Tabous de la gauche (pas la peine que je vous indique l’éditeur, tous les exemplaires ont été pilonnés après l’envoi des services de presse).
Grâce à lui, et par la grâce de Dieu, j’ai mis au pas cette station qui avait tendance à confondre le service publique radiophonique avec la Fête de l’Huma. Place, désormais, à la souplesse d’échine éditoriale. Je n’avais tout de même pas heupgradé le logiciel de Charlie Hebdo pour tourner sous Window 95 à France Inter! Le monde moderne est complexe, aussi convient-il de l’appréhender avec des idées simples: la gauche n’est pas assez de droite; l’économie de marché est l’avenir de l’homme; et un bon musulman est un musulman athée. Et que ceux qui ne sont pas contents se branchent sur RTL!
Voilà. C’est ici que nos chemins se séparent. J’ai vendu tout ce que j’avais (mon âme, il y a déjà un bon moment, et mes actions de Charlie Hebdo, plus récemment). J’ai définitivement remisé mon costume de saltimbanque. Et j’attends d’être nommé ministre des RTT ou de la Laïcité, en fonction des places disponibles.
Je crois aux forces de l’esprit. Je ne vous quitterai pas. À ma demande, mon vieux complice Henri-Bernard L. vient de lancer un blog. Ce sera sûrement un carrefour de référence de la géopolitique, des droits de l’homme et de la rééducation des masses arabes. Et je veux croire qu’en matière d’humour involontaire, vous en aurez pour votre argent.
Sœur Caroline, Alexei, Christophe B. et bien d’autres viendront en égayer les billets. Et il n’est pas exclu que j’y fasse moi même un saut à l’occasion – si tous les RTT qu’il me reste à prendre m’en laissent le loisir.
Je ne saurais conclure ce dernier billet sans une note d’espoir. “L’amour intellectuel de l’âme envers Dieu est une partie de l’amour infini duquel Dieu s’aime lui-même.” Non, ce n’est pas une citation de Jean-Paul II. C’est du Spinoza.








