
En juillet, en pleine affaire Siné, Charb avait désavoué son vieil ami antisémite pour se rallier à ma pétition collective personnelle exigeant son départ de “Charlie”. Je l'entends encore me jurer éternelle fidélité. Ci-dessus, à la fin d'une conférence de rédaction, il se précipite pour me donner le baiser de la soumission. Que ne me suis-je méfié de ce Judas à lunettes!
Ce matin, c’est un coup de fil de Riss, affolé, qui m’a tiré du lit:
– Philippe, ça craint. T’es sûr que c’était une bonne idée d’emplafonner à nouveau Internet dans ta chronique sur France Inter, vendredi? Parce que d’après ce que je vois sur Gougueule, à côté du pilonnage qui se prépare contre nous, le bombardement de Dresde ressemblait à une gentille averse de printemps…
– Mmmhhh ? Tu veux dire que ces cyber-faquins n’ont pas eu leur dose? Ils remuent encore? Attends que je leur règle leur compte sur i>Télé!
– Ben tu vois, j’ai comme un doute: c’est plus de l’huile que tu jettes sur le feu, là, c’est du kérosène. Et si tu calmais le jeu pendant quelques semaines? Je sais pas, moi, tu pourrais revenir à des sujets plus légers, comme les imams qui ont infiltré la cour d’assises de Rennes pour imposer aux jurés de faire le Ramadan. Caroline m’a d’ailleurs envoyé un mail pour me dire qu’elle tenait un gros scoop là-dessus: il paraît qu’en fait le père de l’enfant de Rachida Dati serait Frère Tariq! Les femmes magistrats devront bientôt rendre la justice en burqa et la lapidation sera introduite dans le code pénal au début de l’année prochaine…
– Écoute Riss, il y a des choses avec lesquelles ont ne peut pas transiger. Ce n’est pas à toi, mon fils spirituel, mon Petit Scarabée, que j’apprendrai que le XXIe siècle est soumis à trois grands périls: les Arabes, l’extrême gauche et l’Internet. Je dois me battre contre cette hydre à trois têtes, quel qu’en soit le prix. Comment crois-tu que j’intègrerai un jour l’Académie française, si je ne me montre pas digne de la mémoire de Jean-François Revel, qui m’a tout appris?
– C’est toi le chef, Philippe: c’est toi qui décides. Mais je voulais aussi te prévenir qu’il y a un truc qui risque de t’énerver un peu…
– Que veux-tu dire ? Je croyais que Siné Hebdo avait décidé de ne pas parler de moi?
– Non, non, c’est pas Siné… C’est… heuuu, comment dire… Acrimed…
– Vade retro ! Ne prononce jamais ce nom-là devant moi! Tu sais bien qu’il fait partie des mots interdits, avec Halimi, Bourdieu, Mermet et quelques autres dont j’ai affiché la liste dans les couloirs du journal!
– Excuse-moi, Philippe, mais j’ai vraiment pas le choix. Ce matin… heuuu… l’association de critique des médias dont on ne peut pas dire le nom a publié “Une histoire de Charlie Hebdo”. Un article dégueulasse, écrit par… euuhhh, enfin par un type tout aussi dégueulasse dont on ne peut pas non plus dire le nom… Il y a des dates, des faits, des citations, bref: ça rappelle la presse des années 1930 et son cortège de dénonciations antijuives…
– Riss, je suis au siècle naissant ce que le capitaine Dreyfus fut au XIXe siècle finissant. Ils peuvent bien me calomnier, me déporter, Alexei et Bernard doivent déjà être en train rédiger leur J’accuse en ma faveur!
– Je n’en doute pas, Philippe, mais il faut que tu saches qu’il y a dans cet article une vidéo qui risque de te mettre hors de toi… Je ne sais pas trop comment t’en parler, mais enfin, heuuu…
– Quoi ? Que veux-tu dire ? François Bayrou a-t-il annoncé qu’il se désabonnait de Charlie?
– Non, c’est pas vraiment ça. Disons qu’il y a un de nos collaborateurs, enfin, pour être précis, un de nos rédacteurs en chef qui… qui… qui… qui dit que… enfin, euuuh…
– Qui dit quoi?
– Qui dit que s’il lançait un journal, tu ne travaillerais pas dedans…
– Je n’entends rien, parle plus fort!
– Il dit que “Val est tellement atypique dans Charlie Hebdo… c’est lui le directeur et c’est lui qui ressemble le moins au journal. […] Si j’étais directeur d’un journal et si j’avais les moyens de faire un journal, il n’y aurait pas Val dans le journal. En tout cas, ce qu’il exprime dans le journal, ça n’existerait pas.” Voilà ce qu’il dit exactement, Philippe… Bon, ben, dis donc, l’heure tourne. Je vais devoir aller déposer les enfants à l’école, hein, on se parle plus tard…
– QUI ? Qui est le fils d’ayatollah qui a déclaré ça?
– Tu es sûr que tu ne m’engueuleras pas si je te le dis?
– Son nom! Je veux son nom! VITE!
– C’est… Frère Charb…
– Comment! Ai-je bien ouï? Frère Charb, dis-tu? Pas notre Frère Charb à nous, quand même? Tu veux sans doute parler d’un homonyme?
– Heuuu… ben, non… je parle bien du nôtre. M’enfin rassure-toi, il a pas dit ça au jité de France 2: c’était au Festival de Groland, en 2007. Va sur Dailymotion et tape: Charb + Acrimed, tu verras…
– …
– Philippe ? Ça va ? Tu te sens bien ? C’est quoi ces hurlements lugubres que j’entends derrière toi? T’as adopté un loup chez Luce Lapin ou quoi?
– Riss, mon petit Riss, je crois bien que la France compte un chômeur de plus ce matin. Mais cet Iscariote-là a intérêt à profiter de ses trente deniers car il n’aura même pas le temps d’aller au bout de son délai de carence avant de voir sa mort en face. Son cadavre pourrira bientôt dans une fosse commune du cimetière de Damas, j’en fais le serment.
– Tu veux dire que…
– Ah, il va l’avoir sa fatwa, notre Frère Tuck! Il va savoir ce qu’il en coûte de provoquer mon courroux. Appelle Caroline et Cabu: réunion de crise à 13h30 chez Lipp.
(bip bip bip)
Je le savais ! Oui, je savais bien que les traîtres et les crétins, pour une fois réunis, s’étaient infiltrés dans les colonnes de mon bel hebdomadaire, et même jusque sous mon lit.
Charb, infâme collabo! Félon! Infidèle! Renégat! Tu es aussi perfide et sournois qu’un Frère musulman!
Je t’ai tout donné, sans méfiance. Je t’avais même inscrit, sur mon testament philosophique, parmi mes principaux héritiers, aux côtés de Caroline et Dominique Sopo. Un avenir radieux te souriait, nous aurions pu arrondir nos fins de mois en égayant de concert les colonnes du Journal du dimanche… Et voici que tu m’achèves à l’heure où les vautours islamo-gauchistes tournoient autour de ma carcasse…
Délimocheune ! Tu as donné une interview à Délimocheune, cette Radio Paris du Ouèbe que n’eût pas reniée Darquier de Pellepoix.
J’imagine que les gestapistes de Rezo.net, la maison-mère de la Kommandantur libérale, doivent s’en frotter les griffes. Et que, dans son luxueux palais de Caracas, le Duce du Cône Sud a déjà sablé le champagne.
Chomsky, si tu me lis, je sais bien que tu es derrière tout ça. Mais tu ne perds rien pour attendre, sale linguiste de vipère! J’ai le bras long à Washington…